ANVERS, LE PORT ET LA VILLE. - APERÇUS DE NÉGOCE ET D'ART
De Malines à Anvers, par la voie ferrée, il n'y a pas plus de 24 kilomètres On traverse d abord une zone de cultures où apparaissent partout l'activité et le labeur de 1 homme ; puis, aux abords de la station de Vieux-Dieu, h ces tableaux de la nature champêtre succèdent brusquement des images et un appareil de guerre. Le terrain prend ces lignes anguleuses qui annoncent les ouvrages du génie; des fossés artificiels se montrent près de talus gazonnés. Le devant de la scène, ici, n'appartient plus au travailleur de la glèbe ou au ruminant de la prairie; c'est le soldat en pantalon blanc qui règne souverainement dans ce district, où l'on entend passer dans l'air les sonneries stridentes du clairon.
A ces signes on reconnaît qu'on approche d'Anvers. Anvers, en flamand Antwerpen, n'est pas seulement la plus forte place militaire de Belgique; c'en est aussi la première cité de négoce et le grand entrepôt maritime. Sa population atteint presque 200000 âmes.
Ce qui tout d'abord y attire la curiosité de l'étranger, c'est le port.
Débouchant sur un vaste estuaire qui s'ouvre de deux côtés sur l'Océan, l'Escaut, à ce point final de son cours, n'a pas moins de 800 mètres de largeur sur une profondeur de 13 à 15 mètres au moment du flux. Aussi, à toute heure, les navires calant de 7 à 8 mètres y peuvent-ils atterrir. Ce « corridor de la grise mer du Nord » a d'ailleurs été régularisé de main d'homme ; les nouveaux quais qui le bordent ont près de 4 kilomètres de long, et c'est une chose vraiment merveilleuse que d'y contempler le mouvement du trafic, les montagnes de ballots et de marchandises qui s'y entassent du matin au soir. Soixante-cinq kilomètres de voies ferrées desservent ce havre sans pareil, en contournent les sept bassins, et sa vaste gare maritime reçoit chaque jour dans ses halles gigantesques, pourvues de grues d'une puissance prodigieuse, plus de 2500 wagons.
C'est d'Anvers que s'exportent tous les gros produits de la Belgique; c'est là que l'Allemagne embarque ses aciers et ses fers, là que, depuis le percement du Gothard, l'Italie expédie ses œufs et ses fruits, là aussi que les États-Unis envoient leurs cargaisons de blé et de pétrole. C'est également le grand exutoire par lequel l'Europe déverse sur les deux Amériques le trop-plein de sa population; trente mille émigrants en partent annuellement à destination des contrées transocéaniennes.
A Anvers, de même qu'à Bruxelles, la vieille ville a subi, dans ces derniers temps, des métamorphoses qui en ont changé sensiblement le caractère et l'aspect. L'ouverture de la grande Bue Nationale y a fait disparaître tout un réseau de ruelles immondes et lépreuses, antres de pestilences séculaires, dont le fameux Luizenmerkt, « marché aux poux », était le spécimen achevé. Et l'œuvre d'essartement est loin d'être terminée; chaque jour on pratique d'autres éclaircies à travers les impasses et les venelles.
Quant à la ville moderne, la démolition des anciens remparts lui a permis de se développer librement, au nord de la cité primitive, dans l'immense demi-cercle formé par la nouvelle enceinte, et il faut voir avec quel entrain elle pousse à présent ses larges avenues, ses parcs, ses splendides jardins, dans la banlieue où s'étalent les faubourgs de Borgerhout et de Berchem.
Laissons-la s'épandre à son aise vers ces régions mieux aérées et plus saines où expirent les bruits du négoce fluvial, et revenons au pittoresque quartier qui avoisine le Marché aux Poissons. C'est là que continuent d'habiter tous ceux qui vivent de l'eau ou sur l'eau, marins, bateliers, débardeurs, portefaix de toute sorte. C'est là aussi qu'en dépit de tous les rajeunissements, le touriste, en quête de surprises, doit se lancer à l'aventure par les rues.
Que de recoins mystérieux, que de maisons de bois aux pignons tailladés, que d'escaliers aux sculptures archaïques, de portes massives et armoriées, de façades aux bas-reliefs fantaisistes, le récompenseront de sa peine!
N'est-ce pas d'ailleurs dans cette zone urbaine, qui s'étend sur plus de 2 kilomètres entre les bassins encombrés de navires et la gare du chemin de fer de l'Etat, que s'élèvent les principaux monuments de la reine de la Schelde? N'est-ce pas là que
Anvers et l'Escaut. — Y
uu prise
au-dessus de la Grande Place.
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se trouvent la Grande Place, les places Verte, de Meir et Tenicrs, rendez-vous préférés
toi
de l'étranger?
Sur la place Verte, voici la
■iVfeiiij Cathédrale, bâtie du xiv e au
iÉfeTHV^r^ xvie s iècle. C'est la plus grandiose
Anvers. — Fontaine Quinten Massys. (Voy. jj. 42.)
125 mètres en l'air. De la plate-forme où chante son carillon, la perspective est déjà prodigieuse; mais ayez le courage de monter jusqu'au sommet de cette tour gigantesque, auquel mène un escalier de 670 degrés : tout un monde se découvrira à vos yeux.
Immédiatement à vos pieds, ce sera la ville elle-même, perdue comme au fond
Anvers. — La Catlu'ilrale.