‹ L'Europe pendant de consulat et l'empire de Napoléon (volume 2)Chapitre 33 sur 53 · AU DEBARQUEMENT DU GÉNÉRAL BONAPARTE. 2S · texte numérisé non relu

AU DEBARQUEMENT DU GÉNÉRAL BONAPARTE. 2S

ressécs à briser la prépondérance absolue du système républicain. Le

ezar avait renoncé pour le moment à pousser la Prusse vers un mouvement hostile ' , mais le prince Repnin écrivait avec quelque certitude : «qu'une fois les victoires obtenues, !<• cabinet de Berlin se dessinerait dans une croisade générale, et soutiendrait les ânglo- Russes en Hollande. » Le plan des alliés était vaste; le mouvement central devait s'opérer en Allemagne et sur les bords du Rhin; les Autrichiens et les Bavarois marchaient de concert sous l'archiduc Charles; par la Suisse on donnait la main aux opéra lions militaires en Italie, confiées aux Russes et aux Autrichiens de Suwaroi ; une armée débarquait à Naples et favorisait l'insurrection de Imites les provinces méridionales, tandis que, dans la Hollande, 30,000 Anglo- Russes se déployaient, pour s'emparer des arsenaux et des Huttes bataves. Après avoir insurgé les Belges, ils devaient se porter en masse sur les départements du Nord ; enfin la chouannerie dans la Bretagne, la Normandie, et les Vendéens attaqueraient dans l'intérieur les Forces de la république.

1 L'empereur Pau] avait sommé la confédération germanique de marcher avec lui

dans la coalition :

« S. M. l'empereur de toutes les Russies, toujours animé du même zèle | cause des souverains, et désirant mettre un terme aux ravages et aux désordres qui ont été répandus parle gouvernement impie sous lequel la France gémit, ju qu dans ies pays les plus éloignés; — étant absolument détermine à envoyi r de terre et de mer pour le soutien des malheureux et pour rétablir la royauté C ; France, sans admettre, néanmoins, aucun démembrement de ce pays: à rétablir les anciennes formes du gouvernement dans les Pays-Bas unis el dans les cantons suisses; à maintenir L'intégrité de l'empire germanique et a n'en chercher sa r< c< m pense que dans le bonheur et la tranquillité de l'Europe : la Providence a béni ses armes, et jusqu'ici les troupes russes ont triomphé des ennemis d< -s trônes . de la religion et de l'ordre social.

» S. M. l'empereur de toutes les Russies ayant ainsi déclaré -es \ue- el le- motifs qui le dirigent, adresse cette déclaration à tous les membres de l'empire germanique, en les invitant à unir leurs forces aux siennes, afin de détruire leur ennemi commun aussi promptement que possible, et fonder sur ses ruines une tranquillité petma nente pour eux et leur postérité.

» Si sa majesté impériale de toutes les Russies s'aperçoit qu'ils secondi i et qu'ils se rallient autour de lui, au lieu de ralentir son tèle, elle redoublera d'efforts, et ne remettra point son épée dans le fourreau, avant d'avoir m l : chute du m qui menace d'engloutir toutes les autorités légales.— Mais . si elle est abandonnée i elle-même, elle sera obligée de rappeler ses forces dans se États et d bandonner une cause si mal soutenue par ceux qui auraient dû avoir la plu? grande part .1 n triomphe.

» A Gatschina, le l'ô septembre 1799 vieux stylo). »

Ce large plan militaire était secondé par l'apparition en Italie et sur le Rhin d'une armée de 80,000 Russes dont on exaltait le caractère sauvage, la discipline, l'obéissance et la résolution martiale. L'armée anglaise elle-même, qui devait opérer en Hollande, comptait dans ses rangs un corps auxiliaire moscovite , et l'on faisait entrer dans les moyens de la campagne , la prévision d'un débarquement de 30 ou 40,000 Turcs qui, après avoir chassé les Français d'Egypte, devaient se présenter en Italie , et mêler leur bannière aux soldats catholiques de Naples et du souverain pontife même ; singulier spectacle d'une croisade chrétienne sous le croissant , et dirigée contre l'esprit du xvme siècle * !

