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ENTRE VIEUX-BRISACH ET MAYENCE

chef-lieu du Brisgan. Fribourg est une ville curieuse ; rien que sa merveilleuse cathédrale en pierre rose, dont la flèche passe pour être l'œuvre du fameux Irwin de Steinbach, l'architecte du Munster de Strasbourg, mériterait de nous retenir longuement ; mais ses sculptures, ses vitraux, sa tour pyramidale, ses tableaux de maîtres et son porche ont été décrits tant de fois, et le Rhin, vers lequel nous tendons, murmuré à présent si près de nous, qu'il nous faut, sans plus tarder, passer outre.

Le voilà devant nous, à Vieux-Brisach, ce lleuve légendaire, si chanté, si disputé, si ensanglanté, et dont, hélas! l'épopée guerrière semble aujourd'hui moins close que jamais. Quel chemin il a déjà parcouru et quelle chute il a accomplie depuis les monts glacés des (irisons où il prend naissance à 2 344 mètres d'altitude jusqu'à ces

Rhin. — En face do Vieux-Brisach.

plaines alsaciennes et badoises vers lesquelles, à partir de Bàle, il s'est vu refouler brusquement par la double muraille du Jura et des Vosges. A Vieux-Brisach, il est majestueux; mais ce n'est pas encore le cours d'eau épique dont nous côtoierons bientôt les hautes berges. Des bancs de sable et de gravier mouvants, qui disparaissent lors des crues, mais qu'on aperçoit à l'étiage, encombrent son lit à maintes places ; aussi la navigation à vapeur ne commence-t-elle que plus bas, à Mannheim. Ses rivages mêmes, sur la gauche surtout, ne sont que marécages et flaques d'eau stagnantes, nés des infiltrations du fleuve, et semblables de loin à d'inextricables fourrés d'arbres et de buissons. C'est qu'il fut un temps où le Rhin envoyait à plusieurs kilomètres de distance des bras divaguants, des sous-Rhins, qui se sont trouvés pour la plupart séparés du tronc principal par le travail de correction du chenal et la construction des digues riveraines.

Ces « îles », comme on les appelle, forment jusqu'à Strasbourg la caractéristique de ses bords, et il n'y a pas là que des prairies palustres, où les gens du pays

ALLEMAGNE

■vont chasser le canard, l'oie, la sarcelle, le sanglier même; il y a aussi des terrains de culture qui, comme toute la zone limoneuse située, ici entre 1*111 et le Rhin, sont d'une fertilité admirable.

Un regard en passant à Vieux-Brisach, puis au Kaiserstuhl, qui le domine en aval. Vieux-Brisach, qui s'élève entre deux éminences volcaniques, le Schlossberg et l'Eckartsberg, a donné son nom au Brisgau. C'était autrefois une puissante forteresse, et, à ce titre, il en a vu de dures. Affamé, canonné, mis en pièces, d'abord

Vieux-Brisach.

dans la guerre de Trente Ans, puis pendant la Révolution, il n'a point oublié ce que lui a coûté l'honneur d'être la « Clef de l'Allemagne ». Le Kaiserstuhl (siège de l'empereur) est un massif également volcanique, de 600 mètres de hauteur et de quatre ou cinq lieues d'étendue, qui se dresse isolé, près du Rhin, juste vis-à-vis de Colmar, en avant de la chaîne du Schwarzwald qui l'écrase de son relief imposant. Laissons Vieux-Brisach et ses ruines, pour entamer nos étapes en aval. Jusqu'au pont de Kehl, en face de Strasbourg, dont la haute (lèche pointe à l'horizon ouest, le fleuve, semé d'îles innombrables, continue sa course droit au nord; puis, à partir de ce point, il infléchit sensiblement à l'est, et ses méandres se multiplient. ÏVous voici au confluent de la Murg, c'est-à-dire à la hauteur de Rasladt. Là les monts pro-

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