LA SUISSE SAXONNE ET LA VILLE DE DRESDE
céramique et son trésor d'objets historiques sans pareil peut-être en Europe, le Château du xvi e siècle, avec sa merveilleuse galerie verte (Grùne Gewôlbe), qui renferme de si précieuses collections, et ce splendide musée du Zwinger, édifice dans le style de la Renaise sance qui, parmi ses milliers de tableaux, compttant de chefs-d'œuvre hors ligue, la Nuit du Corrège, le Denier de Saint-Pierre du Titien, la Vierge de Holbein, le Ganymède de % Rembrandt, le Moïse sauvé des eaux de Paul Véronèse, et cette fameuse Madone de Saint-Sixte de Raphaël, pour laquelle >.
seule bien des gens ont fait le voyage de ~ v ~ Dresde.
A la droite du fleuve, sur une croupe de terrain plus basse, formée de plateaux sablonneux et
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L'Elbe, vue prise de la Bastei.
boisés, dont la pente sud est plantée en vignobles, et dont le front est assez disgracieusement occupé par des casernes et une citadelle, se développe la ville neuve, Neustadt. Elle offre, elle aussi, prise en son ensemble, la splendeur monumentale d'une résidence souveraine. Là se trouve le Palais japonais, avec ses jardins ornés d'une
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végétation tropicale, sa bibliothèque, son cabinet des Antiques, bronzes, statues, vases, médailles.
Au sortir de la métropole de la Saxe, l'Elbe décrit de nouvelles courbes en aval; puis, passé les roches de Meissen la poreelainière, elle entre à son tour dans la plaine germanique du nord, où la noire Elster, la Mulde, la Saale, la Havel viennent encore enfler le volume de ses ondes. Magdebourg, où le grand Carnot mourut exilé en 1823, est la dernière ville importante qu'elle y arrose au passage. Au delà des plateaux mecklembourgeois, les sites changent du tout au tout; au sud du fleuve particulièrement, s'étend jusqu'à la Haller une région aux aspects caractéristiques, que nul voyageur ne saurait oublier, et dont il fau^ que je vous donne une idée.
Ici, plus de campagnes fertiles, plus de vastes futaies et de collines vineuses, comme vous en contempliez en amont. De maigres prés, des éminences sablonneuses, des villages entourés de pauvres champs, des bouquets de conifères entremêlés de bouleaux, vous annoncent l'approche du district, d'une dizaine de lieues d'étendue, connu sous le nom de « Lande de Lunebourg ». Puis, bientôt, la solitude est complète. Des heures durant, vous n'apercevez plus qu'un espace monotone et nu, une sorte de steppe où le sable, en été, vous brûle les pieds à travers vos semelles, où l'atmosphère flamboie à perte de vue. Çà et là s'étale un marais, couvert parfois de joncs chétifs et de saules nains, parfois seulement d'andromèdes et de mousses glabres.
Ce désert recèle pourtant ses curiosités archéologiques. A certaines places se dressent devant vous des intumescences arrondies, surmontées de genévriers. Entrez dans un de ces dolmens : vous y trouverez un caveau oblong, grossièrement voûté en blocs de granit. Au milieu sont posées des urnes grisâtres, remplies de cendres et d'ossements; à côté d'elles gisent toutes sortes d'armes en pierre ou en métal, des ornements et des ustensiles : ce sont les collines funéraires, les Tombeaux ou lits de géants, Hûnengràber , Hilnenbetten, où reposent les héros des vieux âges-
Saluez au passage Ces morts inconnus, et continuez votre course par la Lande. Voici que le tintement d'une cloche de fer vous arrive aux oreilles. C'est un troupeau sautillant de brebis — des bêtes toutes petites, avec des cornes et une robe grisâtre — qui vient à vous en compagnie de son pâtre engraisseur. Celui-ci, enveloppé d'une houppelande de laine blanche, tricote des bas tout en cheminant. La steppe nourrit, paraît-il, plus de 600 000 de ces animaux.
Cette lande de Lunebourg, à vrai dire, n'est pas partout et toujours le canton désolé que je vous dépeins. D'abord, il y a une époque de l'année où elle prend, elle aussi, un air de fêle : c'est au mois d'août, quand la plaine brune et rigide se couvre de millions de Heurs odorantes et agrestes parmi lesquelles grésillent les cigales, sur lesquelles bourdonnent les abeilles et volèle tout un peuple de papillons diaprés. Puis, si vous la parcourez entièrement, vous ne tarderez pas à y découvrir des recoins comparativement enchanteurs, qui sont les oasis de ce désert. Une petite colline, par exemple, émerge tout à coup de l'aire plate; dépassez-la, vous atteindrez un bois de chênes, et là, au travers des arbres, vous verrez reluire un pâtis.