HAARLEM
maisons, couleur de brique, aux fenêtres encadrées de meneaux de plomb, aux couloirs étroits, aux escaliers tournants, aux plafonds à poutres saillantes, sont le vrai type des habitations peintes par Van Ostade et Teniers.
Sur une vaste place se dresse la cathédrale, dont l'orgue fut touché par Mozart enfant et rivalise avec celui de Fribourg en Uechtland, puis un vieil hôtel de ville gothique au toit couronné de créneaux et semblable à une carène de navire. Au-dessus de sa porte à perron est suspendu un balconnet qui simule un bahut ouvragé. Dans cet édifice se trouve le Musée, intéressant surtout par ses toiles de Franz Hais. Ce peintre fut une « sorte de Tintoret hollandais », qui passa la plus grande partie de sa vie à Haarlem, et introduisit en Néerlande la manière de l'école de Rubens; Brouwer et Adrien Van Ostade furent ses élèves.
Haarlem est, on le sait, la « ville des fleurs ». Au temps où Gand, Nice et d'autres cités ne lui faisaient pas encore concurrence, elle avait le monopole des jacinthes, des œillets, des tulipes surtout. Cette dernière plante, originaire d'Orient, et que Conrard Gessner décrivit pour la première fois en 1559, d'après des spécimens dont les bulbes avaient été apportées de Constantinople, fut propagée en Hollande en 1575, et y acquit rapidement une importance extraordinaire.
Les tulipes furent cotées à la bourse de Haarlem. Certains oignons atteignirent le prix fabuleux de plusieurs milliers de florins. Cent vingt tulipes, dans une vente publique faite en 1635, rapportèrent 180 000 francs. C'était le beau temps de cette industrie odorante et champêtre. Une bulbe rare, à cette époque, « équivalait à la dot d'une jeune fille aisée ». Pour l'obtenir, on donnait « deux chariots de blé, quatre chariots d'orge, quatre bœufs, douze brebis, deux tonneaux de vin, quatre tonneaux de bière, mille livres de fromage, un habillement complet et une coupe en argent ». On raconte qu'un pauvre savetier de la Haye était parvenu, à force de soins et de culture, à obtenir une variété unique, la « tulipe noire ». La société des tulipiers de Haarlem, ayant eu vent de la chose, envoya aussitôt deux de ses membres offrir 1200 florins de sa plante au savetier. Celui-ci refusant de la céder à ce prix, les délégués augmentèrent l'offre, puis la doublèrent, si bien que le pauvre homme, alléché par ce qui était pour lui une fortune, consentit à livrer son précieux exemplaire. A peine les autres l'eurent-ils, qu'au lieu de payer le vendeur, ils jetèrent la bulbe à terre et l'écrasèrent sous leurs pieds : « Sache, dirent-ils au savetier, que nous avons, nous aussi, réussi à produire la tulipe noire; ornons ne voulons pas de concurrence. Nous t'aurions promis 10 000 florins, au besoin, pour avoir la joie d'anéantir cet oignon rival. »
Le savetier en mourut de chagrin.
Aujourd'hui encore, les jardins qui entourent Haarlem fournissent de plantes aux bigarrures rares et luxuriantes l'ancien continent et le nouveau. Aune lieue au nord-ouest, au pied de la chaîne des dunes, se trouve en outre le joli village de Bloemdaal (Vallée des Fleurs), une sorte de petit paradis terrestre si bien abrité des vents pernicieux, qu'on a entrepris d'y cultiver la vigne.
Quant à la fameuse Mer de Haarlem, elle s'étendait à l'est et au sud de la ville. Formé peu à peu de la réunion de trois ou quatre petits lacs, ce bassin avait fini par
HOLLANDE
avoir onze lieues de circonférence, avec une profondeur moyenne de 4 mètres. C'était effectivement une vraie mer, sur laquelle déferlaient les tempêtes et où des flottes de 70 vaisseaux avaient pu se livrer bataille. Parfois, ses eaux chassées par le vent s'élançaient au-dessus des digues, et il leur arriva même, en novembre 1836. de pousser jusqu'à Amsterdam.
Ce fut l'arrêt de mort du lac. Les Amsterdamois ainsi menacés dirent à la Mer de Haarlem : Tu disparaîtras. Et la Merde Haarlem disparut.
