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la guerre, et on lui doit cette justice historique, qu'il déploya dans
les périls communs une énergie, une force, une prévoyance qui ne furent pas inutiles au premier consul bien avant la bataille de Marengo1. Bernadette , administrateur surtout , avait sous sa main peu d'éléments d'organisation : l'argent manquait, les conscrits hésitaienl à se rendre sous les drapeaux où ils demeuraient -ans vètt ments, sans armes. Le ministre ne négligea rien, l'administration prit une impulsion nouvelle et forte; ses proclamations aux années eurent une teinte antique et républicaine, il invitait généraux cl soldais à faire de nouveaux efforts pour sauver la république.
Le ministre avait auprès de lui un jeune secrétaire , lils de la révolution , aux fortes études , et lié , par ses antécédents , à la Si jacobins, il fut secondé par sa sagacité et son ardent amour pour la patrie. Le général Bernadotte cherchait à réveiller dans les camps esprit public qui semblait s'effacer de l'armée ; si le général Bernadotte donnait un commandement en chef à Championnet, le directoire, par l'organe de l'abbé Sieyès, indiquait pour conduire l'armée d'Italie, le jeune Joubert, sur lequel se rattachait plus d'une i rance, tant le mouvement politique se liait alors à une révolution militaire 2 ; on ne croyait pas possible de sortir de la crise sans l'appui d'une armée et d'un général ; l'abbé Sieyès voulait organiser la victoire au protit de ses plans de constitution. Le général Joubert se dit lentement à son poste 3; ses négociations avec le directoire, son
1 Les circulaires de Bernadotte existent en original aux archives de la guerre.
2 Voici ce que Joubert (''(rivait au directoire :
« Citoyen directeur, comptez plus encore sur mon dévouement que sur mes talents militaires. Si je ne meurs pas en combattant les ennemis de la république, soyi sûr qucje ne vivrai que pour la défendre. Je pars pour l'armée avec l'intention de in> pas laisser aux Austro-Russes le temps de réunir toutes leur-- forces, déji trop nombreuses. A mon arrivée je leur livre le combat. Dan:- peu de jours, attendez-vous à recevoir la nouvelle d'une grande victoire ou celle de ma mort. « Lettre de Joubert au président du directoire.)
3 Voici quelques-unes de ces circulaires du général Bernadotte. Le ministre de la guerre à l'armée d'Italie.
Paris, le 11 fructidor an vu 28 « Caché dans les rangs obscurs, il y a (rois ans, Joubert était à peine connu; .1 meurt aujourd'hui, fixant les regards et l'estime de l'Europe enlière.Queli stleseci l de cette r. putation si grande, soldats de la patrie? Ce prodigi est « ■-< ore un de ceux de la liberté. Elle élève jusque du
» Joubert fut un des plus ardents; il ne croyait pas que même oua la tente nu soldat eût le droit de se croire étranger à la république. Incertain, il j a m\ mois, s'il
amour pour mademoiselle de Montholon , ces fleurs , ces roses jetées sur ses pas , l'empêchèrent d'accomplir sa destinée , la mort le frappa à la sanglante bataille de Novi , les bardes de la république purent célébrer les funérailles d'une si belle renommée.
combattrait encore pour elle en Italie, il avait courageusement renoncé à sa propre renommée.
» La constitution a repris son empire, Joubert doit reprendre du service; le moment est venu de rejoindre ses frères d'armes; impatient de continuer sa gloire, il n'est pas arrivé, qu'il périt à la fleur de l'âge au milieu de vous.
» Tombé de cheval, il vous criait en expirant : « Camarades, c'est aux ennemis qu'il faut marcher. » Vous avez entendu sa voix mourante, vous avez juré sur sa tombe de le venger ; vos larmes ne seront point stériles.
» Si, dans ce fatal combat, qui n'est point une défaite, il a été commis une faute, c'est celle de la vaillance immodérée. Je n'ai qu'un conseil à vous donner : la sagesse dans le courage.
