‹ L'Europe et le Saint-SiègeChapitre 82 sur 148 · V. Ann. Fuld., Cont, Ratisb., a. 894, p · texte numérisé non relu

V. Ann. Fuld., Cont, Ratisb., a. 894, p

et de la résolution où il était de garder avec lui une inviolable concorde ^. Sur quoi, Theureux archevêque s'était empressé d'écrire à son impérial parent, pour lui recommander de se montrer toujours respectueux et obéissant à l'endroit d'un pape qui lui était si dévoué, et d'aimer comme un fils celui qui le chérissait comme un père ^. Inutiles soucis! La lettre apostolique à Foulques avait été expédiée dans le courant du mois d'août, ou, au plus tôt, dans les derniers jours de juillet ^. Le mois de septembre n'était pas achevé que le roi Arnolf recevait de Rome une nouvelle plainte contre Lambert, avec une nouvelle invitation à se rendre en Italie ^

Etait-ce de la part de Formose l'effet d'une duplicité calculée, d'une politique à double face, qui n'acceptait les princes de Spolète qu'à titre provisoire, et sous bénéfice de les trahir, quand l'occasion favorable se présenterait? Si peu enclin qu'on soit à l'indulgence envers l'ancien condamné de Jean VIII, il faut bien avouer cependant que ces étonnantes variations ne sont pas nécessairement la conséquence d'un plan arrêté d'avance dans l'esprit de Formose. Je dirai même, au risque d'étonner beaucoup d'historiens, que le principe

1. La lettre de Formose est perdue, mais nous en avons la substance dans la réponse de Foulques analysée par Flodoard : « Gratiurum referens quod Formosus notificaverit sibi de ipso Lantberto patris se curam habere, filiique carissimi loco eum diligere atque inviolabilem cum eo concordiam se velle servare. » Flodoard, Hlstoria ecclesix remensis , 1. IV, ch. m (Migne, t. CXXXV, p. 270).

2. « Lamberto imperatori.... notificat quid sibi de ipso domhus papa Formosus suis litteris intimaverit : quod scilicet euradem imperatorem multum diligeret et in omnibus ei consulere, loco carissimi fîlii, atque indissociabilem vellet ad eum servare concordiam. Hortatur ergo hune principem et admonendo efflagitat ut tantœ benignitati ejusdem papœ gratus existât, illum ut patrem piissimum diligat, etc. ». Flodoard, op, cit., 1. IV, ch. v^ p. 277.

3. La date de cette lettre de Formose a été déterminée par Dûmmler, d'après un fait qui s'y trouvait mentionné — l'emprisonnement de l'archevêque de Sens, Gautier — et qui avait eu lieu le 8 juin 895. V. Geschichie d. ostfr. Reiches, 2e édit.^ t. III, p. 415, n^ 1, et p. 406, n^ 1.

4. « Iterum rex (Arnolfus) a Formoso apostolico per epistolas et misses enixe Romam venire invitatus est. Rex vero.... mense Octobrio de Francia et Alamannia in Italia promovit exercitum. » Ann. Fuld., Cont, Ratisb,, a. 895, p. 126-7.

de cette mobilité doit être cherché plutôt à Spolète qu'à Rome.

L'esprit franc et l'esprit lomrard. — Il s'en fallait de beaucoup que l'esprit qui régnait à la cour des empereurs spolétains fût uniformément et constamment hostile au Saint- Siège. A certains moments, au contraire, il semblait que Rome fut en droit de tout espérer d'une maison où le dévouement à la papauté se montrait sous des formes si éclatantes. Quoi de plus persuasif à cet égard que les engagements solennels pris par Guy, lors de son couronnement comme roi d'Italie, en 889 ? « La sainte Eglise romaine, sa mère, sera par lui maintenue et éternellement protégée dans tous les pouvoirs et privilèges que lui ont conférés jusque-là les rois et les empereurs, tant les anciens que les modernes K » Et le pacte qu'il conclut avec Etienne V, lorsqu'il en reçut la couronne impériale, en 891? et celui qu'il fit avec Formose, à l'occasion du sacre impérial de son fils Lambert et du renou vellement de son propre sacre'? Les conditions en étaient si avantageuses pour le Saint-Siège, qu'au jour de la pacification définitive, dans le concile de Ravenne en 898, le pape Jean IX ne demandera pas autre chose à Lambert que le retour à ces pactes d'autrefois ^.