Dès 1840, on entama les travaux d'épuisement. Grâce à de puissantes machines à vapeur, trente-neuf mois suffirent pour achever la besogne. Là où s'aventuraient naguère d'énormes poissons, fils de l'Océan, il n'y a plus actuellement qu'un vaste polder semé de métairies et de communes florissantes, qu'on peut contempler à l'aise du clocher de la Grande Église de Haarlem. Le chemin de fer qui mène à Amsterdam, éloignée seulement de 18 kilomètres, longe la lisière nord de ce district asséché; en mettant la tête à la portière, le voyageur ne tarde pas à voir briller à l'horizon les eaux du golfe en forme d'Y (en hollandais IJ) que le Zuiderzée enfonce de ce côté dans les terres, et bientôt Amsterdam elle-même apparaît.
Le premier aspect de la grande cité a quelque chose de si étrange, qu'on ressent une hâte fébrile d'y entrer pour se rendre compte des traits du tableau.
Amsterdam est, dit-on, la Venise du Nord. Certes, entre elle et l'ex-reine de l'Adriatique, il y a plus d'un point de ressemblance. L'une et l'autre sont des villes amphibies, vivant de l'eau et sur l'eau. L'une et l'autre, placées au fond d'une baie marine, ont dû créer artificiellement le sol sur lequel elles s'élèvent et se percher sur toute une forêt de pilotis. Développée en demi-lune, à l'endroit où la rivière Amstel débouche dans l'Y, long de 6 kilomètres, Amsterdam est construite sur 90 îlots reliés entre eux par 334 ponts. Chacun de ses édifices repose, comme ceux de Venise, sur des poteaux de soutènement qui s'enfoncent à plusieurs mètres dans le limon et le sable. Les fondations du Palais-Royal en comptent plus de 14 000; celles de la Nouvelle Église 6 000, celles de la Bourse 34000.
Comme Venise aussi, Amsterdam a su allier au souci de son autonomie et de ses intérêts mercantiles les plus nobles préoccupations de l'ordre artistique et intellectuel; comme la cité des Doges, la métropole de la Hollande a fait école en peinture. Cependant, en dehors du ciel et de l'atmosphère, que de dissemblances profondes entre la ville du Titien et celle de Rembrandt!
A Venise, la terre n'existe presque point et ne compte pas comme élément de prospérité et de vie; c'est la mer qui est tout. Point de verdure au milieu des maisons. Les maigres bosquets des Giardini, la plage du Lido, la ligne lointaine des Alpes Juliennes constituent l'unique horizon agreste sur lequel le regard puisse s'arrêter. Amsterdam, au contraire, est toute vêtue d'arbres et d'ombrages; son Plantage, ses jardins botanique et zoologique, son parc de Vondel, y forment autant de promenades magnifiques. Autour d'elle s'étend, par surcroît, une aire de prairies comble de bétail.
Sise à l'écart du continent, auquel la relie seule la longue chaussée-viaduc de
Amsterdam. — Un coin d'église.
HOLLANDE
Maestra, Venise, plus préoccupée du présent que de l'avenir, s'est laissée déchoir lamentablement; sa population ne dépasse point aujourd'hui 140 C00 âmes. Son vaste port de la Giudecca n'a pas, à beaucoup près, le nombre de navires qu'il pourrait contenir. Ses gondoles, voire ses vapeurs-omnibus, troublent à peine le silence grandiose de ses poétiques palais et de ses canaux aux reflets lumineux.
A Amsterdam, la cité marchande, noire et vulgaire, le sol joue un rôle aussi actif que l'eau ; chaque rue est à la fois une voie de communication et un port; chaque quai, un entrepôt de négoce, encombré de ballots et de denrées exotiques. Ses ponts, au lieu d'être immobiles, se relèvent à tout instant pour laisser passer des navires.' Au cœur même de la ville, des mâts élancés de bâtiments se mêlent aux tours des édifices, aux clochers et aux flèches des églises, aux pignons aigus des maisons. Partout, le bruit, la foule, le mouvement d'une population affairée.
