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AMSTERDAM. 97
coiffures de Frise et de Groningue, que sais-je-eneore? Car la ville a des temples
Amsterdam. — Tour des Pleurs.
pour tous les cultes, calviniste, luthérien, catholique, juif, grec schismatique, et chaqui confession a tenu à honneur d'avoir un clocher plus étrange que les autres.
HOLLANDE
Redescendons à "présent de noire observatoire, et engageons-nous par les rues
tumultueuses et bruyantes, le long des canaux combles de navires et de barques. Le
quartier le plus pittoresque est celui qui avoisine la grande courbe de l'Amstel et la
place du Nouveau-Marché. Là se déroule, parallèlement au Rokin, une longue et
étroite artère, bordée de beaux magasins, de cafés et de restaurants à la mode, qu'on
Amsterdam.
L'Amstel et la Monnaie.
appelle Kalverstraat. Elle est comme le corso de la ville et constitue, avec le Dam, le promenoir favori des étrangers.
Si nous la suivons jusqu'à son extrémité sud, nous trouverons l'ancienne tour de la Monnaie (Munt), édifice moitié rond, moitié octogone. 11 se dresse près du confluent du Singel et du Binnenamstel, et formait autrefois la limite de la ville de ce côté. En continuant à longer le sillon de l'Amstel, nous arriverons ensuite au vieil Amsterdam, labyrinthe de voies étroites bordées de maisons noires et minables, avec des grilles en avance, des entrées de caves en saillie, comme on en voit à Genève et à
AMSTERDAM
Berne, et qui gênent fort la circulation. Là se concentrent les petits métiers, qui, de môme qu'à Naples, prennent sans façon possession de la chaussée.
La perle de cette région arasterdamoise au point de vue de l'excentricité, c'est
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Amsterdam. — La Wester Keik.
le quartier des Juifs, qui commence au Marché au Beurre [Botcrmarkt). Même dans le pays le plus propre de l'Europe, les fds d'Ahraham et de Jacob ont trouvé moyen de conserver leurs immondices traditionnelles. Partout traqués et maltraités, les Israélites ont été de bonne heure accueillis en Néerlande; aussi, rien qu'à Amsterdam, on n'en compte pas moins de 35 000, avec plusieurs synagogues.
heghelto de Venise et celui de Home n'ont jamais offert rien de plus sordide que
HOLLANDE
cette Juiveric hollandaise. Il y a là des rues dont les noms font frémir : rue du Bourgaux-Hiboux, rue aux Puces, etc. Devant les maisons, dont plusieurs baignent leur pied dans l'eau noire, s'étale un bric-à-brac insensé; aux façades chancies se balancent des enseignes bizarres et des haillons innomés; sur les portes sont tracés des versets bibliques; quant à l'air, il est tout imprégné de senteurs d'alose ou d'anchois fumé. Et que de métiers étranges! Fripiers, coupeurs de fdets d'oiseaux, de queues de chats et de chiens, poseurs de sangsues, etc. ; je ne les nomme pas tous. Ici, chacun vend ou revend quelque chose. Quand deux hommes s'abordent, c'est pour conclure
un marché, au plus fin. Dans la rue règne un indescriptible tohu-bohu.
Aux grincements des voix nasillardes ou gutturales se joignent des bruits de crécelles, de cornets, de chariots. Et quels types y croise l'étranger ! Que de nez en croc, de chevelures sémitiques, de bouches énormes et généralement édentées, d'yeux chassieux « qui persistent à pleurer la Jérusalem absente » !
C'est là cependant que fonctionne une des industries les plus curieuses d'Amsterdam, là que se trouvent ces immenses ateliers de taille, de clivage et de polissage des diamants, qui occupent plus de 10 000 ouvriers. Un de ces établissements, dans la rue du Bourg-aux- Hiboux, est véritablement gigantesque. C'est là aussi que vécut Hermanszoon van Byn, dit Rembrandt.
Né en 1607 à Leyde, sur les bords du Rhin, il vint s'établir dès l'âge de vingtdeux ans à Amsterdam. Bien que ses œuvres, fort appréciées, lui rapportassent de grosses sommes, il se vit, au bout d'une dizaine d'années, réduit au dénuement le plus profond. On a prétendu que, comme Jean Sleen, qui est avec lui le génie le plus original de l'école hollandaise, comme Brouwer aussi, qui cumulait la peinture avec un établissement de brasserie, Bembrandt s'adonnait à l'ivrognerie. Il a été fait justice de cette assertion calomnieuse. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'illustre artiste n'avait pas le train de vie réglé et les vertus ménagères de Bubens, par exemple. La maison qu'il occupait dans la Joden Brce Straat est une construction plus élégante que les autres habitations du quartier. Le grand coloriste y était admirablement posté pour étudier sur le vif ces types singuliers de gueux, de lépreux, de marchands de mort-aux-rats, auxquels se complaisait sou pinceau fantastique.
