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APERÇU DE LONDRES PRIS DES PONTS

distance et où atterrissent les gros steamers venant de Chine, d'Australie, des deux Indes, sont, à eux seuls, tout un monde mercantile avec leurs canaux, leurs bassins, leurs quais, leurs hangars, leurs magasins à plusieurs étages où s'entassent des montagnes de marchandises exotiques.

On range ensuite, du côté gauche, l'hôpital naval de Greenwich et la pittoresque colline où se trouve, entouré d'un beau parc, l'Observatoire du même nom. C'est par cet établissement que passe, on le sait, le méridien anglais et américain; c'est lui aussi qui fournit l'heure officielle de la Grande-Bretagne. Et toujours, au milieu du fleuve, dont l'eau devient de plus en plus noire et chargée d'immondices, se pressent des nuées de navires allant, venant, se croisant, une « forêt qui marche », comme dans Macbeth; et, sur les bords, des chantiers, des déhouchés de canaux et de rues faubouriennes, des toits angulaires d'entrepôts, des armées de grues en travail, de hautes fabriques aux murs sombres, que les vergues des bâtiments heurtent presque, des silhouettes indistinctes d'édifices de toute sorte nageant dans la brume et incrustés de noir de fumée.

A l'extrémité de la courbe s'aligne, au nord et au sud, une nouvelle rangée de docks combles de navires; puis, à gauche, on aperçoit les quartiers de Southwark et de Bermondsey, districts urbains de tanneurs, de mégissiers, de fabricants de colle, aux odeurs acres et répulsives; à droite, au delà du tunnel sous-fluvial, se dresse la fameuse Tour de Londres. De ce point, il n'y a plus qu'un demi-mille pour arriver au premier pont en aval.

Le Pont de Londres, London Bridge, marque la limite de la navigabilité pour les gros navires et celle du port proprement dit, lequel, jusqu'à Woolwich, mesure 12 kilomètres de longueur. Là, à plus de 80 kilomètres de son embouchure, la Tamise a encore deux fois la largeur de la Seine à Paris, sur une profondeur moyenne de 4 mètres au reflux et de 10 mètres à marée haute.

Mais suivons tout de suite jusqu'au bout le sillon tortueux que le fleuve dessine au sein de la ville dont il est l'artère marchande et vraiment nourricière.

La seconde voie qui l'enjambe est le pont-viaduc qui relie à la grande gare de Cannon Street la ligne de ce South-Eastern Railway, dont vous avez pu voir l'amorce sur les quais de Douvres et de Folkestonc ; ensuite vient, à l'endroit le plus resserré de la rivière, le pont de Southwark. Plus loin se dresse, à droite, la cathédrale de Saint-Paul, dont vous apercevez la coupole; puis, passé le pont de Blackfriars (388 mètres), commence, sur les bords du fleuve rectifié, la longue et superbe ligne des nouveaux quais Victoria, terminés en 1870. Du même côté apparaît le Temple ; après quoi, voici le pont de Waterloo, long de 404 mètres et formé de 52 arches, avec deux colonnes doriques à chaque pile ; puis celui de Charing-Cross, jeté à l'endroit où la Tamise s'infléchit derechef au sud. Sur la berge nord pointe l'Aiguille de Cléopâtre, obélisque apporté d'Alexandrie il y a quelques années; plus loin, du même côté, verdoient les massifs de Saint-James Park,de Green Park, de Hyde Park et de Kensington Gardens, ces deux derniers se faisant suite de Testa l'ouest, au delà de Piccadilly et d'Oxford Street. Quant à Begent's Park, il est plus au nord.

Après le pont de Westminster, qui ne mesure plus que 225 mètres, le palais

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE

moderne du Parlement allonge sur la rive gauche du fleuve sa façade gothique de 265 mètres de développement, que bordent des terrasses de granit plongeant dans la Tamise même.

A l'angle nord de l'édifice se dresse la tour de l'Horloge, haute de 98 mètres ; à l'angle sud-ouest, la Victoria tower, la plus grande tour carrée qui existe (104 mètres) ; au milieu, la tour Centrale. Derrière le palais resplendit la vieille abbaye de Westminster, le panthéon des gloires nationales d'outre-Manche.

Sur la rive opposée se présentent ensuite le nouveau quai Albert et le palais de Lambeth, dont la façade principale regarde aussi la rivière. C'est la résidence à Londres de ces archevêques de Canterbury dont je vous ai dit un mot ci-dessus. C'est là que ces puissants prélats recevaient autrefois leurs vassaux séculiers et ecclésiastiques. La grande porte, dominée par deux tours en briques, date de la fin du xv e siècle. Dans une salle voisine de la chapelle, on vous fera voir le pilier auquel on fixait les hérétiques avant de les fouetter, et, non loin de cette pièce, la prison, où ceux qui refusaient de croire à la suprématie du primat expiaient pareillement leur hérésie, attachés au mur par des anneaux de fer.

A l'angle de ce palais de Lambeth se dessine la voussure du pont du même nom ; au delà apparaît, à droite, la prison Millbank, le Mazas de Londres ; puis le sillon de la Tamise reprend la direction de l'ouest pour séparer finalement, après avoir passé sous cinq ponts encore, le faubourg de Battersea (rive sud) de celui de Chelsea (rive nord). Au delà du Battersea Bridge, il n'y a plus, à la sortie de la ville, que le viaduc du West Railway (chemin de fer de l'ouest).

Bevenons, je vous prie, un instant, au pont de Londres.

Construit en granit d'Ecosse, de i 822 à 1831, il se compose de cinq arches, dont une, celle du milieu, est d'une ampleur et d'une hardiesse extraordinaires. L'ancien pont du moyen âge, auquel il a succédé et qui fut longtemps le seul de la ville, a une histoire assez curieuse.

Ce pont, bâti au xii" siècle sur l'emplacement d'une passerelle de bois, comptait 20 arches, et c'était la merveille de Londres. Au milieu se dressait une grosse chapelle gothique, dédiée à saint Thomas de Canterbury et dotée parle roi et les citoyens.. Sur les parapets s'alignaient des tours de défense et des maisons aux toits aigus, ayant leurs caves dans l'épaisseur des piles. Les hôtes de ces demeures puisaient de l'eau dans la Tamise au moyen de seaux glissant par les fenêtres comme font, chez nous, dans la Bourne dauphinoise, les habitants de Pont-en-Boyans. On s'y battait volontiers en duel, comme on fit plus tard sur le Pont-Neuf à Paris. Les passants, bien entendu, y acquittaient un droit de péage.

L'une des arches s'ouvrait pour laisser passer les bâtiments. A côté de cette arche mobile, il y avait une tour au haut de laquelle les bourreaux plantèrent longtemps les têtes des suppliciés; celle du chancelier Thomas Morus y fut exposée.

Les arches étaient un danger pour les bateaux, à cause de la largeur des piles et du peu d'espace laissé aux eaux montantes et descendantes. Depuis qu'on a reconstruit le pont, on a constaté que le moment de la marée a été avancé d'une heure dans

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