Les Amsterdamois, gens sérieux, pratiques, pleins de prévoyance, n'ont jamais songé à délaisser la réalité pour le rêve. Fidèles à cette devise : « Je maintiendrai », qui est celle de leur drapeau national au faisceau des onze flèches, ils ont poussé a travers tout leur fortune. Si leur cité n'est plus celte orgueilleuse courtière des mers, ce comptoir des deux mondes qu'elle était jadis, elle n'en est pas moins demeurée' un des gros centres de trafic de l'Europe et compte près de 400000 âmes.
Rien n'a coûté à ses habitants pour s'assurer de faciles communications avec ce vaste Océan au milieu duquel la Néerlande possède encore un immense empire d'archipels lointains et inexplorés. Comme le Zuiderzée était une mer difficilement navigable, et qu'en outre l'entrée de l'Y est obstruée par une barre due au banc de Pampus, ils ont creusé à travers leur presqu'île deux canaux qui relient directement la ville à la mer du Nord. L'un, le premier en date, traverse la péninsule du sud au nord, sur une longueur de 84 kilomètres, pour aboutir à la côte du Hclder; l'autre le plus récent (achevé en 1880), coupe l'isthme de l'est à l'ouest, pour gagner, au nord de Haarlem, le port d'Ymuiden, « la Clef des Écluses », à travers le rempart des dunes. Par cette seconde tranchée raccourcie, dont la largeur (40 à 100 mètres) égale celle du Canal de Suez, les plus gros bâtiments peuvent, sans rompre charge, arriver en deux heures et demie de l'Océan au port de l'Y. Deux autres canaux enfin unissent Amsterdam à Utrecht et à Rotterdam.
La métropole commerciale des Pays-Ras n'est pas ce qu'on appelle une vieille ville. A l'époque où Venise avait déjà construit sa basilique dorée de Saint-Marc et régnait en maîtresse sur l'Adriatique, Amsterdam n'existait pas encore. Vers la fin du xi c siècle seulement, dit la tradition, deux pêcheurs normands accompagnés de leur chien s'échouèrent, à la suite d'une tempête, sur la côte de l'Y. Là ils bâtirent une cabane, et, trouvant poissons à souhait dans le golfe, ils se fixèrent au lieu de leur naufrage. Serait-ce en mémoire de cet événement que le sceau d'Amsterdam représente deux hommes cuirassés et un chien?
D'autres pêcheurs vinrent rejoindre ceux-ci à l'embouchure de l'Amstel, et alors se forma, sous la protection du seigneur voisin, un noyau de ville qu'on protégea par une digue : d'où son nom VAmsteldam, ou d'Amsterdam, « digue de l'Amstel »».
AMSTERDAM
Lalocalité ne commence toutefois à figurer dans l'histoire qu'au xm° siècle, époque où elle a des brasseries et des flottilles de pèche déjà importantes. La lutte contre les pirates frisons d'une part et, de l'autre, contre l'Océan, qui menaçait toujours d'envahir l'étroite bande de terrain où elle s'élevait, remplit la première moitié de son existence. Bientôt elle est admise dans la Hanse; puis l'empereur Maximilien, comte de Hollande, l'érigé en cité impériale, et dès lors elle vit en république au sein des provinces bataves. La ruine de Bruges l'enrichit; à la suite des Portugais, elle s'élance
Amsterdam. — Vers lo Dam.
sur la route du cap de Bonne-Espérance ; sa fameuse Compagnie des Indes Orientales, ' créée en 1602, règne bientôt en souveraine sur les terres des lointains océans et fait de Batavia le siège de son gouvernement d'outre-mer. En 1648, la fermeture de l'Escaut achève de mettre Amsterdam au premier rang des cités trafiquantes. La Hollande, vingt-quatre ans plus tard, tiendra en respect Louis XIV lui-même, et jusqu'au xvm e siècle, par son grand marché de l'Amstel, elle restera la maîtresse du négoce en même temps que l'asile des persécutés.
La pêche d'un petit poisson de la famille des Clupéidés, telle avait été, ne l'oublions pas, l'origine de cette fortune prodigieuse.