Que si l'effet ne suivait pas d'ordinaire ces belles promesses, si, peu après, le Saint-Siège se voyait enlever ses possessions par la même puissance qui venait de les garantir, ce n'est pas non plus qu'il y ait eu chez les empereurs de Spolète une hostilité hypocrite envers l'Église romaine, une duplicité intentionnelle et préméditée. Chez eux, comme chez presque tous

1. « Ut mater nostra sancta Romana Ecclesia in statu et honore suo cum omnibus privilegiis et auctoritatibus, sicut ab antiquis et modernis imperatoribus atque regibus sublimata est, ita habeatur, teneatur et perhenniter custodiatur illsesa. » Widonis Capitulatio electionis. ( Moiium. Germ. hist,, in-4, Capit. reg. Francorum, t. II, part, l, p. 104, c. 1.)

2. Double cérémonie qui eut lieu à Ravenne en 892, le 30 avril. V. JafFé- Lœwenfeld, Regesta^ p. 436 et Diïmmler, Gesch. d. ostfr. Reiches, t. III, p. 372, ne 2.

3. « Ut pactum quod a beatae mémorise vestro genitore domino Widone et a vobis piissimis imperatoribus juxta prœcedentem consuetudinem factum est, nunc reintegretur et inviolatum servetur. » Synodiis Ravennas, cap. 6. [Mon. Germ. hist., in-^^Capit. reg. Franc., t. II, part. I, p. 125.)

les Francs de cette époque, l'attachement au Saint-Siège était de tradition et pour ainsi dire de race MVIais le mal venait de ce qu'après avoir un moment obéi à leurs propres sentiments, ils étaient impuissants à se défendre contre les influences dissolvantes dont ils étaient enveloppés. Il leur arrivait ce qui était arrivé à l'empereur Louis II, très dévoué personnellement au Saint-Siège, très fidèle en cela aux traditions de la famille carolingienne, mais que sa femme Engelberge avait entraîné à plus d'une entreprise vexatoire contre les papes. De fait, on trouverait difficilement une étude plus curieuse à entreprendre que celle de l'énorme influence dont jouirent alors les femmes italiennes, qu'elles fussent romaines ou lombardes. Le jour n'est pas éloigné où leur action envahissante ne s'arrêtera pas même devant la majesté pontificale, où de hardies patriciennes mettront leurs bâtards dans la Chaire de saint Pierre -, et où l'on pourra dire, sans trop d'exagération, avec le moine du Mont-Soracte : « Rome est sous le joug de la femme ^. »

1. La famille de l'empereur Guy était originaire du pays de Moselle et descendait de saint Ludwin, depuis archevêque de Trêves, mort vers l'an 713. Deux de ses ancêtres, un Guy et un Lambert, le père et le fils, avaient gouverné la Marche de Bretagne, du temps de Charlemagne, de Louis le Pieux et de Charles le Chauve. Mais, trop dévoué à la cause de Lothaire, Lambert avait dû se réfugier en Italie, où il mourut en 836. En 842, son fils, que l'on désigne ordinairement sous le nom de Guy l'ancien, apparaît pour la première fois comme duc de Spolète, et avec lui, commence le rôle si considérable de cette maison dans les affaires italiennes, V. Wûstenfeld, qui a le plus contribué à débrouiller les origines confuses des ducs francs de Spolète par son étude : Ueher die Herzoge von Spoleto aus dem Hause der Guidonen, publiée dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. III^ p. 383 sqq.

2. A savoir, la mère de Jean XI, Marosie, qui eut ce fils d'un commerce illégitime avec Sergius III (V. le Liber pontificalis, éd. Duchesne, t. II, p. 243 et ne 1)^ et la mère de Jean XII, concubine d'Albéric, prince des Romains. Y. Benoit de Saint-André, Chronicon, c. 34 (Migne, t. CXXXIX, p. 46 a). D'après une opinion émise par Gregorovius [Geschichte der Stadt Bom.f 3« éd., t. III, p. 326, ne 1 ), la mère de Jean XII aurait été Aida, femme légitime d'Albéric. Mais cette conjecture, que ne justifie aucun document, ne saurait prévaloir contre le témoignage de Benoit qui est ici trop rapproché des faits pour qu'on puisse, ce me semble, lui attribuer gratuitement une semblable confusion.

