‹ L'Europe pendant de consulat et l'empire de Napoléon (volume 2)Chapitre 31 sur 53 · AD DÉBARQUEMENT DU GÉNÉRAL BONAPARTE · texte numérisé non relu

AD DÉBARQUEMENT DU GÉNÉRAL BONAPARTE

leur frère le général Bonaparte, la dernière solution à la crise, le génie appelé à sauver la France! On essayait de tous les systèmes, on les usait successivement; on voulait que, dans l'affaissement de tous les caractères, on portât les yeux, avec an indicible intérêt vers eette magnifique renommée de Bonaparte, qui alors remplissait L'Egypte. Cet éloignement mystérieux, le grandiose d'une campagne orientale servaient admirablement les desseins des amis politiques de Bonaparte. A Paris, le général se fût usé comme les autres ; membre du directoire, il se fût au moins compromis ; mais, dans l'éloignemcnt, sa réputation politique restaitchaste et pure; il n'avait jusqu'ici participé à rien, si ce n'est à la victoire et à la paix ; il n'avait paru à la tète de la république que pour la pacifier. Quelle différence avec ces directeurs et ces ministres qui ne se manifestaient au pays que par la violence et la rapine ! Tel était le langage des amis du général.

Lucien et Joseph se consacrèrent à l'œuvre fraternelle avec un dévouement de famille véritablement touchant, comme on en rencontre dans le foyer corse ; frères, sœurs, femme, parents, tous réchauffaient l'enthousiasme pour le général qui portait sa noble tète sous les pyramides; on le faisait voir comme l'homme de la destinée appelé à fermer les plaies delà révolution en grandissant sa partie énergique. Tous ceux qui avaient participé à la journée du 30 prairial n'étaient pas complices de la conjuration bonapartiste, mais tous éprouvaient ce sentiment qu'il fallait en finir avec la situation actuelle ; elle n'était pas tenable. La ferait-on renverser par les conseils ou par le parti militaire? Et parmi les généraux quel était celui que l'on choisirait pour l'appeler à l'œuvre ! ?

Telle était la préoccupation des faiseurs de mouvements politiques

1 Barras même n'était plus épargné; voici ce qu'on lit dans les journaux anglais :

« On cric encore, avec une bruyante affectation, dans Les rues, ce titre entier d'un pamphlet intitulé : Quatre à pendre, et le cinquième qui fde sa corde. Quoique le fond présente tout autre chose que ce que le titre fait soupçonner, comme c'esl le titre que l'on crie aux oreilles de tout le moud.', el que peu de gens lisent le> pamphlets, il nous a semblé que cette publication était un artifice pour préparer l'opinion publique à quelque nouvelle attaque, dont on pourrait entrevoir le bul dan- un libelle encore plus nouveau sous ce titre non moins piquant : La vérité AévoiUt au peuple français sur le directeur Barras et sur ses intrigue» avec ses favori». Dana toutes ces productions patriotiques, Merlin, Larévcillère, Duval, etc., sont tort méchamment et fort grossièrement traités. »

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et de constitutions ; tous unanimement reconnaissaient qu'il fallait changer ; des cris s'élevaient dan6 toutes les branches de l'administration politique : directeurs, ministres, avaient le même sentiment sur le besoin de réparer les plaies du pays. Seulement on différait sur les hommes et sur les choses ; était-il nécessaire de renverser la constitution de l'an ni ? Le directeur Sieyès était dans cette opinion ; il croyait cette œuvre usée et flétrie , une feuille morte que ie vent des passions avait emportée. Depuis son retour de Berlin, Sieyès travaillait à une organisation plus forte, plus centralisée, à une présidence de république, à un protectorat, à une royauté constitutionnelle, ou à l'organisation de deux consuls : l'un pour la paix, l'autre pour la guerre. Barras n'était pas si avancé, il croyait le maintien de la constitution possible, pourvu qu'on la plaçât sous la main de quelques hommes de force, et il ne répugnait pas à admettre un général capable parmi ses collègues : Joubert, 3Ioreau ou Bonaparte. Quelques-uns lui prêtaient la velléité de restaurer Louis XVIII ; le prince s'était adressé à lui comme un roi Bourbon à un gentilhomme de vieille race * . Au fond, le directeur Barras s'annulait alors tant qu'il le pouvait, cédant à l'abbé Sieyès la direction des affaires publiques et, par conséquent, leur responsabilité. Gohier et Moulins étaient, dans le conseil, l'expression du parti patriote et des jacobins ; ils avaient pied dans les clubs et n'avaient pas assez d'importance pour contrarier une résolution concertée entre Sieyès et Barras. Quant à Sloger-Ducos, votant constamment avec l'abbé Sieyès, il devait être mi auxiliaire et jamais un obstacle.