La coalition était puissante, mais elle portait avec elle-même les germes d'une profonde dislocation ; ses armées se composaient d'éléments hétérogènes. C'était un tour de force de la diplomatie anglaise , que d'avoir réuni sous un même drapeau des cabinets si divers , des intérêts si hostiles les uns aux autres ; n'était-il pas a craindre qu'une fois en campagne surtout, les armées ne fussent frappées de la singulière position qu'on leur avait faite? Il y avait là des caractères bizarrement accouplés, de justes ambitions, et surtout des pensées différentes dans la manière d'envisager la fin de la campagne.

Paul Ier, se proposant une idée générale de restauration européenne, voulait conquérir pour la Russie l'ascendant moral qui résulte toujours d'un événement préparé par un concours militaire ; le czar s'était donné mission de rendre aux rois de Naples et de Piémont , leurs couronnes, telles qu'ils les tenaient brillantes avant les révolutions populaires ; il songeait à rétablir les Bourbons sur le trône de France, et avec eux, l'esprit de chevalerie et de noblesse ; cette manie de reconstruction de l'ordre social ancien, allait, chez l'empereur, à ce

1 Je donne ici le traité de paix et (i alliance conclu entre les Russes et les Turcs : Art. 1er. « Il y aura à jamais paix, amitié et bonne intelligence entre LL. MM. l'empereur des Ottomans et l'empereur de toutes lesRussies, leurs empires et leurs sujets, tant sur terre que sur mer, de manière que, par cette alliance défensi\e. Il s'établira entre eux une union si intime qu'ils auront, à l'avenir, les mêmes amis Bl les mêmes ennemi-. En conséqueHee, leurs majestés promettent de s'ouvrir sans reserve l'une à l'autre sur tous les objets qui concernent leur tranquillité et sûreté respectives, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour s'opposer à toute entreprise hostile et qui leur serait nuisible, et pour rétablir la tranquillité générale. >. Traité d'alliance défensive entre S. M. l'empereur des Ottomans et S. M. l'empereur de Russie. Date de Constantiaogte, le 23 décembre 1798.)

At DÉItARQUEMENT DU OIMitW. BOXiMLHTB. point qu'il s'était déclaré souverain de l'ordre de Malte, comme -'il pouvait remuer encore un fantôme de gouvernement , comme Bi m Grecschismatiquc était apte à saisir l'épée du grand maître 01 thodeee.

Les ordres de chevalerie n'étaienl-ils pas morts avec l'esprit chevaleresque? Qui pouvait relever la bannière de l'ordre. Détrie par d'indignes chevaliers? La chevalerie était alors comme ces corps de liants barons noircis parles âges, que l'on retrouve dans la tombe Mm l'armure rouillée et le gantelet rongé par le temps. Le résultai politique de cette croisade, était pour la Russie une question d'inlliience sur le midi de l'Europe; le czar habituait les' peuples à voit les ftuaseï apparaître dans les affaires qui se traiteraient en Italie, en France el en Allemagne; toutes ces restaurations accomplies, le cabinet de Saint-Pétersbourg devenait la première puissance dans l'ordre politique. Les Russes n'avaient qu'un vœu, qu'un désir, c'était de loucher le sol de la France ; leur imagination orientale saluait déjà les lourde Notre-Dame. Paul I" voulait restaurer les Rourbons sous l'oriflamme fleurdelisée protégée par l'aigle des czars.