3. Ainsi parle Benoit de Saint-André, dans son langage barbare : « Sub-

Moins que personne, les Francs venus en Italie n'étaient capables de surmonter ce genre de péril .La nature les avait mieux armés pour résister aux coups de la force qu'aux intrigues de la beauté. Cesbravesguerriersdela Francie tenaient leur épée d'une main plus ferme que leur cœur, et s'entendaient mieux à manier leurs chevaux de guerre que leurs femmes ou leurs filles ^. Tout les prédestinait à être une proie d'autant plus facile qu'ils avaient affaire à très forte partie. Car, s'il est vrai qu'il y a dans chaque Italien un politique délié, il faut convenir qu'il y en a bien deux dans chaque Italienne de cette époque. Aussi est-ce merveille devoir comment, devenues les épouses de ceux que la conquête leur avait donnés pour maîtres, elles surent en obtenir d'abord d'immenses richesses, et par la fortune, par les inépuisables ressources qu'elles trouvaient dans leurs trésors et leurs vastes domaines, s'élever rapidement à la domination^. Encore n'était-ce pas assez pour quel, ques-unes de tirer à elles les rênes du gouvernement, de mettre doucement sous le joug leur maître et seigneur. Lorsque cette gracieuse tyrannie était exercée par une Lombarde de race et d'éducation, ce qui risquait encore de se perdre chez le mari ou le fils trop débonnaires, c'était cet idéal de dévouement absolu au Saint-Siège, dont la vive empreinte s'harmonisait si bien dans l'âme franque avec l'image des ancêtres et le souvenir de la patrie. Dans les milieux lombards, dans ceux surtout qui étaient restés tels en dépit

jugatus est Romam potestative in manu femine, sicut in propheta legimus : Femini dominabuntur Hierusalem. » Chronicoji, c. 30 ( Migne, ibid. p. 42b).

1. Témoin plusieurs princes carolingiens, Charlemagne tout le premier, dont la réputation sous ce rapport était si bien faite parmi les contemporains, qu'on disait le grand empereur cruellement tourmenté en purgatoire pour ce motif. D'après un récit écrit en 824 et qui eut alors un grand retentissement, le moine Wettin de Reichenau aurait connu ce supplice par révélation. V. Visio Wettini ab Heitone descripta, c. xi. (Monum. Germ, hist., Poetse latini^ t. Il, p. 27.)

2. V. Muratori, Antiq. ItaL, t. II, Dissert. XX, p. 110-116. Pour nous borner à la femme qui tient ici le premier rôle, voyez les donations qu'Ageltrude sut obtenir de l'empereur Guy, son mari (Historia patrise, Monum., t. XIII, p. 576-579; Muratori, ibid., p. 871), de Lambert, son fils (JMuratori, ibid., t. III, p. 739), et même du roi Bérenger, le rival de sa maison. [Monum. Germ., Capit. reg. Franc. ^ t. II, part. I, p. 126.)

des conquêtes de Gharlemagne, les Romains n'étaient pas vus du même œil que dans la lointaine Francie. Les luttes du siècle précédent avaient été trop acharnées entre les deux nations, elles avaient coûté trop cher aux Lombards pour que chez ces derniers la mémoire en fût effacée et la rancune éteinte. Là, on se rappelait qu'à l'heure où l'Italie presque tout entière se trouvait réunie sous le sceptre lombard, le pape n'était encore qu'un mince potentat aux ordres de l'empire byzantin. On se disait avec amertume que dans ce beau domaine actuellement détenu par le Saint-Siège, plus d'un morceau avait été taillé dans les possessions lombardes ; et l'idéal qu'on gardait là, dont on était toujours prêt à se faire les propagateurs, c'était un royaume d'Italie reconstitué au détriment des Romains, un Empire où la Papauté serait rentrée politiquement dans son rôle subalterne d'autrefois.

