AU DELA DU CERCLE POLAIRE
habitent au fond des fîords et trafiquent du produit de leur poche avec la Norvège
et la Suède.
A l'époque du solstice d'été, des hauteurs du Finmark comme du cap Nord, on a le spectacle étonnant de ce qu'on nomme le « soleil de minuit ». C'est un phénomène dont on ne peut guère se faire une idée que lorsqu'on l'a vu. A Trondhjem, déjà, vers le 63 e degré, l'astre du jour, au terme de son déclin, semble ne vouloir pas disparaître; ce n'est qu'avec une majestueuse lenteur qu'il achève sa course, et,
NOKVEGE SEPTENTRIONALE.
Aurore boréalO.
après que la courbe terrestre l'a caché, on le sent, pour ainsi dire, encore tout près de soi; le ciel, à l'occident, conserve des teintes empourprées mêlées de jaune et d'orange qui offrent, surtout quand il y a des nuages, les nuances les plus vives est les plus fantastiques. Trois degrés plus haut, regardez ce même astre à neuf heures du soir. Il est si bas sur l'horizon que, dans nos pays, il serait couché en quelque minutes. Ici, point; au lieu de plonger dans l'Océan, il a l'air de glisser à sa surface. Au moment où les deux aiguilles du cadran se superposent sur le chiffre XII, son disque rutilant effleure encore la nappe marine; puis, peu à peu, il se relève, et, deux semaines durant, en juin, il décrit de la sorte un cercle complet dans l'espace, le jour qui vient de finir s'ajoutant au jour qui commence. L'hiver, par contre, c'est
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PÉNINSULE SCANDINAVE ET DANEMARK
en quelque sorte la nuit continue: Sauf quelques heures d'une aube rapide qui se confond avec le crépuscule, les ténèbres gardent l'empire absolu du firmament.
Les « aurores boréales » sont fréquentes aussi. Les anciens n'ont pas été sans connaître cette fantasmagorie céleste, dont nos régions ont parfois l'aubaine. Lucain en parle dans sa Pharsale, et Aristote, bien avant lui, la comparait à l'embrasement d'une campagne dont on incendierait les chaumes. En 1465, il y eut un météore de cette espèce à Paris; le 19 octobre 1726, il s'en produisit un dans l'Eure; le Havre, il y a quelques années, a eu aussi son aurore boréale; à Bordeaux enfin, en 1820, le phénomène se manifesta avec une telle intensité qu'on crut que la ville
brûlait.
Le ciel tout entier en effet se transforme en une mer de lumière que traversent des gerbes de flammes ondulantes, et où courent des vagues de feu de toutes les couleurs, bleues, rouges, jaunes, orangées, blanches, vertes, violettes; et ce qui ajoute encore à la féerie du spectacle, c'est que la fulguration éclate tout à coup, comme sur l'ordre d'un artificier invisible, pendant les nuits tranquilles et sereines. Au moment le plus fort du flamboiement, il se forme au zénith une couronne enflammée qui semble le foyer où tout converge; puis l'immense illumination s'affaiblit par degrés; quelques stries, accompagnées de vibrations intermittentes, apparaissent encore au firmament; après quoi, aux dernières fusées, qui meurent de plus en plus vite, succède l'obscurité noire : les esprits, comme disent les Lapons, peu ferrés sur les questions de magnétisme, ont cessé de combattre entre eux dans les airs.
Redescendons à présent au-dessous du cercle polaire, vers des districts au climat relativement plus tiède et ayant un peu plus de contact avec le monde civilisé. La côte norvégienne, dont l'inclinaison générale continue d'aller du nord-est au sudouest, est entaillée ici de baies moins larges; mais ces baies, toujours très sinueuses, s'enfoncent plus avant, dans les terres. Elles s'y enfoncent même si profondément qu'elles constituent entre leurs interminables murailles de falaises tout un lacis de canaux navigables, dont quelques-uns atteignent une longueur de 60 lieues et poussent leur fissure étroite et montante jusqu'à la zone des glaciers.
