‹ L'Europe pittoresqueChapitre 57 sur 141 · PAYSAGES DE LA BASSE-ÉCOSSE · texte numérisé non relu

PAYSAGES DE LA BASSE-ÉCOSSE

un simple gentilhomme du nom de Wallace revendique l'indépendance nationale. Sa première victoire est le signal d'un soulèvement général. Vainement Wallace, livré aux Anglais, est- il exécuté à Londres; un autre héros, Bruce, le remplace. On connaît cette épopée des deux Bruce, Robert et David, et celle du fameux Douglas le Noir, que racontent encore tous les échos dans les Lowlands et dans les Highlands.

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Tombeau de Walter Scott.

Sans la guerre de Cent Ans, puis sans celle des Deux-Boses, l'Ecosse toutefois eût sans doute succombé : ces deux diversions la sauvèrent.

Lorsque l'avènement de Henri VII, le premier Tudor, termina la grande lutte civile au cours de laquelle l'ancienne noblesse avait péri presque tout entière les descendants des Pietés et des Scotts venaient d'élever au trône un petit-fils de Robert Bruce, qui, par son père, s'appelait Stewart, mot dont on a fait Stuart. Celui-ci traita d'égal à égal avec Henri VII, dont il épousa même la fille Marguerite, et ce lut ce mariage qui, un siècle plus tard, après la sanglante rivalité des deux reines Elisabeth et Marie, amena la réunion sous un môme sceptre de l'Angleterre et de 1 Ecosse.

Ce rapide regard jeté en arrière, pour l'intelligence même des souvenirs histo-

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riques que les lieux vont évoquer devant nous, engageons-nous dans la Basse- Écosse, comme on nomme, par comparaison avec l'autre, la région qu'arrosent la Clyde et le Forth. Le pays, pris en son ensemble, est cependant loin d'être plat. Plusieurs rameaux de montagnes s'y détachent de la chaîne principale, pour s'abaisser ensuite en collines qui vont mourir vers les vallées centrales, où le faîte de par-

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Ruines de l'abbaye de Kelso.

tage entre les deux mers qu'unit un canal de navigation ne forme plus qu'un seuil de 58 mètres d'altitude.

Ici encore, sur cette terre d'Ecosse, nous allons retrouver cette liaison intime de la littérature nationale et du sol qui nous a frappés en deçà des Cheviots. Partout nous irons « de Walter Scott à Ossian, des champs cultivés décrits par Burns, le fermier-poète, à la bruyère maudite immortalisée par Shakspeare ». Dès la vallée de la Tweed, l'affluent de la mer du Nord si renommé pour ses truites saumonées, s'offre à nous, près de Galashicls, ce château d'Abbotsford qui fut la résidence aimée de Walter Scott, et où, en septembre 1832, il revint d'Italie pour mourir. Presque tous les bois qui l'entourent ont été plantés par le romancier. Aux environs sont les ruines de deux abbayes célébrées par lui : Melrose, qu'il nous a décrite dans le

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Mid-Liithian. — Fragmenta du Vieil Edimbourg.

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Monastère, et Dryburg Abbey, dans une aile de laquelle il repose avec sa femme et son fds. Non loin de là aussi, sur la rive gauche du fleuve, nous apparaît ce splendide cloître de Kelso, fondé en 1128 par David I er . Comme on peut le voir par notre gravure, il n'en reste que les murs des ailes septentrionales, une tour, celle du centre, et des fragments de l'église. Mais, tout mutilé qu'il est, cet édifice, où l'ogive se marie au plein cintre, représente encore un amas de débris d'un aspect aussi poétique que grandiose, devant lequel l'étranger s'arrête tout songeur.

Du comté de Roxburg, où Kelso est situé, à celui de Mid-Lothian, où se trouve la capitale, Edimbourg, il n'y a que la distance de la Tweed à la Leith. Edimbourg est, sans conteste, au nombre des plus belles villes d'Europe. Son site même a une originalité singulière. Trois collines parallèles, semblables à d'immenses vagues figées, lui servent d'assises. De la crête centrale, qui est aussi la plus haute, la cité primitive est descendue peu à peu dans la dépression intermédiaire, pour escalader ensuite la pente opposée et s'emparer de même d'un troisième relief, en s'allongeant surtout au nord vers la Leith, qui débouche dans le Firlh of Forlh non loin d'Edimbourg. Des ponts et des viaducs gigantesques lancés d'un monticule à l'autre, au-dessus des creux couverts de maisons, réunissent les parties trébuchantes de l'ensemble. La vieille ville, avec ses rues tortueuses, chevauchant volontiers au moyen d'arcades les unes sur les autres, ses constructions à huit et dix étages parfois, ses tours, ses antiques clochers de forme bizarre, est un vrai joyau d'archaïsme, dont notre gravure donne une idée fragmentaire.

Voici, par exemple, un morceau de Cowgate, artère qui court parallèlement à la rue Haute (High strect) et qui fut, au xv r siècle, le quartier fashionable d'Edimbourg. Plus bas vous voyez le Clos des Avocats, qui rappelle certains coins de Rouen ou de Hildesheim. A côté est la maison du cardinal Beaton, l'adversaire acharné du protestantisme au delà des Cheviols. Peu d'existences de prélats furent aussi accidentées que la sienne, même à une époque où les princes de l'Eglise se jetaient si ardemment dans toutes les mêlées séculières. Chancelier du faible Jacques V, qu'il gouvernait à sa fantaisie, il passe en 1538 en France, où il est fait évêque de Mirepoix et reçoit par surcroît le chapeau rouge; mais bientôt il rentre en Ecosse pour y devenir archevêque de Saint-Andrew et primat du royaume. A la mort de Jacques V, il ose produire un faux testament de ce prince, aux termes duquel il était institué régent. Arrêté par ordre du Parlement, il s'échappe et s'emploie dès lors de toutes ses forces à favoriser le parti français contre les Anglais et à empêcher le succès de la Réforme. Chaque tournée qu'il faisait dans le pays était marquée par des autodafés. Attaqué enfin dans son château par les nobles conjurés, il est tué et pendu avec ses insignes cardinalices à la même fenêtre d'où, quelques jours auparavant, il avait assisté au brùlement d'un hérétique.

Notre quatrième vue de la vieille ville représente le bain de la reine Marie; au-dessous enfin est ligure un aperçu de West Bow, qui communique avec West Port, sis à l'angle sud-ouest du Marché où s'élève la halle au blé. C'est une rue circulaire qui conduit au pont de George IV, et qui était jadis la principale voie par laquelle les voitures montaient aux quartiers les plus élevés de la ville.

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