‹ L'Europe pittoresqueChapitre 76 sur 141 · DANS LES FIORDS · texte numérisé non relu

DANS LES FIORDS

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aux toits pointus, ornementée comme un temple chinois et pourvue d'une galerie circulaire.

Quelle profusion d'arabesques et de ciselureslLa toiture, les portes, les gouttières même, tout y est ouvragé et sculpté. Sur cette vision quasi orientale, surgissante l'improviste du milieu d'un âpre district de glaces, laissons le dernier flot du Sogne-rfiord se perdre clans le défilé solitaire, et rétrogradons vers une autre fissure latérale qui s'ouvre, en deçà, du côté du sud, et quin'est autre que le liord Nœro.

De toutes les avenues de la longue baie, c'est la plus étroite et la plus sauvagement encaissée. A Gudvangcn,qui en occupe l'extrémité, le canal marin n'a pas 200 mètres de largeur ; d'un côté, les maisons du village; de l'autre, la cascade de Keel, qui, d'un plateau de 1 000 mètres de haut, tombe d'un seul jet sur un rocher, d'où elle rebondit dans le fiord. Le val Nœro, arrosé par un large torrent, se continue encore au midi

Norvège.

Le torrent de LoirJal.

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PÉNINSULE SCANDINAVE ET DANEMARK

sur une longueur de deux lieues ; puis, tout à coup, les falaises se rapprochent, et une muraille à pic force la route à monter en lacet au-dessus de deux autres chutes du ruisseau. Gravissons cette rampe, qu'environne des deux côtés un abîme; nous redescendrons de là dans un autre district, celui de Hardanger, que domine le Folgefonden et où de nouvelles surprises nous attendent.

Passé un petit lac, celui de Vangen, aux bords duquel est la petite ville de Vossevangen, nous inclinons d'abord à main gauche, le long d'un autre torrent, et, après avoir traversé une vallée aride et sauvage, nous débouchons par un chemin à pic sur un second bassin, d'une lieue de large, qu'entourent des collines verdoyantes : c'est le lac Graven. Là, voici Vasenden, avec sa rustique église, environnée de bouquets d'arbres et d'arbustes ; le charmant vallon d'Eide, où bruissent de si jolies chutes, est également dans cette section du parcours. Enfin un nouveau trajet de cinq heures nous mène à Ulvik, à l'extrémité septentrionale du fîord Hardanger.

L'abrupte vallée qui s'ouvre à l'est de cette baie est celle du Heimdal. Elle conduit, à 50 kilomètres de là, à la fameuse chute du Voringfoss. Cette « cascade bouillonnante » est encore un de ces émissaires norvégiens qui, des hauts plateaux neigeux, se précipitent dans une dépression inférieure, pour rallier ensuite leurs ondes éparses et gagner la mer par les fiords. Celle-ci tombe d'une seule masse dans un gouffre de 144 mètres de profondeur. Si l'on entend de bien loin son grondement, en revanche on ne l'aperçoit pas, ou, du moins, on ne distingue d'elle que les nuages des vapeurs qui en rejaillissent.

Pour atteindre 'le lieu du dégorgement, il faut d'abord, au sortir des sentiers pierreux de la montagne, gravir un escalier de 1 750 marches taillé en brusques tournants dans une pente presque à pic : c'est une ascension de deux heures, praticable à cheval, heureusement. On se trouve alors sur un plateau que dominent à l'horizon nord les gigantesques névés du Jôkull, et où serpente le cours d'eau qui se laisse choir, à deux lieues de là, dans la profonde vallée du Heimdal. On suit, non sans peine, les rives de ce bach, au travers d'un semis de bouleaux nains, et l'on arrive enfin à la saillie de roc d'où dévale le torrent. Encore n'est-ce qu'en se penchant très imprudemment au-dessus de l'abîme qu'on aperçoit la chute tout entière. De l'autre berge, plus élevée que celle où l'on est, dégringole une gerbe d'eau moindre qui est absorbée parla grande cascade. On raconte qu'un Anglais, original comme un Anglais doit l'être, se fit descendre un jour dans le gouffre avec un bateau en caoutchouc; là, armé d'une brosse et d'un pot de peinture, il se paya le plaisir insigne d'écrire son nom britannique en grosses lettres sur l'immense paroi de granit; après quoi, il se fit remonter, le front serein et l'âme satisfaite.

Le fiord Hardanger, par lequel on peut, du point où nous sommes, regagner le littoral de Norvège, est également une immense artère marine qui s'enfonce à 50 lieues dans les terres, et dont la profondeur excède à certaines places 500 mètres. Moins sauvage que le Sogne-fiord, encadré de falaises moins hautes, il forme aussi un sillon très curieux, avec son semis d'îlots, ses jolis ports où les bateaux dorment à l'ancre, ses criques boisées où nichent des églises et des maisonnettes, et les cou-

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