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GENEVIÈVE

d'un abîme, avec son enchevêtrement de toits, d'aiguilles, de tourelles, de clochetons, ses maisons hérissées de dais et de pinacles; puis le vaste fleuve avec ses annexes, ses chantiers, ses docks, ses flottilles de trois-màts et de steamers; plus loin, la banlieue anversoise, des champs et des prairies se prolongeant à l'infini, et les mille horizons flottants de la grande terre verte des Flandres sillonnée par la coulée de l'Escaut.

Redescendez maintenant et pénétrez dans le temple. Quel éblouissement pour les sens et l'esprit! Les voici devant vous ces chefs-d'œuvre renommés de Rubens, la Descente de Croix et la Mise en Croix, sans compter d'autres toiles des maîtres flamands, des tableaux de Murillo et des vitraux d'une magnificence inouïe.

Au pied même de la cathédrale, sur la place du Marché aux Gants, un délicieux travail de ferronnerie vous rappellera le souvenir d'un autre grand artiste du terroir, Quinten Massys ou Metsys : c'est un puits recouvert d'un dôme de fer forgé au marteau, et dont la cage tout entière s'épanouit en d'infinis entrelacs de feuillage et de fleurs.

Chaque église d'Anvers renferme des trésors d'art : Saint- Jacques, outre ses vitraux et ses toiles, possède le tombeau de Rubens; Saint-Paul a aussi ses tableaux qui en font un musée, ses merveilleuses boiseries sculptées, ses figures de saints, son Calvaire, son Jardin des Oliviers à ciel ouvert, sur un amas abrupt de rocailles, sa crypte ajourée, et son Enfer aux terrifiantes figurations de damnés.

La Grande Place a pour décor, d'abord l'Hôtel de Ville, édifice du xvi e siècle, orné à l'intérieur parle peintre Leys, puis les ex-demeures des corps de métiers, constructions somptueuses que tous les maîtres de l'art ont à l'envi enrichies de leurs œuvres. Près des anciens bassins et des pavillons des entrepôts, une autre épave du passé sollicite vos regards : c'est la Maison hanséatique. Au xvi e siècle, c'était un splendide palais, servant de comptoir et de résidence aux négociants des villes de la Hanse germanique, qui l'avaient construit à leurs frais et y remisaient, au rez-dechaussée, leurs denrées. Des tourelles et donjons qui le surmontaient on signalait les navires entrant ou partant. Aujourd'hui le vieil édifice, étèté de ces observatoires, n'offre plus qu'un amas fruste de maçonnerie dont tout l'intérêt tient aux souvenirs historiques qu'il éveille.

Que nous reste-t-il à voir, pour connaître, au moins sommairement, la grande métropole de l'Escaut? La maison Plantin et le Musée.

Peut-être avez-vous eu sous les yeux quelque vieille estampe de la fin du xvf siècle représentant l'intérieur d'une imprimerie aux Pays-Ras? Un détail y frappe tout d'abord, c'est que les compositeurs travaillent l'épée au côté. La corporation en effet avait été anoblie par l'empereur Frédéric III; non seulement ses membres étaient exempts de la plupart des taxes, mais ils avaient le droit de s'habiller comme des gentilshommes : aussi voyez-vous clans ces ateliers l'ouvrier revêtu du pourpoint luxueux, la fraise au col, et confortablement assis sur un escabeau garni d'un coussin.

C'est à cette époque que nous ramène l'ancienne demeure de l'imprimeur anversois dont l'industrie rivalisa avec celle des Aide et des Estienne. Plantin, un

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