Tel était si bien l'état d'esprit habituel aux Lombards, que déjà vers la fin du huitième siècle, le pape Etienne III en redoutait la contagion sur les Francs et prévoyait même le mode le plus dangereux par où le mal pourrait passer des uns aux autres. Il faut voir en efPet comme le pontife se révolte à la pensée que Gharlemagne ou son frère Garloman épouserait une Lombarde ; à quels moyens il a recours pour détourner, disons mieux, pour dégoûter les princes francs d'une pareille union, allant jusqu'à leur représenter la race lombarde comme une race fétide, la plus fétide de toutes, et la plus détestable, celle où règne à l'état endémique et comme dans sa source l'horrible maladie qui est alors l'épouvante de l'Occident, la lèpre \ Voilà pour quel abominable commerce ils abandonneraient les belles et légitimes épouses qu'ils ont déjà prises dans la très noble nation des Francs^ !

1. « Quœ enim talis desipientia, ut penitus vel dici liceat, quod vestra praeclara Franconim gens, quae super omnes gentes enitet. . . fœtentissimaî Langobardorum genti polluatur, quae in numéro gentium nequaquam computatur, de cujus natione et leprosorum genus oriri certum est!... ut taies nominatissimi reges tanto detestabili atque abhominabili contagio implicentur. » V. Codex Carolinus, n° 45. [Mon, Germ. hist., in-4, Epist. Merdwing. œvi, t. I, p. 561. )

2. V. Cod. Carol., ihid. Etienne III se montre ici mal informé. Des deux fils de Pépin le Bref, Garloman seul était alors marié légitimement. Gharlemagne n'avait qu'une concubine, Himiltrude, dont un fils, Pépin le Bossu,

Au fond, ce qui pousse le pontife à ces exagérations — et luimême ne s'en cache pas entièrement — c'est la peur qu'il a de voir Charlemagne prendre au contact d'une Lombarde, non pas la lèpre, mais les idées de sa nation sur le pouvoir temporel des papes 1. Car, ce point de vue tout politique écarté, Etienne III savait aussi bien que personne que les princes francs n'avaient rien à craindre pour leur foi en s'alliant à la famille du roi Didier, où l'on pratiquait plus d'une vertu chrétienne^. Il faut même rendre cette justice aux Lombards que leurs convoitises territoriales n'allaient pas sans un certain respect pour la personne et la dignité du chef de l'Eglise^ et se garder de confondre en eux la haine des Romains avec celle du pontife de Rome^. Gomme chez tous les Barbares venus à la foi, la Papauté gardait, dans l'esprit des Lombards, une auréole de majesté, je dirais presque d'intangibilité, qu'elle n'avait point toujours au même degré dans l'esprit de ses vieux sujets romains. C'est là, si je ne m'abuse, une conception que l'historien de cette terrible époque devrait avoir devant soi, ne fut-ce que pour ne pas être tenté d'expliquer arbitrairement par des passions lombardes certains attentats monstrueux contre les papes, dont la cause doit, au contraire, être cherchée dans le milieu romain, plus familier, et partant moins sensible au prestige de la personne pontificale. Les sombres couleurs sous lesquelles Etienne III avait dépeint les femmes lombardes produisirent leur effet sur

lui était né. V. Eginhard, Vita Caroli Magni, c. xx. (Migne, t. XCXVII, p. 45) ; cf. Richter, Ann. d. deut. Gesch., 2e fasc, p. 36-37.

1. « Et quomodo nunc contra animas vestras agere contenditis et cum nostris inimicis conjunctionem facere vultis, dum ipsa perjura Langobardorum gens, semper ecclesiam Dei expugnantes et hanc nostram provintiam invadentes, nostri esse comprobantur inimici. » Cod, Carol., ihid,,

2. V. le portrait que Paul Diacre nous a laissé de la reine Ansa, femme de Didier^ dans son Epitaphium. [Mon, Germ. hist., in-4, Script, rer. Lang., p. 191-2. )

3. Le roi Liutprand, si maltraité parles écrivains du Liber pontificalist et qui le méritait pour ses entreprises contre les Etats romains, était cependant, par ailleurs, un prince de grand mérite et très zélé pour la religion. V. Paul Diacre, Historia Langobardorum, 1. VI, c, lviii. [Mon. Germ. hist., ibid., p. 185-7. )

Charlemagne. Son mariage avec la fille de Didier devait être conclu, quand la lettre pontificale arriva en France : il le rompit*. Mais une fois en Italie, et placés devant la réalité, les Francs avaient bientôt constaté qu'elle n'était pas de tout point conforme au portrait peint par Etienne III, et s'étaient mis à se marier dans le pays, au gré de leurs inclinations ou de leurs intérêts.

