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TOME II

3g6 SUISSE EN DEÇA DU GOTHARD ET DU BERNINA.

appartient à la Dent du Midi; c'en est la cime dite de l'Est, la seule de la fière montagne que vous puissiez encore discerner. En face d'elle, commandant la plaine alluviale par laquelle le Rhône se dirige vers le lac, la Dent de Mordes dresse sa double crête acérée. Entre les deux, par l'étroite trouée de Saint-Maurice, qui vous livre déjà une échappée de vue dans les entrailles' mêmes du Valais, apparaît, en forme de hotte renversée, la pyramide du Catogne; par delà, dans un lointain mystérieux, pointent la corne du Dronaz et l'échiné neigeuse du Vélan (groupe du Grand Saint- Bernard). . . ...

En deçà sur la gauche, s'élèvent les Diablerets aux pics toujours vacillants, puis dominées par le front chauve du Grand Moveran, les montagnes vaudoises, Tour d'Aï Chaux de Naie, Dent de Jaman, et, immédiatement au-dessus de Yevey, l'alpe pastorale des Pléiades. La scène est toute régie par cette magistrale assemblée de reliefs Le paysage lémanique enfante ici ses aspects suprêmes ; à la grandeur tra-ique des coupes de Brienz et d'Uri, il unit les pures et chaudes harmonies des baies méditerranéennes. Des images nouvelles, inconnues du lac inférieur, y emplissent de longs frissonnements le vaste bassin dont la nappe, hermétiquement close, s'assombrit au reflet de ces masses étranges.

Approchons-nous de ce vestibule valaisan. Quel défilé de riantes bourgades estivales le long de la rive vaudoise expirante! Voici Clarens, le château du Châtelard puis les hameaux épars de Montreux, toute une rangée d'hôtels élégants, de villas de pensions, de magasins, sur une lieue de longueur et plus, avec des arrièreplans' agrestes que sillonne un lacis de rampes et de sentiers, et ce pittoresque val des Verreaux d'où dévale le torrent tributaire de la baie. Voici enfin, sur le lac même, profond ici de plus de 200 mètres, l'épique forteresse de Château-Chillon, qui a été une des gloires du pays vaudois, et qui en est encore, par sa figure autant que par son site le morceau d'architecture le plus pittoresque et le plus romantique.

Quelques pas plus loin, nous atteignons le bourg de Villeneuve, et, presque sans nous en apercevoir, nous nous engageons par la plaine basse et ouverte, de six lieues de long environ sur une largeur variant de 2 à 6 kilomètres, qui sépare la coupe lumineuse du Léman de la sombre fissure du Valais. Cette plaine n'est plus le domaine du lac; mais c'est toujours celui du fleuve que le lac y reçoit dans son sein. S'il a cessé d'en disposer à sa guise, comme du temps où il la recouvrait entièrement, le Rhône ne laisse pas de l'inonder encore, et de changer parfois en autant d'îlots les habitations que l'homme y a bâties. La vallée elle-même, avec ses prairies coupées de longues rangées d'arbres, avec ses rigoles bordées. de saules caducs, de vernes blancs, de roseaux, a un cachet de mélancolie à la fois douce et sévère, qui s'harmonise admirablement avec l'hémicycle des monts.

Ici encore, la nature helvétique prélude avec un art infini aux changements d'aspects qu'elle nous tient en réserve. Des terrasses aux pentes ménagées continuent de se projeter sur la plaine en avant des hautes cimes d'alentour. C'est d'abord le coteau pierreux où croît le fameux cru blanc d'Yvorne ; plus loin, à l'endrod ou le torrent de la Grande-Eau débouche du val pastoral des Ormonds, c'est l'éperon sous

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