‹ L'Europe pittoresqueChapitre 54 sur 141 · AU DISTRICT DES LACS · texte numérisé non relu

AU DISTRICT DES LACS

D'Ulverstone, votre point d'arrivée à l'ouest, n'oubliez pas non plus de visiter dans une vallée, à 3 kilomètres de la ville, les ruines majestueuses de FurnessAbbey,

Environs d'Ulverstone. — Ruines do Furacss Abbay.

et d'aller de là au lac Coniston, un autre bassin de 6 milles de long dont les rives, découpées en promontoires touffus, s'encadrent à l'ouest de hautes montagnes. L'une de ces cimes, le Coniston Fell (800 mètres), présente des figurations rocheuses simulant un vieillard (Old Man) avec sa femme et son fils : c'est l'excursion classique du district.

il,

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE

une infinité de torrents qui, s'épandant dans les vallées, y forment ces riants bassins de la Suisse britannique tant célébrés par le poète Wordsworth. Les terrasses supérieures appartiennent au monde des gazons et des mousses; au-dessous régnent les noirs conifères; en bas croissent les arbres fruitiers.

Cette région, qui confine à la frontière d'Ecosse, fut jadis l'une des résidences favorites d'Arthur. Ce n'est pas seulement par ses sites qu'elle attire et captive : si le paysagiste y découvre mille tableaux enchanteurs, l'archéologue, de son côté, y rencontre de vieilles ruines d'abbayes et de châteaux, le botaniste des plantes rares, l'homme féru des problèmes historiques des vestiges de camps romains et des restes de monuments druidiques. Parcourons-en donc quelques recoins.

Près de la côte ouest, non loin d'Ulverstone, voici d'abord le lac Windermere, qu'on appelle le « roi des lacs anglais », et qui mesure 20 kilomètres carrés, sur une

District des Lacs. — La rivière Derwent Water.

profondeur maximum de 75 mètres. Il est alimenté par plusieurs cours d'eau qui dévalent du flanc des montagnes et se rassemblent un peu en amont. On vante sa richesse en truites, en perches, en brochets. De nombreuses îles essaiment sur sa nappe, au milieu de laquelle est le joli village-port de Bowness, d'où l'on domine si admirablement toute la partie supérieure du bassin. A 1500 mètres de l'autre côté, dans un vallon encadré de hauteurs superbes, est la petite ville d'Ambleside. La rivière qui l'arrose vient elle-même de deux autres lacs, ceux de Grasmere et de Rydal, sis à 4 milles plus loin. Le touriste qui les va visiter passe par le hameau de Town-End, où habita et où est enterré Wordsworth.

Le Grasmere, qui renferme un îlot de pâturages, est une mignonne coupe vers laquelle ie mont Helvellyn (947 mètres) projette ses flancs couverts de fougères et de pins. Le Rydal, tout petit également (800 mètres de long sur 500 de large), est bordé de prairies et de reliefs rocheux qui, en se rapprochant, dessinent une cluse dans laquelle est bâti le village du même nom. Il possède deux îles pittoresques. D'une autre sommité voisine, le Langdale Pike à la double crête, on embrasse toute la contrée jusqu'au littoral de l'Ecosse.

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE

Pour moi, cependant, le plus beau de tous ces lacs anglais, c'est encore le Derwent Water, qui allonge au nord de Keswick sa vasque de 7 kilomètres carrés. Il est alimenté parle Derwent, la rivière « belle eau », qui vient des monts du Derby, et qui, à l'ouest de Sheffield, la grande cité coutellière de 300000 ûmes, arrose le splendide domaine de Chatsworth, une de ces fastueuses résidences, entourées d'un parc forestier, où l'aristocratie d'outre-Manche s'est plu à déployer tout ce que l'art uni à la nature libre peut enfanter de plus merveilleux. Le Derwent Water a pour entourage un amphithéâtre de hauteurs boisées que déchiquettent des falaises et des précipices et que commande à l'est le sombre et majestueux massif du Skiddaw (920 mètres). Rien de plus fantastique que les coupes de ce relief ardoisier dans lequel s'entr'ouvrent des vallées aux entassements de roches étranges. Sur les rives du lac, de gras pâturages, des bouquets d'arbres splendides, et çà et là, dans la verdure, un cottage bas et rustique. Plusieurs îles forment tache sur son clair miroir : l'une, l'île du Vicaire, porte une habitation; une autre, l'Herbert 7 s Isle, fut au vif siècle la résidence d'un anachorète dont elle a gardé le nom.