Ces baies allongées sont des fiords. Leur forme comme leur aspect varie à l'infini. La plupart ne communiquent avec la mer que par un goulet enfermé entre deux hauts promontoires; plusieurs se bifurquent près de leur embouchure pour circuler autour d'une île aux parois toujours verticales; d'autres se ramifient au sein du continent même; il s'en détache à droite et à gauche des embranchements tortueux dont les berges abruptes restent sensiblement parallèles, comme celles du sillon principal. Ce sont, par le fait, autant de bras de mer qui vont s' égarant par les gorges, léchant et fouillant la base de ce massif Scandinave qui leur envoie l'afflux précipitueux de ses névés et de ses ruisseaux, et se reliant aux lacs du relief par une riviérette d'eau douce qui dévale en bruissant de pierre en pierre. D'anciennes moraines, des dépôts de cailloux agglomérés en digues àleur extrémité inférieure, prouvent que jadis les glaciers mouvants de la Norvège se sont déversés dans l'Océan par ces longues échan-
TRONDHJEM. 2i()
crures. C'est la pression, c'est le frottement de ces nappes voyageuses qui en a strié
et poli les parois; puis.
quand les glaces ont
cessé de sépandre, les flots de la mer, à
leur tour, ont envahi ces abîmes intérieurs
dont la profondeur dépasse parfois celle d
l'Atlantique.
C'est sur une baie de ce genre, là où le massif abaissé du Kiolen rejoint le plateau méridional de la péninsule et se rapproche des régions cultivées où la noix mûrit, qu'est situé le port militaire et de pèche de Trondhjem, peuplé de 25000 habitants.
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Son fiord, dont la largeur varie de 3 à 12 milles, s'ouvre à l'est de l'île de Hatteren. Le port, à demi caché derrière des rochers, ne se relie à la mer que par un chenal resserré, et se développe à l'intérieur en un vaste bassin où se jettent plusieurs fleuves, entre autres le Nidar.
La ville se compose de longues rues larges et symétriques, bordées de maisons de bois peintes, peu élevées, et formant des îlots distincts, pour parer au danger des incendies. Des faubourgs entremêlés de prairies la continuent du côté de la campagne ; car, ici, il y a ce qu'on peut appeler une campagne. Dans les jardins de Trondhjem, on récolte à peu près toutes les espèces de légumes; l'avoine grimpe sur les collines, et aux environs s'étendent de superbes forêts que hantent le chevreuil et le cerf.
Ces forêts du haut plateau Scandinave ne ressemblent pas, il est vrai, à celles qui couvrent les plaines unies de la Suède : ces dernières, d'accès facile et se prêtant aux défrichements, ne diffèrent point des forêts du reste de l'Europe. La futaie norvégienne au contraire, le skog, comme on dit là-bas, a un caractère de sauvagerie tout spécial. C'est un fourré d'arbres et de buissons au milieu duquel des blocs désordonnés de rochers, des intumescences chaotiques de granit et de porphyre dressent à nu leurs reliefs. Entre les grands troncs de sapins entremêlés d'aunes et de bouleaux croît une fraîche sous-végétation de sureaux, de framboisiers, de myrtilles, qu'accompagne un peuple de mousses et de gramens. Tout sentier se perd dans ce labyrinthe de hauts fûts et de saillies pierreuses : c'est la solitude sombre et toujours redoutée où régnaient jadis les esprits, où le voyageur égaré risquait de rencontrer la skogfrau, la « femme mystérieuse des halliers ». Même de nos jours, quand la tempête souffle en agitant les noirs conifères, le paysan dit : « C'est Odin qui passe; c'est la chasse du grand dieu qui chevauche dans les airs ».
L'urus et le bison, ces énormes ruminants dont on a retrouvé les débris au fond des cours d'eau, dans les cavernes, dans les tourbières sur divers points de notre continent, hantaient également ces futaies, et vous pourrez voir au musée de Lund, petite ville de la Scanie suédoise dotée d'une université, un de ces bœufs sauvages portant encore la marque d'une blessure faite par une flèche en silex.
Trondhjem, ancienne capitale de la Norvège et séjour àesjarls, s'appela primitivement Nidaros (bouche du Nidar), du nom de la rivière qui l'entoure de ses ondes. C'est dans le district qu'elle commande que s'élevait, au temps du paganisme, le plus vaste sanctuaire de la Norvège. Sis dans une éclaircie des épaisses forêts de la contrée, il était bâti tout en bois, mais merveilleusement ouvragé et sculpté, nous disent les Sagas. De forme circulaire, avec un évidement correspondant à ce que nous nommons l'abside, un dôme surmonté d'un clocher, des fenêtres ayant des vitres, au lieu d'une garniture de vessies ou de corne, comme c'était alors l'usage général, il représentait le type de ces temples primitifs en rotonde, auxquels, en plus d'un endroit, les chrétiens vainqueurs de l'Olympe Scandinave n'eurent qu'à ajouter une croix et des cloches pour les métamorphoser extérieurement en églises.
C'était aussi dans cette région que les jarls ou chefs du temps avaient leur château principal, leur grange, comme on disait, parce que près de ces résidences princières étaient emmagasinées toutes les provisions de bouche nécessaires. La Saga de