Le hareng, puisqu'il faut l'appeler par son nom, appartient exclusivement à
HOLLANDE
l'Océan septentrional. On le rencontre peu au-dessous de la Rochelle, et point du tout dans la Méditerranée. De nos jours encore, chacun le sait, des fiords les plus reculés de la Norvège à la plus petite anse de Normandie, des populations entières frètent de véritables flottilles pour se lancer à la poursuite de cet hôte marin. Mais aucun peuple n'a su, mieux que les Hollandais, exploiter cette sorte de pêche, pour laquelle ils avaient inventé tout exprès une espèce de filet toujours en usage et construit de grands navires appelés bruyses. Nul aussi n'a connu, comme eux, l'art de conserver le poisson en le salant et en l'encaquant. Aussi Beukelings, leur grand novateur en ces procédés de paquage, a-t-il eu de bonne heure son monument, sur lequel, en 1556, on vit Charles-Quint et sa sœur la reine de Hongrie se partager un hareng, en buvant à la mémoire du pêcheur.
A cette époque, le seul port d'Enkhuisen, sur leZuiderzée, armait cent quarante barques de pêche et vingt bâtiments de guerre pour les escorter. En 1618, il sortit des havres de la Néerlande trois mille bruyses, montés par cinquante mille'pêcheurs et convoyés par neuf mille autres vaisseaux, portant cent cinquante mille hommes. La Hollande fournissait alors de harengs le monde entier.
Ceci dit, pénétrons clans la ville d'Amsterdam.
Le cœur historique, le forum de la cité, l'aboutissant des canaux et des rues principales, c'est la place du Dam, « la huitième merveille du monde », assurent les Amsterdamois. Là se dresse le palais royal, Het Paleis (ex-hôtel de ville). Ce bel édifice est coiffé d'un campanile carré et surmonté d'une lanterne au-dessus de laquelle tourne une girouette dorée en forme de vaisseau, la vraie armoirie parlante d'un peuple de navigateurs.
Au sommet du fronton, un Atlas supporte une sphère céleste; au milieu de la façade, des figures en relief représentent Amsterdam elle-même, une vierge couronnée tenant d'une main un bouclier, de l'autre un caducée, et entourée de divinités marines que régit un Neptune au trident. Sur la face postérieure du monument, le négoce amsterdamois est symbolisé par une femme ayant près d'elle toutes sortes d'instruments marins et à laquelle des gens venus de tous les points du monde font hommage de fruits. A l'intérieur du palais, on remarque l'immense salle du Trône et la salle des Bourgmestres, toute revêtue de marbre sculpté.
Au centre de la place s'élève, en commémoration de la guerre de 1830, qui sépara la Belgique de la Hollande, la colonne de granit aux formes singulièrement tourmentées qu'on appelle la Croix de Métal.
Faites l'ascension du campanile. Du haut de cet observatoire, la ville tout entière vous apparaîtra avec son réseau symétrique de voies liquides et terrestres, dont vous saisirez nettement le dessin.
Vous remarquerez d'abord quatre grands canaux ou Grachten, comme on dit ici, longs de plusieurs kilomètres chacun, et d'une largeur qui va jusqu'à 40 mètres. Trois d'entre d'eux, le Heerengracht (ou canal des Seigneurs), le Prinzensgracht (canal des Princes), le Keisersgracht (canal de l'Empereur), se développent en lignes brisées autour des quartiers du centre : c'est là qu'habitent les nababs de la finance,
AMSTERDAM
dans de splendides hôtels du xvii" siècle où, à l'intérieur, tout est acajou sculpté, riches tentures, tableaux de prix, meubles d'écaillé, porcelaines, marbres, statues. Le quatrième canal, le Singel, court en demi-cercle au pied des anciens remparts transformés en promenades, et forme comme un fossé de circonvallation à la ville.
Vous verrez ensuite que ces grandes artères aquatiques sont coupées à angle droit par d'autres canaux plus petits qui rayonnent comme les branches d'un éventail, et dont l'enchevêtrement concentrique fait d'Amsterdam une sorte de damier. Tous
Amsterdam. — Canal des Seigneurs (fleerengracht).
ces canaux, s'infléchissant çàetlà ou s'évidant en de spacieux bassins que l'on contourne par une suite de ponts, sont bordés sur leurs deux rives de quais plantés d'arbres et de hautes, très hautes maisons à pignon, aux façades décorées de colonnettes, de balustrades et de grilles.
