‹ L'Europe pittoresqueChapitre 74 sur 141 · TRONDHJEM · texte numérisé non relu

TRONDHJEM

Niai, notamment, nous parle de celle que Hakon le Puissant possédait au lieu qu'on appelait Ladir. Ce Hakon, qui vivait au temps de Svend le Danois, dont nominalement il était le vassal, eût pu, s'il l'eût voulu, prendre le titre de roi de Norvège, sans que son suzerain eût eu les moyens de l'en empêcher; mais, plus soucieux d'être que de paraître, il se contenta de celui dejarl, que son père et son grand-père avaient porté avant lui. Exilé pendant sa jeunesse à la cour de Harald « à la dent bleue », il s'était vu, ainsi que ce dernier, forcé par l'empereur Othon d'embrasser le christianisme; seulement, rentré en Norvège, il s'était empressé de rejeter la « soupe au lait » de la foi nouvelle, le culte du « dieu blanc », comme les païens de Scandinavie désignaient d'ordinaire le Christ, pour revenir aux farouches divinités de ses ancêtres, et, afin de mieux accentuer sa seconde conversion, il avait fait mettre à mort les moines et les prêtres venus avec lui dans le dessein d'évangéliser le pays. Le premier roi norvégien fut Harald Haarfager (autrement dit « aux longs cheveux »), et ce fut saint Olaf, un de ses successeurs, qui fonda la fameuse cathédrale deTrondhjem. Cet édifice, amplifié ensuite en un splendide vaisseau ogival, est le plus vaste sanctuaire que possède la péninsule Scandinave; et c'est encore aujourd'hui dans sa nef vénérée que les princes viennent se faire sacrer. Le « palais du roi», qui est l'autre grand monument de Trondhjem, est original aussi en son genre. C'est une construction de bois gigantesque, située dans cette fameuse « rue des Moines », qui traverse la ville entièrement en se dirigeant vers la mer, et dont les ïrondhjémois ne sont pas moins fiers que les Marseillais de leur Canebière et les Berlinois de leurs Linden. Le gouverneur l'habite actuellement.

Au sud-ouest du grand plateau de Trondhjem se dresse le second massif de Norvège, les Dovrefielde(Dofrines). Le plus haut sommet en est le Snaehattan ou Bonnet de neige (2 200 mètres), au pied duquel on passe quand on traverse ces monts en carriole. Au nord, les Alpes de Romsdal élèvent à 1 250 mètres leur front hérissé de pics et d'aiguilles; plus au sud, au delà de la dépression du Gudbrandstal, le relief se continue parle système desLangfielde et par celui des Jotunfielde (monts des Géants), qui renferme la sommité dominante de la péninsule : l'Hymmesfielde (2600 mètres). Toutes ces montagnes, en réalité, sont loin d'offrir les aspects variés et l'animation des Alpes de la Suisse. Les paysages du Dovre, avec leurs tourbières et leurs lacs, ont, dans leur grandeur, quelque chose de morne, d'uniforme et de mélancolique. La végétation y est rabougrie ; pas d'habitants au sommet du plateau; très peu de demeures montent à plus de 600 mètres sur les pentes ; les chalets même et les granges n'existent plus guère au delà de 900 mètres. C'est, avec l'intérieur du Finmark, la deuxième zone congelée de la Norvège, le vrai district de Frost, le frimas, qui, selon la mythologie nordique, engendra Snâ ou la neige, laquelle eut, à son tour, un fils, Thor, et trois filles : Miol, la neige qui tombe; Faim, la neige qui gèle; Driva, la neige qui fond.

C'est, en effet, dans ce désert, où l'indigène lui-même ne s'aventure qu'en tremblant, que se trouvent les plus vastes champs de neige de la Scandinavie et de l'Europe, et notamment ces névés de Justedal, dont la nappe, défendue par une enceinte

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de roches inaccessibles, mesure 900 kilomètres carrés et envoie de toutes parts des glaciers dans les cirques. Quelques-uns de ces placiers, le Buerbrô, par

exemple, dont noire gravure représente l'arène croulante, s'avance jusqu'à 400 mètres au-dessus du fiord de Hardanger; un autre n'est qu'à 50 mètres au-dessus d'un liras du Sogne-fiord. Aussi estce par un voyage dans les fiords qu'on prend le mieux une idée de cette région, une des plus étranges, à coup sur, qu'il y ait au monde. Des bateaux, aménagés tout exprès pour ces navigations intérieures, permettent de s'enfoncer au loin dans les entrailles de ce massil

Glaciers me la Norvège. — Le Bucrljrô.

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