Amsterdam. — Statue de Rembrandt.
Amsterdam. — Au quartier des Juits.
HOLLANDE
Sur ce pittoresque Marché au Beurre, où se dresse aujourd'hui sa statue, se tenait naguère encore la fameuse kermesse amsterdamoise. Cette fête foraine, ou plutôt cette saturnale grossière, a été supprimée récemment, et, entre nous, il n'y a pas lieu de s'en affliger. En tout pays, au nord aussi bien qu'au midi, le peuple est volontiers bestial dans ses divertissements, et, parmi tous les peuples du monde, le Néerlandais, réputé si calme, si impassible, si flegmatique, est celui qui, à l'occasion, se rue au plaisir avec la brutalité la plus forcenée.
Je n'ai pas vu la grande kermesse d'Amsterdam ; mais j'ai assisté à des « assemblées » du même genre dans diverses localités de la Hollande, et j'avoue que les souvenirs qui m'en sont restés n'ont rien d'idyllique ni de suave. En temps ordinaire même, dans les cabarets bataves, les brocs de bière volent en l'air pour un rien, et les couteaux se mettent de la partie. Dans les fêtes en plein air régnent généralement le cancan le plus éhonté et un cynisme d'allures dont on ne saurait se faire une idée. Je ne parle pas de ces jeux féroces, accompagnement habituel des fêtes, et dont les animaux sont les innocentes victimes. Bref, sur le Botermarkt d'Amsterdam, la kermesse de septembre n'était qu'un prétexte à orgies frénétiques et hurlantes, à scènes ignobles, parfois monstrueuses, qui n'avaient de carnavalesque que le nom : à ces causes, on a bien fait de l'interdire.
Que nous reste-t-il à voir d'Amsterdam ? Son musée. C'est le plus beau sanctuaire d'art des Pays-Bas, un sanctuaire presque exclusivement hollandais, où la peinture nationale triomphe avant tout avec Rembrandt, Van der Helst, Van Ostade, Hobbema, Ruysdael, Paul Potter, Steen et les autres maîtres que l'on sait. Je vous recommande en particulier la fameuse Ronde de nuit de Rembrandt, une immense toile où le pinceau du fougueux artiste a réalisé les effets les plus surprenants.
C'est la compagnie d'arquebusiers du capitaine Banning Cock qui sort pour faire sa tournée. Quel mouvement fantastique et désordonné de figures ! Quelle exhibition de chapeaux de toute forme, de hausse-cols, de justaucorps brodés, de grandes bottes, d'armes de toute sorte! Tout cela, sauf les deux personnages de tête, le capitaine et le lieutenant, et une fillette blonde à leur droite, est à demi plongé jusqu'au cou dans une pénombre pleine de scintillements mystérieux et inexpliqués, qui éblouit et déconcerte à la fois.
La seconde œuvre maîtresse du Musée national, c'est le Banquet de la garde civique du peintre amsterdamois Van der Helst, un contemporain de Bembrandt, dont on vous montrera les demeures successives au Marché-Neuf et dans Doelen Straat (rue du Tir). En une toile de 5 m ,38 de large sur 2 m ,27 de haut, cet artiste a représenté vingtcinq personnages de grandeur naturelle, des officiers, des sergents, des porte-étendard, des miliciens, groupés autour d'une table, se serrant les mains, choquant leurs verres, s'interpellant, mangeant ou buvant, dans une lumière et un relief saisissants.
Chacune de ces têtes admirablement rendues est le portrait d'un citoyen notable de l'époque, et chaque figure, on l'a remarqué, indique nettement le tempérament de l'individu. Les costumes même et les accessoires sont exacts en tous leurs détails. C'est la suprême expression de la réalité, comme la Ronde de nuit est le dernier mot
ZAANDAM.
de l'imagination exaltée. Il n'est pas jusqu'à la coupe en argent de la gilde des arbalétriers de Saint-Jean, figurée dans ce tableau merveilleux de précision, qui ne se retrouve au musée de l'Hôtel de Ville; c'est une corne recourbée que surmonte un Saint-Georges à cheval terrassant le démon.
