‹ L'Europe pittoresqueChapitre 140 sur 141 · PAYSAGES DE CRIMÉE · texte numérisé non relu

PAYSAGES DE CRIMÉE

que se trouve le gros des batteries et des forts. Quant aux anciennes redoutes, elles ont été transformées en promenades, en entrepôts et en magasins.

Le théâtre de l'histoire n'en est pas moins reconnaissable. A l'est de la ville, de l'autre côté de la vallée marécageuse que parcourt la Tchernaïa, voici les restes de la forteresse d'Inkerman et le rocher du même nom, exploité maintenant en carrières et sdlonné d'un dédale de galeries. Dans une anse voisine, admirablement abritée et dominée par les ruines d'un fort génois, vous apercevez la charmante station de bains de mer de Balaklava : un vrai lac d'azur, où la houle du large ne pénètre pas. Plus en arrière enfin se déroule cette vallée de l'Aima que les armées alliées venant d'Eupatoria, leur point d'abordage, franchirent en 1854 pour aller investir Sébastopol.

Que cette épopée est loin de nous, à cette heure! Quelle volte-face accomplie par tous les peuples de l'Europe depuis ce grand coup d'épée dans l'eau et la guerre née de Y « entente cordiale »> ! Laissons donc sommeiller ces souvenirs d'une époque devenue presque légendaire, et, à la suite des bancs d'anchois et de dauphins qui pullulent dans ces parages criméens, contournons la dernière baie ouest de la péninsule pour gagner plus au nord Odessa, la cité reine de la mer Noire par ses richesses et par son commerce.

Bâtie entre les deux limans d'embouchure du Dniepr et du Dniestr, sur une terrasse de 47 mètres de haut, représentant le plateau terminal des vastes steppes dont je vous ai parlé, ce grand port, qui est en même temps la quatrième ville de l'Empire comme importance et population, no brille certes ni par son cadre ni par son climat. D'effroyables tourbillons de poussière, soulevés par le vent de la lande emplissent huit mois de l'année ses immenses boulevards et ses longs faubourgs aux monumentales constructions. La nudité de la zone d'alentour achève la tristesse du site; à peine si quelques jardins, créés à grands frais le long de la côte sud égayent au passage les yeux du touriste. Pour arroser ses cultures, le paysan n'a que des mares au bord desquelles se groupent les villages. A ce signe, vous reconnaissez l'approche de ce territoire moldo-valaque que nous avons effleuré déjà au terme de notre trajet danubien. La frontière roumaine est en effet tout près de là à Ungheni, petit village de la rive gauche du Pruth. Plus loin, de l'autre côté du Danube et de la plaine bulgare, nous rencontrerions le rempart des Balkans; mais ce haut relief ne fait plus partie de cette Europe septentrionale que nous venons de parcourir à grands pas; il appartient aux « Pays du soleil », que nous n'avons point à décrire ici.

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