TOME H
PÉNINSULE SCANDINAVE ET DANEMARK
à six pignons en façade. Devant le Théâtre, au milieu d'une place qui est la station principale des tramways et sur laquelle s'ouvrent treize rues, se dresse le monument de Christian V, qui se fit l'allié de la Russie contre Charles XII : le monarque est représenté foulant aux pieds de sa monture un Suédois hlessé; aussi le peuple nomme-t-il la statue simplement « le Cheval », Hesten. L'église de la Trinité est célèbre par sa grosse tour ronde, qui a servi jadis d'observatoire à l'astronome Tycho Brahé, et du haut de laquelle les habitants de Copenhague aiment à contempler le panorama de leur ville et du Sund. On dit que Pierre le Grand y monta avec sa femme Catherine dans une voiture attelée de quatre chevaux. Il n'est guère possihle toutefois qu'il ail été jusqu'au dernier étage, attendu qu'aucun degré n'y conduit.
Mais les vrais et les plus curieux monuments de 1' « Athènes du Nord », comme on nomme volontiers la capitale du Danemark, ce sont ses châteaux. A l'époque où le drapeau rouge à croix blanche parcourait triomphalement les mers, des princes amis de la grandeur et du faste y ont érigé à l'envi des résidences aux proportions colossales. Tel est Rosenborg, « le château des Roses », l'ex- Versailles de Christian IV, qui fut le Louis- XIV du Nord au temps de la guerre de Trente Ans, et dont les vastes projets ne furent pas moins fatals au Danemark que les visées d'omnipotence du « Roi Soleil » ne le furent à la France.
Cet édifice, qui tient à la fois du burg féodal, du temple gothique et des constructions féeriques des Mille et nue Nuits, est tout un poème d'ornementation, dû à l'illustre architecte anglais Inigo Jones, le même qui a bâti à Londres le palais de Whitehall. De sa masse rose enguirlandée de balcons à jour s'élancent trois tours noires terminées en flèches. Transformé depuis 1858 en un musée historique et archéologique, ce castel renferme des trésors d'art sans pareils et des curiosités de toute sorte. A côté des simples épées de combat de Charles XII et de Gustave-Adolphe, vous y verrez les glaives garnis de diamants, les carabines ciselées, les vases précieux, les meubles incrustés de saphirs et de rubis des magnifiques monarques leurs successeurs. L'ancienne salle d'audience, toute revêtue de chêne, est décorée de 99 tableaux de peintres hollandais de l'époque. La salle des chevaliers, longue de 50 mètres, a pour tentures de superbes Gobelins représentant des scènes de la guerre de Scanie. Dans la grande salle du Trône, trois lions d'argent, emblèmes des trois détroits qui entourent le Danemark de leurs ondes bruissantes, gardent le siège d'apparat de cette dynastie d'Oldenbourg, héritière des antiques Skiôldunger de l'âge héroïque comme de Harald à la dent bleue, et qui continue de porter le titre de souveraine des Goths et des Wendes. Et que dire du parc ombreux et touffu qui attient au palais? Ce labyrinthe de charmilles aux allées mystérieuses et tournantes, aux ormes et aux tilleuls centenaires, renferme par surcroit une source médicinale qui en fait comme le Vichy de Copenhague. Le poète-conteur danois Andersen, né en 1805 à Odensée, la « cité d'Odin »> de l'île de Fionie, a son monument dans ce parc.
A l'endroit où était jadis le château Absalon s'élevait dans toute sa splendeur, avant l'incendie de 1884, l'immense palais de Christianborg. Non loin de là, sur une place octogone, près du port, voici Amalienborg, aujourd'hui le séjour ordinaire
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du roi. Citons encore Charlottenborg, où est installée l'Académie des beaux-arts, puis, à l'extrémité ouest de la ville, sur une éminence au milieu de jardins, Fredericksborg.
De tous côtés, on le voit, apparaît à l'étranger comme à l'habitant l'image
Ji mtuxi Copenhague. — Château de RosenborÉ
gracieuse plutôt qu'imposante de cette royauté danoise qui règne à la fois sur les îles brûlantes des Antilles et sur les terres glacées du Groenland et de l'Islande.
Un autre orgueil de Copenhague, c'est le musée Thorwaldsen. Qu'on se représente une sorte de sarcophage égyptien, en forme de rectangle allongé, au toit presque plat, posé au centre d'une esplanade vide, près d'un sombre canal, derrière Christianborg. C'est bien le monument qui convient à l'illustre sculpteur, disciple de la Grèce, qu'Horace Vernet couronna un jour de fleurs dans un banquet. Dans une
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cour se dresse, ombragé d'une touffe de lierre, le tombeau du maître, qui, mort en 1844, repose ainsi au milieu de son œuvre, comme dans un temple tout peuplé des statues sorties de son ciseau inspiré.
Né en 1770, d'un simple artisan de Copenhague et d'une paysanne du Jutland, Thorwaldsen fut, on peut le dire, fêté et choyé à l'égal de ces artistes du xvi e siècle qui vivaient au milieu d'une cour quasi royale. Après un long séjour à Rome, il rentra en 1819 dans sa patrie, et ce fut alors qu'il exécuta à la cathédrale, Frue Kirche (Notre-Dame), qu'on venait de rebâtir, ces statues et ces bas-reliefs que le lecteur connaît sans doute moins que le Lion du Jardin glaciaire de Lucerne, sculpté
Copenhague. — Vue prise du château de Ohristianborg.
par lui à la même époque, et qui sont des ouvrages admirables. C'est aussi Thorwaldsen qui a décoré Christianborg. Dans le musée précité se trouvent réunies une multitude de ses productions : les statues entre autres de Pie Vil, de Napoléon I er , d'Alexandre I", du prince de Metternich, de Schiller, de lord Byron, de Walter Scott, de Guillaume deHumboldt, etc.; ses autres œuvres sont éparses à Reykiavik (Islande), à Varsovie, à Munich, à Cambridge, à Naples et à Rome.
L'île de Séeland elle-même n'est tout entière qu'un vaste jardin où nichent les palais et les villas de plaisance. Dans le Nord, l'hiver est long, l'été court; dès la lin de juillet, la chaleur diminue, et, en octobre, les arbres se dépouillent. Aussi, aux premiers beaux jours, les familles aristocratiques et les riches négociants s'empressent-ils d'émigrer vers les cottages et les pavillons qui couvrent la campagne de
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Copenhague et s'échelonnent sur les bords du Sund. Le peuple lui-même, qui ne peut se payer les joies d'une villégiature fastueuse, trouve aux environs de la ville
Frederick sborg. — Le château.
de riants et frais paysages, des forêts, des établissements de bains, des lieux de plaisirs de toute sorte.
La perle de ces retraites agrestes, c'est le Dyrehaven (Thiergarten), massifs de hêtres d'un kilomètre de long auxquels s'entremêlent des chênes splendides et des pelouses diaprées de fleurs. Les hêtraies de l'archipel danois, déjà célèbres du temps des vikings, sont encore, ne l'oublions pas, les plus belles qu'il y ait en Europe.
On se croirait ici à mille lieues des hautes cimes glacées de la péninsule Scandinave. Dans Séeland, pas une montagne, pas même ce qu'on peut appeler un