Le Derwent Water est le théâtre d'un phénomène assez singulier. A sa partie sud-est, à 300 mètres environ de l'endroit où débouche le Derwent, émerge de temps en temps, et toujours à la même place, une île qui disparait ensuite. Cette île est invariablement couverte de plantes; mais elle varie sensiblement de dimensions : tantôt elle ne mesure que quelques mètres carrés; tantôt elle a une superficie de deux lieues. Le sol en est assez ferme pour qu'on puisse y marcher. Parfois, au lieu d'une île, il en surgit plusieurs, ou bien le bloc est entaillé de profondes échancrures qui indiquent un commencement de bris.

L'île ne se montre pas tous les ans. En un siècle et demi, elle n'a surgi que 40 fois, toujours en été, dans les mois de juillet et d'août. Une seule année, elle émergea plus tôt, et dès le 5 juin elle disparut. Souvent elle reste visible jusqu'en octobre. Son mouvement d'ascension semble dû à un développement de gaz.

Que d'autres bassins curieux nous pourrions explorer longuement, dans cette

même région de Keswick, s'il ne nous fallait sans retard franchir les Cheviots! Par

delà le grandiose défilé du Honister Pass, il y a, par exemple, le petit lac de Butter-

mere, qui offre des points de vue ravissants sur les monts voisins (Honister-Crag,

Scarf-Gap) d'où descendent ses ruisseaux nourriciers. Tout près de lui, de l'autre

côté d'une zone de prairies et de bois, reluit le Crummock Water, avec sa cascade

de 47 mètres de haut. Dans le Val Saint-Jean, à S milles de Keswick, se dresse le

Saddleback (850 mètres), une cime également fameuse du pays, et, sur une colline

pierreuse, le Castle Rocks (Château des Roches) : là encore, dans un cirque profond,

dort un laquet où se mirent les sourcilleuses falaises d'alentour. Dans un de ses

romans, Walter Scott décrit ce district, et il fait aussi allusion à la croyance popu-

aire qui veut qu'on voie, en plein jour, les étoiles se réfléchir dans cette vasque de

montagne, qu'on appelle Scales Tarn.

Enfin, au pied d'un autre relief régional, s'allonge la coupe de l'Ulleswater, rivale en beauté et en étendue des lacs Windermere et Derwent. Près d'elle se précipite la fameuse cascade d'Airey Force, qui bondit sur la masse rocheuse du Great Dodd.

District des Lacs. — Laugdalc Pike.

GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE

Peut-être connaissez-vous la légende de la somnambule chantée par Wordsworth? Fiancée à un chevalier qui avait été obligé de partir au loin, elle se levait chaque nuit, en son absence, et s'en allait tout endormie au ruisseau où il lui avait fait ses adieux. Un soir, le chevalier reparaît inopinément, et, en traversant le vallon, il

District des Lacs. — Cûiii^tou Water.

aperçoit une forme blanche qui se dirige vers l'onde bruissante. Il croit d'abord à un fantôme; puis bientôt il reconnaît la jeune fille. Il vole à elle, il l'atteint, il va la saisir; tout à coup celle-ci, réveillée en sursaut, se laisse choir dans le torrent. Le chevalier se jette au milieu du courant écumeux; il ramène au bord sa fiancée, mais sans pouvoir la sauver : elle expire sur l'heure entre ses bras. Désespéré, le preux renonce à la gloire et au monde, et, à l'endroit même où son amante avait péri, il se bâtit une cellule pour y vivre désormais en ermite.

Ecosse.

Torrent des Highlands

Page 1