» Ralliez-vous autour du principe éternel des victoires, la discipline. Elle nous rendra tous les avantages qui ue sont que différés. i»es renforts nombreux de toutes armes vont vous seconder : que les vieux soldats donnent aux jeunes conscrits l'exemple de l'ordre et du devoir.
» Braves amis, avancez, la patrie vous appelle. Non, quoi que fasse la coalition, la source des généraux n'est point tarie. On a pu dire sous les rois, que ia nature se repose quand elle a produit un grand homme; je vois parmi vous plus d'un Bonaparte et d'un Joubert. La liberté a changé la nature.
» Signé : Bernadotte. »
Le ministre de la guerre au général Championnet.
Paris, le 11 fructidor an va (28 août).
« L'armée des Alpes est réunie à celle d'Italie. Le directoire executif vous a nommé pour commander l'une et l'autre. Championnet succède au républicain Joubert. L'Italie sourit à son nouveau libérateur; elie attend celui qui avait renversé le trône de Naples.
» Rome rendit des actions de grâces à ce cousul qui n'avait point désespéré du ,-alut de ia république; Rome a détruit Cartilage et fait la conquête du monde; loin de nous ces pensées de l'ambition! Fonder notre liberté, seconder nos alliés, faire une paix durable, voilà notre ambition; vos moyens sont grands pour la réaliser.
» La terrible armée du Danube flanque votre gauche. L'intrépide Lccourbe est prêta vous donner la main; vous avez avec vous de valeureux soldats et des généraux éclairés : les Dclmas, les Saint-Cyr, Grenier, Suchet, Duhcsme, Victor et tant d'autres, sont yos dignes compagnons. Que ne pouvez-vous pas avec l'union de pareils hommes!
» Je sais combien celte union est le premier besoin de votre âme. Vous fûtes des braves de cette glorieuse armée de Sainbre-ct- Meuse. Nous avons vu quatre-vingt mille hommes présenter l'image d'une seule famille. On n'y connaissait qu'une rivalité, celle du bien public : probité, sobriété, discipline austère et nerveuse, tels sont les puissants mobiles qui la conduisirent à la plus haute renommée, il vous conduiront encore à la victoire.
» Signé : Bernadotte, »
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Depuis le 30 prairial il y eut plus d'énergie : le< amv rusèrent, mais les causes réeUes du succès obtenu par les répubft furent surtout les querelles intestines el 1rs jalousies qui s'él de toutes parts entre les généraux russes et autrichiens dans cette campagne. A mesure que le plan des allies recevail son exécution , les rivalités se formulaient d'une manière plus complète; les Autiï chiens , presque maîtres de l'Italie , voulaient en disposer à leur gré . pleinement satisfaits d'avoir délivré le Milanais, ils portaient leoi attention alors sur le Piémont pour assurer une nouvelle frontière, et les vieux projets de la maison d'Autriche se réveillaient contre les Carignan. Le cabinet de Vienne voyait, avec dépit et quelque crainte secrète, les Russes prendre possession des villes, et parler, au nom de leur czar , des Carignan et des iîourbons , comme si l'Autriche ne devait pas rester maîtresse des négociations ultérieures. Ensuite un échange de mots durs avait lieu continuellement entre les officiers généraux des deux armées ; KorsakolT manifestait un mépris profond pour les officiers autrichiens, déjà blessés de marcher sous la conduite des Russes ; il résultait de ces dissidences une grande incertitude dans les mouvements militaires.