Cette toile n'est en effet que la reproduction magistrale du banquet bourgeois qui fut donné, le 18 juin 1648, pour fêter la conclusion de la paix de Munster. Comme la Ronde de nuit, elle a un caractère essentiellement patriotique, et l'événement, il faut en convenir, méritait bien d'être célébré par les Hollandais, car ce fut, je l'ai dit, ce traité qui, en ordonnant la fermeture de l'Escaut, ruina Anvers à leur profit et décida de la fortune commerciale d'Amsterdam.
Nul étranger ne visite la cité du Zuiderzée sans pousser à 8 kilomètres au nord, jusqu'à celte petite ville deZaandam(Saardam), à laquelle demeure attaché le nom de Pierre le Grand. Elle est située à l'embouchure du Zaan, petit affluent du Zuiderzée (d'où son nom de « digue du Zaan »), et l'un peut s'y rendre, soit par le
Amsterdam.
Mus.:-
la Rondo de nuit, de Rembrandt.
chemin de fer du Helder, soit en ti'ekschuit, par le canal d'Ymuiden. La trekschuit est lagaliote traditionnelle à cabine, tirée par un homme ou par un cheval, qui mène tout doucement, en Hollande, d'une localité à l'autre.
Sans être aussi astiquée et luisante que Broek son voisin, qui l'est beaucoup trop, et où la manie de la propreté louche au ridicule, Zaandain est le lieu le plus avenant et le plus champêtre de décor qu'on puisse voir. Elle ne se compose que de quelques rues ombragées d'arbres et bordées de petites maisons à pignon, bâties en bois ou en briques roses. Portes elfenètres sont toutes également peintes et vernies. Sur les toits se dressent de jolis kiosques où flottent des banderoles multicolores qui figurent un pavoisement continuel. Edifices, places, ponts, canaux et jardins, tout es! mignon, lustré de neuf, presque enfantin : un vrai joujou de Nuremberg, une ville en miniature, qui renferme cependant 13 000 âmes. Des rentiers, des négociants retirés en habitent l'artère la plus large, qui est le quartier aristocratique, comparé à l'autre, appelé Krimp.
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HOLLANDE
C'est dans ce dernier que se trouve la« cabane » où, selon la tradition, Pierre I", lors de son voyage en Europe, au printemps de 1697, séjourna quelques jours. A cette époque, Zaandam possédait des chantiers renommés; le tsar, désireux d'apprendre le métier de charpentier-calfat, entra dans un de ces chantiers sous le nom de Pierre Michaeloff, « maître Pierre », Pietcrbaas, comme l'appelaient ses compagnons de travail. Là, le vainqueur des Turcs et des Tatares vécut comme les autres ouvriers de l'armateur, portant le même costume, se nourrissant de la môme façon, fumant et
buvant avec eux.
La maisonnette qu'il habitait est à l'extrémité de la ville. Elle comprend deux pièces à fenêtres basses, dont les murailles de planches brutes seraient depuis longtemps par terre, si on ne les avait entourées d'un encadrement de maçonnerie
Amsterdam. — Musùc : le Repas âe la milice, de Van der Helst.
qui les met à l'abri du vent. On y voit le petit lit en forme de placard où couchait le tsar, la table carrée où il étudiait dans les intervalles de sa tâche manuelle, la chaise de bois triangulaire sur laquelle il s'asseyait, et la cheminée de faïence à manteau de bois au-dessus de laquelle sont diverses inscriptions laudatives ou commémora tives.
L'industrie locale de Zaandam est, d'abord, celle de cette moutarde dont Pierre le Grand voulut emporter un baril, puis la fabrication de l'huile de colza, pour laquelle on use de moulins à vent.
Ces moulins sont, vous le savez déjà, la caractéristique du paysage hollandais. Durant le voyage que vous venez de faire, partout, dans les villes comme dans les campagnes, vous avez aperçu ces maisons aux ailes tournoyantes, qui marient harmonieusement leur tic tac aux bruissements de l'onde et du vent. Et ce n'est pas là, vous le savez aussi, une simple fantaisie de décor, un coup de pinceau de plus dans le site. Ces édicules sont autant d'usines où s'élabore la richesse nationale. Contre l'eau, le Néerlandais a appelé l'air à son aide, et ces travailleurs aux bras affolés dont l'air régit les mouvements sont devenus ses auxiliaires les plus sûrs.
ZAANDAM.