La maison franque de Spolète fut des premières à entrer dans cette voie. Avec un sens politique très avisé, elle alla chercher des épouses — parfois même elle en donna de son côté — dans les duchés lombards du midi, à Bénévent et à Salerne, préparant par des alliances la marche de sa domination future dans l'Italie méridionale. C'est ainsi que Guy l'ancien, père de Guy le jeune, qui fut plus tard roi et empereur, était devenu le beau-frère du glorieux duc de Salerne, de ce Siconulf qui avait un jour ébloui la cour de Louis II par l'éclat de son luxe et de sa puissance-.

Mais du même coup avait pénétré dans la famille de Spolète cet esprit d'hostilité contre les Romains qui se manifesta pour la première fois chez le fils aîné de Guy l'ancien, chez le duc Lambert, si fameux par ses démêlés avec le pape Jean VHP. Guy le jeune, frère cadet de Lambert, et qui partagea d'abord avec lui le gouvernement du duché, paraissait

1. C'est ainsi du moins que je m'explique un divorce dont la cause est restée très obscure aux yeux mêmes des contemporains : « incertum qua de causa ». (Eginhard, VitaCaroli Magni, c. xviii, p. 43.) La lettre d'Etienne III est de l'année 770 (v. JafFé-Ewald,7?e^. n^ 2381)^ ou peut-être de l'année 771. Charlemagne renvoya sa femme en 771, au bout d'un an de mariage. (V. Bœlimer-Mûhlbacher, Regesten, n» 139^ .) Il n'y a pas lieu du reste de s'étonner que le Saint-Siège ait approuvé ce divorce, quand nous voyons Jean VIII déclarer nuls les mariages des Romaines avec des étrangers, et autoriser l'empereur Louis II à en prononcer la dissolution. V. Lettre de Jean VIII à Sophonesta, ap. Loew^enfeld, Epistolœ roman, pontif. ineditœ, p. 27.

2. « Guido, dux Spolitensium, Siconolfj cognatus. » Erchempert, Hist. Langob. Benevent., c. xvii. [Mon. Germ. hist., Script. Lang., p. 241.) Cf. Vita Sergii II. [Liber pontif., éd. Duchesne, t. II, p. 90.)

3. C'est de lui que l'archevêque Foulques écrivait au jeune empereur Lambert : « Recordamini, quœso, avunculi vestri et aequivoci Lantberti illustrissimi, qualis erga sanctam Romanam sedem fuerit^ qualemque exitum consecutus sit, etc., » Flodoard, Hist, eccles., rem., 1. IV, c. v, p. 277.

animé de dispositions toutes différentes. Au plus fort de la lutte engagée par Lambert contre Rome, Guy méritait d'être honoré par Jean VIII du titre de conseiller*; et il semble bien qu'il n'abandonna jamais la cause du pontife, quoiqu'on prétende aujourd'hui le contraire, par suite d'une confusion de personnages-. Nous avons vu d'ailleurs comment Guy s'était comporté lors de son avènement à la royauté et à l'Empire, les pactes avantageux qu'il avait accordés à Etienne V et à Formose. Il y a donc lieu de croire qu'il n'a pas dépendu de lui que ces pactes ne fussent rigoureusement tenus. Mais c'est de lui particulièrement que l'on peut dire avec raison que l'Italienne a tout gâté.

L'impératrice Ageltrude. — L'Italienne, ici, était une Lombarde authentique, une Bénéventaine de la vieille roche, l'enfant d'un pays où l'on était resté Lombard jusqu'à l'ongle, où rien n'avait été francisé, et qui se rattachait mollement à l'Empire par les liens d'une vassalité intermittente. Guy, n'étant que duc et comte, avait épousé Ageltrude, fille d'Adelgise, duc de Bénévent^, de celui que l'on appelait le « compère » du pape Jean VHP. Encore s'il n'eut épousé