La haute tète de la campagne, le prince Charles, était tombé malade presque au début de la guerre, on disait même qu'il s'était retiré de dépit ; l'armée autrichienne manquait d'unité et de résolution ; elle se croyait seule capable, par sa civilisation et sa tactique, de lutter contre les armées françaises, et c'est dans ce moment d'incertitude et de découragement que le général Masséna engagea l'affaire de Zurich sur un champ de bataille de près de trente lieues. Cette magnifique action dura plus de quinze jours; elle fut décisive contre Korsakofl', et dès lors les Russes, qui avaient une si grande part à la coalition, furent mis en dehors de ligne et n'influèrent plus que légèrement sur les opérations militaires l. Les Autrichien- seuls demeu-
1 « J'ai quitté, dit Suwarow, l'Italie plu • tôt que je n'auraisdû : mais je me confownaisàunplao que j'avais adopté de conGance plus que de conviction. Je coin bine nia marche en Suisse : j'en envoie l'itinéraire; je | nt-Gothard,
.franchis tous les obstacles qui s'opposent à mon pas ige. Ferme au j( ai in : l'endroit où l'on «levait se réunir à moi . el tout me manque à la foisl Au lien de trouver une armée en bon ordre, dans une position avantageuse, . re plus
d'année. La position de Zurich, qui devail être défen lue par 60 0 I Mens,
avait été abandonnée à 20,000 Russes. On laisse cette année manquer de Tivres. Hotzc se laisse surprendre; Korsakoff se fail '-"ire. Les Français >•-«••>" mtltWS de la
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rèrent avec leur supériorité de position en Italie; les frontières furent sauvées , et toute invasion devint impossible pour les alliés. On prit sur quelques points l'offensive ; les Autrichiens , au reste , ne se souciaient pas de passer les Alpes ; il ne s'agissait pas , pour eux , d'une campagne de restauration pour les vieilles dynasties ; leurs armées ne s'étaient point ébranlées pour un principe , mais pour des conquêtes effectives et réelles ; ils voulaient pour le Milauais une meilleure frontière du côté du Piémont ; la guerre changeait ainsi de face et de but, et on pouvait la continuer, d'après d'autres bases, plus complètement militaires et diplomatiques.
Si l'invasion échouait du côté de l'Italie et de l'Allemagne par la bataille de Zurich, elle était aussi fortement arrêt 'e en Hollande parla marche savante et hardie du général Brune ; le duc d'York était en pleine retraite. Comme au temps de la première coalition , la campagne des Anglais, sur ce point, n'avait politiquement que deux objets : la capture de la flotte batave et la destruction des arsenaux. Une fois ces deux résultats accomplis, l'Angleterre était satisfaite ; et aucun ministre de cabinet, à Londres, n'avait la présomption de lutter sur le continent avec les soldats de la république et de renouveler la campagne de 1793. Sans doute , si la coalition, victorieuse dan«. l'Italie et l'Allemagne , s'avançait vers le centre de la France , l'Angleterre marcherait à son tour par les frontières du Nord, sur Anvers, puis sur Dunkerque, comme elle l'avait essayé en d'autres temps; mais la victoire revenant aux armées républicaines, que pouvait faire un corps anglo-russe en Hollande ? Le cabinet de M. Pitt avait donné mission au duc d'York de s'emparer de la flotte ; ce but était rempli; les Anglais, maîtres de l'escadre du Texel , capitulèrent avec Brune pour le rembarquement de stroupes, et le duc d'York obtint de bonnes conditions. Plus tard on se demanda pourquoi le général anglais s'était si rapidement rembarqué? C'est qu'il n'avait plus rien à faire sur le continent; il n'en voulait qu'à la flotte. Dans l'histoire de Sa
Sui se, et je me vois seul avec mon corps de troupes, sans artillerie, sans vivres ni munitions, obligé de me retirer chez les Grisons pour rejoindre des troupes en déroule. On n'a rien fait de ce qu'on avait promis.
» Va vieux soldat comme moi peut-être joué une fois; mais il y aurait trop de sottise à l'être deux fois. Je ne puis plus entrer dans un plan d'opérations dont je ne vois sortir aucun avantage. J'ai envoyé un courrier à Pétcrsbourg : je laisserai reposer mon armée et ne ferai rien avant les ordres de mon souverain. » (Extrait d'une lettre tic Suvvarow, du 9 novembre 1799.)
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Grande-Bretagne , on ne trouvera jamais qu'une seule pensée, celle
d'affaiblir les marines de ses ennemis ou des neutres : elle les brûle ou elle les prend, sans se détourner un moment de son but.