Le moulin à vent est employé à tous les usages. Son rôle principal et primitif a consisté et consiste encore à transformer le marécage en polder; il met en jeu les pompes aspirantes qui enlèvent l'excédent d'humidité des terrains et le déverse dans les canaux chargés de le conduire aux fleuves ou à la mer. Mais il sert en outre à battre le chanvre, à scier le bois, à presser les graines oléagineuses, à piler les chiffons, à broyer les couleurs, à râper le tabac, etc.
Rien qu'à Zaandam, on compte plus de trois cents de ces machines aériennes. 11 y en a de toutes formes et de toutes dimensions. Les unes sont rondes ou octogones; les autres offrent la figure de pyramides surmontées de maisonnettes. La plupart ont un toit de chaume et, à mi-hauteur, une petite galerie de bois circulaire,
Zaandam. — Eutrce de la vil]
avec des fenêtres garnies de rideaux et de fleurs. Quelques-uns sont de vrais édifices en maçonnerie, pareils à des tours féodales, contre lesquels se briserait la lance de tous les Don Quichotte de la terre.
La propriété et le fonctionnement d'un seul de ces engins compliqués représentent souvent, avec les approvisionnements qu'il exige, une véritable fortune. Deux moulins, dans la dot d'une jeune fille, est un appât hors ligne pour les épouseurs. Bref, c'est aux Pays-Bas, avec la digue et l'écluse, le monument national par excellence.
Le Zuiderzée, « Mer du Sud », mesure 60 kilomètres environ de largeur sur 124 de longueur du nord au sud. Il est né, on l'a vu, il y a six cents ans, d'une subite irruption de l'Océan favorisée peut-être par un phénomène d'affaissement du sol. L'événement, assez mystérieux en soi, a donné lieu à diverses légendes semihistoriques de cités, autrefois populeuses et prospères, englouties tout à coup
HOLLANDE
dans les flots, comme notre ville d'Is en Bretagne, puis remplacées par d'autres centres de population qui se sont vus à leur tour ruinés et réduits à l'état de pauvres bourgades.
Ce cycle de métamorphoses n'est pourtant pas clos aujourd'hui : les Amsterdamois, n'ayant plus besoin du bassin qui fut le nourricier de leurs pères, ont entrepris de le dessécher, comme ils ont fait du lac de Haarlcm. Bien que la coupe à vider soit autrement vaste que l'autre, l'œuvre ne paraît pas impossible.
Le Zuider/.ée, en effet, a peu de profondeur : 3 m ,50 en moyenne. Le chenal navigable y est environné de vastes bancs de sable que recouvrent seulement i ou
Zaakdam. — Maison Je Pierre le Grand.
5 pieds d'eau, et le sol de fond, formé de gras dépôts d'alluvions, semble promettre à l'agriculture des terrains remarquablement fertiles. Aussi les Amsterdamois, non moins vifs à l'exécution qu'au devis, ont-ils déjà entamé le travail de transformation.
Le champ d'expérience est délimité par une immense digue munie d'écluses qui, partant du promontoire d'Enkhuysen a l'ouest, gagne la côte opposée à Kampen, vers l'embouchure de l'Yssel, et enferme ainsi toute la partie sud du bassin, 180000 hectares environ.
C'est à l'abri de ce rempart, traversé d'un canal d'écoulement, qu'on se flatte de changer peu à peu enpohlersle vaste golfe hollando-frison. Dès maintenant même, une portion de l'Y est mise en culture. Mais combien de temps faudra-t-il pour que le gros de la nappe marine devienne un pâtis a. bétail, une aire à betteraves ou à
LE ZU1DERZEE.
céréales? C'est ce que je ne me charge pas de calculer, et notre génération sans doute aura depuis longtemps perdu le goût du pain, avant que le dernier pêcheur du Zuiderzée ait troqué l'aviron contre le hoyau.
Sera-ce le coup de mort définitif, ou hien la renaissance sous une autre forme, pour ces localités, tant déchues déjà, qui s'échelonnent au bord du lac condamné? C'est encore là un secret de l'avenir.
En attendant, rien de plus enchanteur que les rivages tranquilles de ce bassin, quand on les côtoie, en été, sur le bateau à vapeur qui va des quais de l'Amstel à la petite ville beurrière d'Harlingen, sise à l'extrémité nord de la baie. C'est toujours le doux mensonge d'aspects du territoire néerlandais. A voir les prairies, les jardins, les jolis villages idylliques qui bordent le littoral bas le long duquel file le