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TRAVERSEE DE LA FORÊT-NOIRE

surtout pour sa belle cascade qui tombe de rocher en rocher au milieu d'un bois de sapins, et pour sa montagne, fameuse comme lieu de pèlerinage. Près de là s'ouvre la vallée de la Kinzig, une des brèches transversales qui échancreat, du Rhin au

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Forêt-Noire.

Hornbere

Danube, le massif complexe du Schwarzwald (Forêt-Noire) .

Car nous sommes dans la Forêt-Noire, un pendant des Vosges alsaciennes au delà du vaste fossé du Rhin, une contrée toute noire en effet par ses immenses forêts de conifères, mêlés de hêtraies non moins admirables. Les pins surtout y sont superbes ; les plus beaux, qui atteignent 25 et 30 mètres de haut, sont désignés sous le nom de Holldnder, parce que le Rhin les transporte en Hollande pour y servir aux constructions navales. Grosse affaire que d'abattre ces arbres et surtout de les amener aux rivières. En Alsace, on a recours au schlittage; des traîneaux de bois, halés

ALLEMAGNE

par des hommes, glissent sur des chemins de madriers établis du haut en bas des montagnes ; mais, ici, les pentes sont trop raides, entrecoupées de trop de précipices, pour qu'on puisse user de ce procédé. On y supplée au moyen du flottage. Des bassins-réservoirs avec des digues munies d'écluses sont installés à la partie supérieure des torrents qui dévalent des hauteurs ; il suffit d'ouvrir ces barrages qui ferment tout un sillon de vallée, pour que les troncs et les bûches accumulés en amont se précipitent avec fracas, comme une sorte d'avalanche solide, à travers le défilé rocheux. Cette descente vertigineuse s'appelle la Schwelhmg. Des torrents supérieurs, la masse arrive aux rivières, qui, d'une allure plus paisible, véhiculent le tout aux stations des sociétés exploitantes. Là, il ne reste plus qu'à repêcher toutes ces pièces flottantes pour les amener aux scieries chargées de les débiter en planches; après quoi billes ou troncs entiers, réunis en radeaux, forment ces immenses trains, parfois longs de 5 à 600 mètres, qu'on voit descendre majestueusement le cours du Rhin, régis par des nautoniers-flotteurs, en gilet rouge et en veste de toile.

L'autre industrie de la Forêt-Noire, c'est, on le sait, la fabrication des coucous. Ce sont surtout les habitants des hauteurs qui s'occupent de confectionner ces horloges de bois à sonnerie mélodieuse, dont quelques-unes sont de vraies merveilles d'invention et de mécanique. Monte/, sur un de ces plateaux solitaires qui se cachent derrière les épaisses futaies de sapins et de mélèzes : au milieu de prairies et de cultures, vous y trouverez un chalet couvert de chaume ou de bardeaux, avec un pignon en saillie, une galerie extérieure de balcons, des châssis métalliques aux fenêtres : c'est un atelier d'horlogerie. Là, tout le monde, hommes et femmes, manie un des outils du métier, scie, découpoir, lime, ciseau. Celui-ci taille ou sculpte la cage de l'ingénieuse machine ; celui-là lisse les roues d'engrenage ; un autre cisèle ou peint les cadrans, un autre encore fabrique les aiguilles, les spiraux, les cylindres. Et tous vivent de leur labeur harmonique, où chacun, en son genre, fait œuvre d'artiste.

L'hiver, sans doute, la vie est triste sur le plateau. Dès le mois d'octobre, la neige y tombe, et les vents s'y déchaînent avec une furie dont les gens d'en bas n'ont qu'une faible idée. Les hôtes du rustique chalet n'en ont cure. Par sa construction même, le logis est une sorte de blockhaus contre le froid. Encapuchonné dans son épaisse coiffe de paille renforcée de tuiles ou de lamelles de bois, protégé en haut par ses grands pignons, en bas par le chevronnage de sapin ou de hêtre qui surplombe la façade tout entière, il se rit de la noire bise qui mugit et des blancs flocons qui déferlent. Et puis il y a le poêle de fonte ou de faïence, le poêle gigantesque dont la large bouche bâille au rez-de-chaussée, et dont le tuyau s'engouffre dans un vaste manteau de cheminée traversant tout le grenier pour aller ressortir au-dessus de la toiture.