Pour bien résumer les faits et les idées du gouvernement au 30 prairial, l'autorité était à bout de ses moyens ; elle était ballottée entre le parti jacobin, qui la poussait aux mesures extrêmes, et les bonapartistes, qui invoquaient sans cesse les souvenirs du général. Dans toutes les circonstances, Sieyès manifestait sa peur des clubs ; président du directoire, il fut appelé plus d'une fois à exprimer ses principes politiques dans les solennités, et il parla contre l'anarchie plus vivement encore que contre la royauté ; par l'anarchie il désignait le parti jacobin, se réveillant de son suaire du 9 thermidor, reparaissant har-

1 Voir sa correspondance dans mon Jlistoire de la Restauration, tome I. J'ai déjà dit que les Mémoires manuscrits de Barras auv mains de M. Saint-Albin, nient tout à fait cette participation. Ce n'est pas ainsi que les royalistes ont jug»; les faits.

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(liment à la tribune ' ; ce parti, appu\ é sur deux généraux d'une ceptaine capacité, Jourdan et A.ugereau, avait «le nombreux amis dans les conseils, et il venait d'essayer la motion de faire déclarer la patrie

en danger, résolution qui avait pour but de jeter le pouvoir dai bras des jacobins : la patrie en danger, c'était le canon sur le Pont- Neuf, qui détermina le 2 septembre. Dans les sombres calamités d'une grande défaite, les opinions extrêmes triomphent, parce qu'il faut

manifester de l'énergie au nom du peuple et pour le peuple ; la dou prend les masses par toutes les libres : la patrie en danger, c'étaient les faubourgs en armes. Cette proposition, rejetée à une faible majorité, affecla l'abbé Sieyès ; la peur des jacobins le dominait absolument ; à qui allait-il s'adresser? Ne valait-il pas mieux pactiser avec Lucien et Josepb Bonaparte, et séparer les bonapartistes des jacobins? Sieyès avait tàté tout le monde : Bernadette, Moreau, pour le changement qu'il préparait ; il craignait le caractère de Bonaparte , mais il avait besoin de son épée, et il lui avait écrit en Egypte au mo\en de l'ambassadeur de Prusse à Constantinople; par la finesse, il croyait se sauver de la dictature militaire. C'est ainsi que marchaient les affaires publiques à l'intérieur quand le général Bonaparte mit le pied sur le sol français! Aux époques calmes et régulières, la finesse e>l une arme qu'on peut utilement employer; mais dans les temps de erise, que devient la duplicité? Quand la force s'exprime et réclame son droit, que peut-on lui opposer? On ne peut sauver une situation violente par les termes moyens; il faut souvent l'épée pour couper le noeud gordien ; et alors v ient un soldat !

1 Les jacobins avaient fait, eu effet, irruption après le 90 prairial. A peine ITB permis de former des réunions politiques, qu'ils se livrèrent à des dénoncil tioiM el à des accusations de toute espèce. « Il faudra en venir à fermer le lieu de leur n> semblemcnt, dit un agent étranger, pour la quatrième fois. TV'jà ils "lit été expulsés do la salle du Manège des Tuileries; mais ils se sont portés de l'autre ooté de II Seine, dans l'église du couvent des jacobins, rue du Bac, faubourg Saiat-Gero

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