Le cabinet de Vienne n'était pas préoccupé de la même idée ; pour lui, la restauration des Rourbons n'était qu'un but de second ordre, et l'on peut ajouter que cette cour était opposée à la reconstitution absolue de la monarchie française a\ec l'Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté ; si la cour de Vienne était décidée à rétablir le roi de Naples par l'intérêt que lui portait l'impératrice, il ne voyait pas avec le même sentiment de sollicitude le rétablissement du roi de Piémont et de Sardaigne. La victoire couronnant les efforts des puissances alliées, le plan de l'Autriche était de profiter des riches dépouilles en Italie, et d'une meilleure fronlière eu Suisse, sur le Rhin, de manière à grandir son territoire et son influence dans )■■ pn et l'avenir. La révolution avait déjà donné à l'Autriche, par le trait.'de Campo-Formio , Venise, l'ïstrie et la Dalmafie ; quelques metês heureux, en lui assurant la paisible possession de la Lombardie. pouvaient également lui attribuer un meilleur tracé de farter* dans le Piémont !. L'Autriche sacrifierait au besoin la maison de Carignan, liée depuis un siècle à la monarchie de France : ell • aurait volontiers consenti à un partage qui fît disparaître la royauté du Piémont, pour donner une indemnité à la France dans un traite

1 Dépêche de M. de KalitM'lief, ambas^adnn- de P: 'I 1 ft Wi

définitif de pais avec la république. Avec sa pensée d'égoïsme militaire et politique, l'Autriche n'avait pas le même intérêt que l'empereur Paul, et ce dissentiment sur les principes devait nécessairement amener de l'incertitude et du mauvais vouloir dans la marche simultanée des alliés sur nos frontières.

L'Angleterre, à son tour, avait son idée fixe, et des résultats invariables dominaient sa politique. Les armées anglaises n'opéraient effectivement que sur trois points : l'Egypte, la Sicile et la Hollande ; dans l'Egypte, la flotte et les troupes de débarquement turques ou anglaises, avaient pour mission d'expulser les Français du territoire, parce que de là ils menaçaient l'Inde; on voulait en finir avec la colonisation de l'Egypte sous le drapeau tricolore ; la mort de Tippoo-Saëb mettait à la disposition de l'Angleterre des forces considérables, et, chose merveilleuse, une expédition de plus de trente mille hommes, composée de cipayes, d'artillerie anglaise et écossaise, s'embarqua dans la mer Rouge, pour prendre les Français à revers, et les refouler vers le Nil ' ; on en revenait aux époques fabuleuses d'Alexandre et des Ptolémées. A Naples , les Anglais poursuivaient leur idée commerciale ; ils avaient besoin d'un point d'appui dans la Méditerranée, poste avancé de Gibraltar ; ils bloquaient Malte prête à se rendre ; ils convoitaient avec ardeur les îles de la mer Adriatique, et la Sicile devait, leur servir comme d'un grand grenier pour alimenter leurs établissements dans la Méditerranée. Enfin les Anglais opéraient également en Hollande, de concert avec les Russes : ici leur campagne se liait à une pensée de prépondérance maritime ; le cabinet de M. Pitt voulait, s'emparer de la flotte batave , brûler les arsenaux d'Anvers , de Rotterdam et du Zuyderzée 2. Si les ministres anglais parlaient encore d'une restauration de la maison d'Orange et des Rourbons, c'est qu'ils espéraient, par ce moyen, obtenir la même influence sur le continent, que la Russie désirait elle-même, par l'appui qu'elle prêtait aux vieilles dynasties. En résumant la situation respective des alliés, on pouvait conclure qu'il y avait coalition momentanée, plus encore que cohésion de principes et d'intérêts ; chacun avait son plan distinct et son ambition séparée. Ce vaste échafaudage devait crouler à la première résis-

1 II y a, sur celte expédition, un livre fort curieux de M. le comte de Noë, qui avait un poste d'officier supérieur dans cette expédition des cipayes pour l'Egypte.

2 Voir la discussion du parlement (Annual Regist. 1790 : dix ans plus tard, cette pensée se reproduisit dans l'expédition d'Anvers en 18C9.

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