1. N. Lettre de Jean VIII au comte Bérenger. (Migne, t. CXXVI, ép. 170, p. 808.)

2. Le Wido Rahia dont se plaint Jean VIII dans une lettre à l'empereur Charles le Gros (Migne, ép. 365, p. 957) ne me paraît pas être le même que Guy, le futur empereur, contrairement à l'opinion de Dûmmler ( Gesch . d. ostfr. Reiches, t. III, p. 217, n^ 2). C'était, je crois, son neveu et homonyme, Guy, fils de Lambert^ lequel vivait encore à cette date; car la lettre de Jean YIII à Charles le Gros n'est pas de l'année 882, comme le pense Dûmmler [ibid), mais du 11 novembre 881. Au même Guy, fils de Lambert, se rapportent les plaintes de Jean VIII dans deux autres lettres de l'année 880 (Migne, ép. 295 et 298, p. 908 et 912). Dans une lettre postérieure, Jean VIII semblerait accuser à la fois les deux Guy « uterque Wido » ; mais à regarder le texte de plus près, on s'aperçoit qull n'en veut qu'à un seul. (Migne, ép. 354, p. 948.)

3. V. Catalogus reg. Langob. [Script, rer. Lang.^ p. 495); Chronic. Salernit., c. 148 (Pertz, SS., t. III, p. 545).

4. Hincmari Annales, a. 873. (Pertz, SS., t. I, p. 496.) Évidemment parce que ce pontife avait été parrain d'un des enfants d'Adelgise. On ne peut cependant inférer de là qu'Ageltrude ait été la filleule de Jean VIII, car elle avait deux frères, Aion et Radelcliis.

dans la personne d'Ageltrude qu'une Lombarde insignifiante ! Mais cette petite Bénéventaine avait apporté à la cour de Spolète un appétit de richesse et de domination très aiguisé, servi par une intelligence très vive et une volonté très entreprenante. Toujours aux côtés de son mari, qu'elle paraît du reste avoir beaucoup aimé ^, elle était de toutes ses expéditions. Il lui arriva même, à ce train de vie, une assez singulière aventure. Prise au dépourvu, au retour d'un voyage à Bénévent, elle avait dû faire ses couches chez les moines de Valva, dans la Gella de Saint-Rufin 2.

Peut-être Guy serait-il resté tranquillement dans son duché de Spolète, sans l'envie extrême qu'avait sa femme d'être reine et impératrice. On ne voit pas cependant qu'Ageltrude, devenue impératrice, ait poussé son mari à tenter quelque chose contre Rome, tant que la ville pontificale eut à sa tête le pape Etienne V, Jeune ^, appuyé par l'aristocratie romaine dont il était sorti ^, Etienne V pouvait plus facilement en imposer à cette audace féminine. Ce fut le vieux Formose qui reçut tout le choc des assauts d'Ageltrude contre le pouvoir temporel du Saint-Siège.

J'ai déjà dit comment ce pape s'était tiré d'un premier assaut en appelant les Allemands en Italie; et nous étions précisément arrêtés devant la surprise d'un second appel de Formose à l'Allemagne, fait un an après, quand tout semblait au mieux entre Rome et Spolète. Nous nous demandions alors si Rome jouait là double jeu, ou bien si Spolète variait d'un jour à l'autre ses attitudes. En réalité, il y a là, d'un côté, une femme que la mort de son mari^ vient de rendre

1. Devenue vieille, en 923, après trente ans de veuvage, elle faisait encore des fondations pour le repos de son âme. V. AfFô, Storia diParma, 1. 1, p. 329.

2. V. le Diplôme de l'empereur Guy en faveur de l'abbé Léon, ap. Muratori, Script, rer. ital., t. 1^, p. 430. La pièce est malheureusement altérée, du moins en ce qui concerne la date. J'inclinerais à placer l'événement, c'est-à-dire la naissance de Lambert, vers l'année 880.

3. Le père d'Etienne V vivait encore en 915, et figurait parmi les vainqueurs des Sarrasins du Carigliano. V. Watterich, Vitae roman, pontif., t. I, p. 666, ne 2.

4. V. Vita Stephani V. {Lib. pontif., éd. Duchesne, t. II, p. 191.)

5. L'empereur Guy mourut en 894. V. Ann. Fuld., Cont, Ratisb., a. 894, p. 125.

toute-puissante, qui n'a plus à mener péniblement un homme d'expérience et de long attachement au Saint-Siège, mais un adolescent dont les brillantes qualités ont encore besoin d'être guidées, pour qui l'amour même qu'il porte à sa mère est un péril. D'autre part, il y a un pontife d'un caractère entier et d'humeur sévère, sérieusement dévoué, je crois, à l'orphelin de Spolète, mais qui entend garder son bien, et qui, derrière son cilice et ses soixante-dix-neuf ans, s'inquiète peu des bonnes grâces d'une impératrice.