En suivant ainsi la situation des armées, au moment où le général Bonaparte débarqua à Fréjus, elles n'étaient pas dans une situation mauvaise ; un préjugé historique a répété que le premier consul ramena la victoire sous les drapeaux ; rien n'est moins exact. Au mois d'octobre 1799, la France était victorieuse en Hollande, en Suisse, en Italie, les Russes étaient en pleine retraite, et la ligne des Autrichiens compromise par le grand vide que laissaient Suwarow et Korsakoff. S'il n'y avait pas dans le pouvoir ce nerf puissant et militaire, cette unité qui seule pouvait donner un développement à la situation politique de la France, au moins le territoire était préservé. Les généraux Masséna , Lecourbc , Soult, Morcau, Brune , ?»IacdonaId , avaient tiré leurs épées avec honneur et gloire, et l'administration du général Bernadotte imprima une grande impulsion au système de guerre : les temps étaient passés où l'armée manquait de tout : elle avait reçu récemment des approvisionnements considérables, et les registres du département de la guerre constatent l'activité déployée par Bernadotte, ministre organisateur. La part du consul Bonaparte est assez belle pour qu'on puisse la faire juste à chacun ; Masséna, Brune, Macdonald , Bernadette, accomplirent de glorieuses choses, et seuls ils préservèrent la France de l'invasion ' ! On a confondu deux époques : avant et après le 30 prairial ; le triomphe était revenu à nos drapeaux au 18 brumaire, et la belle bataille de Zurich avait fait luire un nouvel éclat sur les armées de la république.
A l'intérieur, la guerre civile, sans être complètement éteinte , était au moins apaisée, car il venait d'y avoir une nouvelle pacification de la Vendée, sous le général Hédouville ; les provinces de l'Anjou et de la Bretagne ne présentaient plus que des bandes isolée:-, et la plupart des chefs signaient l'acte de pacification. Comme il arrive toujours après les longues guerres civiles, il restait debout quelques troupes armées , lesquelles , impatientes de toute domination , se jetaient à l'improviste de droite et de gauche pour commettre du désordre et s'assurer le butin. La Vendée s'était transformée en
1 Napoléon a été très-passionné dans le jugement qu'il a porte contre le gênerai Bernadotte et sur son administration de la guerre : Napoléon avait un trop grand mépris de tout ce qui n'était pas lui. La jalousie perdait trop dan? ses appréciations.
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chouannerie, dégénération de la grande guerre civile de 1794. Les paysans insurgés , si redoutables aux républicains, se réunissaient sur des signes particuliers, dans les genêts touffus de la Vendée, au milieu de ces buissons épais, de ces métairies isolées où l'on attendait les bleus. La soumission absolue était impossible ; il y avait toujours des hommes hardis qui portaient la croix sur leur chapeau à larges bords, comme les derniers débris des clans d'Ecosse, armés sous les Stuarts.
Dans la basse Normandie, la chouannerie n'était point éteinte ; au milieu des ombres de la nuit on entendait mille voix confuses et inconnues qui se jetaient à travers les vents, des signes de convention pour prendre les armes ' . S'il n'y avait pas de guerre civile véritable, des expéditions de partisans pillaient les caisses publiques et tourmentaient les acquéreurs des domaines nationaux; le fanatisme politique était poussé loin, et alors parurent les chauffeurs, bandes sauvages qui, pour faire déclarer des trésors enfouis, faisaient placer sur des brasiers ardents de pauvres femmes et des enfants à peine dans la vie, tristes fruits du désordre et de l'exaltation des partis, affreux et sanglant délire de la guerre civile ! Les répressions contre de tels excès rentraient dans le domaine de la police active et de la justice ; quelques régiments de gendarmerie mobile suffisaient, et l'on pouvait ainsi disposer de toutes les forces militaires pour les jeter sur la frontière dans la vaste lutte contre les coalisés 2.
