DANS LES FIORDS
norvégien, où l'Océan semble disputer à la terre l'empire des vallées et des monts.
Le roi de cesfiords qui rayonnent au-dessus et au-dessous de Ber°en, le grand
port que nous visiterons tout à l'heure, c'est le Sogne-fiord, cet « immense mille-
pattes », aussi démesurément Long qu'étroit, qui creuse son sillon à la base occidentale des monts des Géants et au sud des terrasses de Justedal.
Profond de plus de 1 200 mètres à son embouchure, il échancre le continent jusqu'à 150 kilomètres de distance, pareil à un fleuve qui aurait pour rivages
des falaises verticales de plusieurs centaines de mètres de haut. Dans cette sombre et formidable fissure, où s'engage le bateau, le voyageur cherche d'abord en vain quelque échappée de vue latérale sur un décor plus ouvert et mieux aéré. A travers les brèches de la muraille d'avant-plan, il aperçoit sans cesse de nouveaux escarpements crevassés, tout au plus quelque crique solitaire également environnée de rochers. Le canal tantôt se resserre, tantôt fait mine de s'élargir en un lac; mais toujours, au fond de l'évidement, apparaissent de sourcilleux bastions, des tours, des
PÉNINSULE SCANDINAVE ET DANEMARK
corniches menaçantes. Enfin se dessinent, au nord et au sud, des embranchements aux replis desquels se montrent des paysages nouveaux.
Un de ces embranchements, à main gauche, est célèbre dans l'épopée Scandinave. Là se trouve la vallée de Vangnœss, où les Sagas placent le berceau et la demeure du héros Frithiof. Un autre, le Lyster fiord, est l'impasse au bout de laquelle se rencontre la base de ces éblouissants glaciers de Justedal, que nul pied humain n'a jamais foulés, défendus qu'ils sont par une triple enceinte de remparts inabordables. Le couloir final, à l'extrémité duquel s'arrête le bateau, est le fiord Leirdal, clos par
Vallée de Leirdal.
Église de Borgund.
un entonnoir de montagnes. L'entrée en est marquée par le bourg du même nom, longue rue bordée de maisons blanches alternant avec des masures. Au delà s'amorce la grande route montante par laquelle on peut, en carriole, aller au lac Miôsen, puis à Christiania; mais ce n'est point par cette voie raccourcie, avec le fruste véhicule à un cheval, où l'on n'a pour tout siège qu'une planche assujettie à une corde, sous laquelle on place son paquet, que nous gagnerons la capitale du pays ; ce sera, si vous le voulez bien, par les côtes, en contournant tout à l'aise, en paquebot, le reste de la péninsule Scandinave.
On ne se douterait certes pas que, tout au fond de ce fiord de Leirdal, près d'un torrent descendant d'une gorge, on va rencontrer une des curiosités architecturales de la Norvège. C'est l'église de Borgund, située au milieu d'une verte prairie. Une église, non ; c'est plutôt, comme vous le montre la gravure ci-jointe, une sorte de pagode