Or, en cette année 895, Ageltrude venait précisément de commencer l'exécution d'un plan qui n'était pas fait pour plaire à Rome. Toute pénétrée de cette idée d'unité italienne, dont le Libelle impérialiste de Spolète est l'écho; persuadée que les droits de sa couronne ne pouvaient être prescrits, elle s'était mis en tête de ramener à son obédience les provinces lombardes du midi, sans s'inquiéter autrement des prétentions que le Saint-Siège pouvait élever sur cette région depuis Jean VIII. Un Guy, son petit-neveu, à ce qu'il semble, et marquis de Camerino ^, avait été envoyé par elle pour mener le plan à bonne fin. Bénévent avait été enlevée aux Grecs, qui la détenaient depuis deux ans et demi ; et déjà l'autorité de Guy s'affirmait jusque sur la principauté de Salerne-, lorsque la nouvelle éclata que le roi de Germanie marchait sur Rome, appelé de nouveau par le pape Formose.

On eut alors un étrange spectacle. Ageltrude se jeta dans la ville pontificale, résolue à la défendre elle-même contre l'envahisseur étranger. On vit l'intrépide Lombarde se porter en personne aux remparts, veiller à la fermeture des portes, commander la défense dans la Cité Léonine, tandis qu'au fond de son palais du Latran le vieux pontife faisait des vœux pour le succès des attaquants. Ces vœux furent exaucés. Avec son armée d'Alémannie, Arnolf avait amené

1. Le même, croit-on, qui fut tué plus tard par Albéric. (V. Dùmmler, Gesch, d. ostfr. Beiches, t. III, p. 603, ne 3.) Sa sœur épousa Guaimar, prince deSalerne. V. Catalog. reg. Lang. [Mon, Germ. Iiist., Script, rer. Lang.^ p. 497.)

2. V. CataL reg. Lang., ibld., p. 496-7 ; Chronica S. Benedicti Casin., ibid., p. 488.

cette fois ses Francs orientaux. L'assaut se donna avec un élan si irrésistible que la ville fut prise d'un coup, et sans que les troupes d'attaque perdissent un seul homme. Le lendemain, le roi de Germanie faisait son entrée officielle dans Rome. Formose lui mettait au front la couronne impériale, en l'appelant César Auguste; et tous les Romains prêtaient le serment de lui rester fidèles, de ne jamais s'employer à restaurer la fortune d'Ageltrude et de son fils Lambert ^

C'en était fait de la maison de Spolète et de ses démêlés politiques avec le Saint-Siège, si la branche carolingienne de Germanie n'eût été alors ce qu'elle était déjà dans la précédente génération, une race usée, en proie à des maladies étranges et d'un effet foudroyant^. Arnolf n'était pas encore arrivé à Spolète, où il espérait prendre Ageltrude, maintenant réfugiée dans cette haute citadelle, comme l'aigle dans son nid, qu'un mal soudain le terrassait, mal de tête suivant le chroniqueur de Ratisbonne, paralysie suivant Réginon ^. Toujours est-il que le pauvre Auguste de fraîche date n'eut plus qu'à ramener en toute hâte de l'autre côté des Alpes sa personne et sa couronne impériales, tandis qu'à Rome mourait tristement le pontife qui venait de le décorer de cette majesté éphémère. Par une dernière ironie de la destinée, la joie des fêtes de Pâques avait éclairé le deuil de cette mort. Le propre jour anniversaire de la résurrection du Christ ^, Formose était descendu dans ce tombeau lugubre où, neuf mois après, la plus abominable des rancunes ira chercher son cadavre et le profaner.

Cette rancune était-elle, comme on pourrait le soupçonner, celle de l'impératrice Ageltrude ? Et faut-il voir la main d'une femme, d'une Lombarde, dans ce monstrueux attentat ? Pour ma part, je demeure persuadé qu'il y a surtout au fond du drame formosien des haines romaines, et non de Spolète. Mais ce n'est pas le moment de nous jeter dans des digres-

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