TOME I
m GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE.
Même après que, sous Vespasien, une Hotte romaine, recommençant l'antique périple du Carthaginois Himilcon, eut fait le tour de l'île bretonne, en s'emparant, au passage, des Orcades, les tribus calédoniennes du nord continuèrent à rester insoumises. Ces rivages, si éloignés de la « borne milliaire » du Forum, qu'il n'y avait plus derrière eux que les frimas de YUltima Thule, gardèrent, par le fait, leur enveloppe de brumes et de mystère. Comme au delà du Danube et du Rhin, l'offensive hardie du peuple-roi dut s'y changer en une prudente défensive, et l'Ecosse fut laissée en dehors de l'Empire.
Pour protéger contre les pilleries de ses montagnards les régions tant bien que mal romanisées de la Bretagne, on se contenta d'ériger en deux endroits — de la baie de la Clyde à celle du Forth, puis, plus bas, du golfe de Solway à l'embouchure de la Tyne — une ligne de forts et une muraille dont il subsiste encore des débris (murs d'Agricola et d'Antonini. Et, à l'heure du grand péril barbare, cette terre bretonne, qui avait été conquise la dernière, fut aussi la première qu'on abandonna. Sous Honorius, quand l'Empire se trouva décidément débordé, on rappela les légions d'outre-Manche, et les peuplades pietés et scotts purent reprendre de plus belle leurs incursions au delà des Cheviols.
Que tirent alors les Bretons? Contre les ennemis du Nord, ils appelèrent à leur aide les Saxons el les Angles. Peut-être, sans cet appel, les pirates des rives de l'Eider eussent-ils tout de même envahi le pays; ce n'en fut pas moins l'éternelle histoire du cheval qui veut se venger du cerf. Après un siècle de combats, les montagnards calédoniens fuient refoulés dans leurs hauts districts; mais du même coup Yex-Britannia subit la loi de ceux dont elle avait imploré le secours, el, de celtique qu'elle était, elle devint germanique. Seuls les Bretons de l'ouest, les Cambriens, comme on les appelait, refusèrent de se plier au joug. Les uns se réfugièrent dans les montagnes du pays de Galles, où le roi Arthur accomplit les exploits que j'ai mentionnés; les autres émigrèrent en Gaule et s'établirent dans notre péninsule d'Armorique, qui prit d'eux le nom de « Petite Bretagne ». Plus tard, au vm e siècle, arrivèrent du Danemark d'autres pirates Scandinaves qui entrèrent en lutte avecleurs devanciers et les supplantèrent même un instant avec Kanut dit le Grand. Puis survint, en 1066, la grande marée normande sous laquelle sombra la dynastie anglosaxonne, restaurée seulement depuis vingt-quatre ans.
La conquête cette fois fut définitive. Quand, en 1073, Guillaume le Bâtard, maître de l'Angleterre, passa la Tweed et pénétra en Ecosse où une monarchie s'était aussi formée entre temps, le roi Malcolm 111, alors régnant, le reconnut pour suzerain. La soumission des Calédoniens n'eut rien cependant de durable, car nous voyons, au xn e siècle, Henri 11 Plantagenet marcher de nouveau contre eux et les battre. Il s'empara même, en cette occasion, de la fameuse «pierre de Scone », appelée Inisfaïf, qu'on peut voir à l'abbaye de Westminster. Cette pierre en grès rouge, sur laquelle les rois d'Ecosse s'asseyaient lors de leur couronnement, était, selon la tradition, celle où Jacob avait reposé sa tète lorsqu'il avait dormi à Béthel. Cent vingt ans plus tard, la lutte recommence. Edouard I er fait prisonnier le roi Baliol à Dunbar et se déclare souverain de l'Ecosse. Le pays paraissait réduit, quand