Au travers de ce réseau artificiel, vous verrez, en troisième lieu, se dérouler en forme d'S le cours de l'Amstel, qui, d'amont en aval, porte divers noms : c'est d'abord leBuitenamstel, ou Amstel extérieur; à sa suite vient le Binnenamstcl ou Amstel intérieur, large de 200 mètres et couvert de flottilles de steamers aux lanternes vertes, de bateaux pêcheurs aux voiles brunes, de yachts de plaisance, et d'autres navires pleins de fruits, de tonnes de lait ou de tourbe. Puis, en se rapprochant du Dam, où
HOLLANDE
nous sommes, le fleuve tourne, se rétrécit et prend le nom de Rokin, pour aboutir enfin, par une quatrième branche, le Damrak, dans le port découpé au milieu du détroit de l'Y, large ici de 500 mètres.
L'onde immobile de ces canaux est renouvelée par un système d'écluses qui remplacent, à chaque marée, l'eau morte, comme on dit à Venise des lagunes intérieures, par l'eau vive venant du Zuiderzée.
Nous avons obliqué du regard vers les quais. Là vous remarquerez que le port est partagé en plusieurs bassins par deux grandes digues et un certain nombre d'estacades, entre lesquelles s'allongent trois terre-pleins, créés artificiellement, qui portent la gare centrale et les entrepôts du chemin de fer. Le tout, à première vue, pour le voyageur arrivant par le golfe, est assez embrouillé et confus; partout des ponts, des écluses, des palissades; sur les digues, des maisons, des hangars, une foule affairée, des files de chariots; mais, de notre signal, nous démêlons mieux les détails de l'ensemble. Plus loin, voici les massives écluses de Schellingwoude, qui protègent Amsterdam contre les eaux du Zuiderzée : une véritable montagne de granit, établie sur près de 9000 pilotis et percée de 27 paires de portes où cinq navires peuvent voguer à la fois. Il y passe par mois des milliers de bâtiments. Ramenons nos yeux en deçà du port.
Cette tour ronde, coiffée d'un toit, qui s'élève à l'extrémité du Damrak, à l'endroit d'où partaient jadis les navires à destination des Indes, c'est la Tour des Pleurs (ou de la Pleureuse), Scheeijers toren : un bas-relief, sculpté au-dessus de sa façade et datant de 1569, représente en effet un bâtiment qui s'éloigne et une femme qui pleure, à la pensée des périls sans nombre de cet océan fertile en naufrages auquel son mari et son fils se confient en ce moment. Plus loin, au delà d'un canal, se dresse une autre tour, la tour Montalban, en face de laquelle s'alignent les bassins et les docks de l'est ; plus loin encore, voici la grande oasis de verdure où se trouvent un parc, le jardin zoologique et le jardin botanique.
Plus près de nous, à gauche, sur un coin du Dam, est la Bourse, la plus grande d'Europe après celle de Hambourg; dans un autre coin de la place, l'Église Neuve, Nieuwe Kerk, qui est, malgré son nom, une des plus anciennes de la ville, car elle fut commencée en 1404. A l'intérieur, orné d'une belle chaire et d'un orgue ouvré de pinacles et de figurines, vous pourrez voir le mausolée de Ruyter, qui fut tué en 1676 en combattant contre Duquesne dans les eaux de Syracuse. Le tombeau de Tromp, son devancier et l'autre grand amiral de Hollande, mort en 1653, est à Delft. Là-bas enfin, entre deux canaux, est le nouvel hôtel de ville [Raadhuis), et, plus à gauche, la Vieille Église, édifice du commencement du xiv e siècle, décoré au dedans de trente-trois autels et d'admirables verrières.
Faisons volte-face. Par delà trois lignes de canaux concentriques, nous apercevons une tour de 100 mètres de haut, la plus hardie de la ville : c'est celle de l'Église de l'Ouest (Wester Kerk), où est enterré Rembrandt. De quelque côté d'ailleurs que nous regardions, se montre un fourmillement de campaniles et de clochers affectant les formes les plus originales et les plus variées : ici c'est un éteignoir écrasé, là un saladier, ailleurs une couronne bulbeuse, un diadème, un casque rappelant les