L'armée navale de la France n'était pas dans une mauvaise situation, car elle offrait en ligne 84 vaisseaux de haut bord. L'escadre, abîmée à Aboukirpar l'amiral Nelson, n'était pas le dernier espoir du pavillon de France, et au moment où le général Bonaparte mettait le pied sur le territoire, appareillait de Brest une flotte magnifique qui comptait 44 vaisseaux de ligne se déployant dans l'Océan, comme à la grande époque de Louis XIV; phénomène curieux que cette activité immense de nos arsenaux, quand on parlait de la décadence de la marine ! L'empire de Napoléon, même dans ses jours de gloire, n'offrit pas le .spectacle d'une armée navale aussi considérable, traversant le détroit de Gibraltar pour louvoyer paisiblement dans la Méditerranée ; elle effraya la Grande-Bretagne. Aucune escadre anglaise ne se présenta
1 Je regrette vivement qu'on n'ait pas poétiquement raconté la chouannerie et l'épisode de cette guerre civile, fatale et acharnée.
2 Fouché vit le premier entrer la police dans les répressions des trouble de la Yendéc.
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devant elle ; l'amirauté n'avait pas prévu la réunion d'une si grand
flotte, et les ordres ne purent parvenir à temps pour livrer une bataille navale qui aurait eu pour théâtre l'Océan ou la Méditerranée. I.a flotte française entra paisiblement à Toulon après une campagne courte, mais qui ne fut pas sans utilité pour l'instruction de la marine: on vit une magnifique flotte sur mer, devant laquelle fuyaient les escadres inférieures sous le pavillon britannique ; l'amour-propre de l'officier et du marin de France grandit ; on put invoquer dans les longues nuits du bord les souvenirs de Suffren etdeLamothe-Piquet' .
Cette situation militaire delà république, au moment où le généra! Bonaparte revint d'Egypte, doit être bien constatée, afin de retera les erreurs qu'une puérile adoration a jetées dans l'histoire. La constitution de l'an m était perdue depuis le coup d'État du JS fructidor ; on avait accoutumé le peuple à voir les conseils décimés et les majorités déportées par de simples mesures de sûreté générale ; cette constitution ne pouvait désormais protéger ni les personnes, ni les propriétés. Partout on sentait le besoin d'un changement ; s'opérerait-il par la force militaire, ou par un simple mouvement d'avocats et de légistes?
Depuis longtemps la querelle était engagée entre l'armée et l'autorité civile ; cette armée avait rendu d'éclatants services et tous les pouvoirs l'invoquaient à l'aide de leurs projets. Les révolutions politiques avaient pris pour appui l'épée d'un général, depuis le li vendémiaire qui s'accomplit sous l'influence de Barras et de Bonaparte , jusqu'au 18 fructidor où présida Augereau. Ce grand duel devait donc se vider aujourd'hui , demain , qu'importe ! Il y avait dans les conseils, dans le directoire, comme dans le pays, ce sentiment unanime que ce qui était ne pouvait durer ; quant? le peuple a cette opinion, il est rare qu'un pouvoir puisse se maintenir, car il n'inspire aucune confiance; chacun lui donne des successeurs, ou cherche à l'être. On en était arrivé à ce point que les directeurs ne croyaient plus à leur propre puissance, et l'abbé Sieyès lui-même déclarait qu'un changement était indispensable.
La bourgeoisie jugeait même le mal plus grand qu'il n'était ; on croyait la patfie menacée; la victoire était revenue avant Bona-
1 II ne faut pas oublier que la jeune période de la vie de Barras avait ét< consacré» à la marine : il put donner l'impulsion à nos escadres. Il avait goût pour l'organi sation des escadres.
parte, et l'on put dire et écrire au 18 brumaire qu'elle était arrivée par lui, et qu'il la conduisait par la main comme la compagne brillante de sa vie. Ce qui manquait réellement au directoire , c'était la vie et la force gouvernementales; il n'y avait pas d'unité dans le pouvoir, aucune force morale dans l'administration ; on avait peur des jacobins, peur des émigrés, peur des généraux. Une sorte de vacance se manifestait au sein de l'autorité , et c'est le moment où un homme audacieux peut s'en emparer. On a dit que les intrigues agirent beaucoup pour préparer la journée que nous allons décrire ; en politique il y a quelque chose de plus fort que l'intrigue , c'est la nécessité inflexible qui domine les hommes et les événements. Bonaparte avait dit en partant pour l'Egypte : « La poire n'est point mûre encore ; » à son retour elle était mûre, il ne fallait plus qu'une main décidée à la cueillir !