Malgré tout cela, je le répète, la vie alors n'est pas gaie pour les habitants du plateau. Mais, dès que les premiers souffles du renouveau y ont « mangé » la couche de frimas, quelle reviviscence merveilleuse! Tout renaît à l'cntour comme par enchantement. En quelques semaines, l'arène glacée redevient un ravissant Eden où croissent à l'envi les herbes et les fleurs. Les troupeaux sortent des étables pour brousser par les pacages embaumés ; les oiseaux recommencent leur concert prin-

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tanier dans les branches reverdissantes des grands arbres. Et les fenêtres de la maison de bois de se rouvrir, et la petite colonie de travailleurs de se remettre à besogner, comme elle faisait au soleil d'antan, en respirant l'arôme des bois résineux, en écoutant les poules qui gloussent, les coqs qui chantent, les vaches paissantes qui agitent leurs « sonnailles », et le ruisseau qui gazouille de plus belle sur son lit brillant de cailloutis.

Et nul besoin, pour les gens de céans, de recourir au monde extérieur. Tout à côté d'eux, sur l'aire défrichée de la terrasse, poussent l'orge, l'avoine et le seigle; des pommes de terre, à foison; du chanvre en quantité suffisante pour qu'on en fabrique la toile du ménage. Les arbres fruitiers non plus ne manquent pas; le prunier donne ses fruits en été, le poirier sa récolte automnale, le cerisier, ami des agrestes hauteurs, sa provision de kirsch odorant. Et l'on a par surcroît le bois, qui abonde, le lait, le beurre, le fromage, qui surabondent par-dessus toutes choses, sans eompter le miel que fournissent les industrieuses abeilles du rucher. Ah ! la douce existence, exempte de soucis et de songes ambitieux, et comme les jours, dans ce paisible nid, s'envolent plus vite que l'homme ne le voudrait, au tic tac infatigable de l'horloge où se dandine le lourd balancier!

Des sources du Danube au Feldberg, la plus haute cime de la Forêt-Noire (1 495 mètres), il n'y a, pour ainsi dire, qu'un pas. Située en face du ballon alsacien de Gucbwiller, sur le chemin de Fribourg-en-Brisgau à Schaffhouse, cette sommité est gravie chaque année par des milliers de promeneurs. Une tour de 12 ou 13 mètres de haut couronne son arête terminale, sur laquelle il y a, par surcroît, un restaurant bienvenu du touriste. Si le front de la montagne est nu, ses flancs, en revanche, sont couverts de pâtis nourrissant 2 000 tètes de bétail et de jolis lacs solitaires. À son pied sud-est se trouvent, dans un site délicieux, au bord de la Sehwarzach, les débris du fameux couvent de Saint-Biaise (Sanct-Blasien), qui date, dit-on, du x c siècle. 11 abritait jadis une école monastique renommée pour son érudition et dont le chef avait le titre de prince. L'église seule est restée debout. Elle a un dôme imité de celui de Saint-Pierre de Borne et un vestibule soutenu par de gigantesques piliers de granit.

Il est temps maintenant de filer sur Fribourg, par cette pittoresque vallée de la Dreisam qui, avec le sillon de la Gutach, dirigé en sens opposé, forme, du côté du nord, la base du grand triangle rhénan dont Bàle occupe au sud le sommet. Au point où nous la prenons, cette vallée n'est d'abord qu'un étroit défilé, où la rivière et la route ont juste la place de se faufiler. Un pan de ciel au-dessus de sa tête, voilà tout ce qu'on aperçoit du monde en dehors des âpres murs de rocher qui enserrent la cluse à droite et à gauche.

La Dreisam, ici, se nomme Hôllenbach (ruisseau d'enfer), et elle mérite cette qualification.

Plus loin, il est vrai, la gorge s'évide en un verdoyant bassin qu'on appelle, par contraste, le « Paradis » ; mais bientôt les parois à pic se rapprochent de nouveau, et l'on entre dans le « Val d'Enfer ». Debout, à l'extrémité de ce couloir, encore plus

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