PREMIÈRE PARTIE
Sur les bords du Bassin des Mines, en Acadie, au milieu d’une plaine fertile reconquise sur la mer, un petit village français, au joli nom de Grand-Pré, s'étend, paisible et heureux, — village modèle dont le curé est le patriarche, dont les habitants vivent dans une entente parfaite et dans la pratique des simples vertus.
Parmi les simples colons acadiens, le plus riche était pauvre, et le plus pauvre jouissait de l'abondance. Le poète décrit une demeure acadienne : celle de Benoît Bellefontaine, le plus riche des habitants de Grand-Pré.
La fille de Bellefontaine, la douce et belle Evangéline, est l'héroïne du poème. Sa mère est morte, et, malgré ses dix-sept ans, c’est elle quitient la maison de son vieux père.
Evangéline est fiancée au jeune homme qu'elle aime, son compagnon d'enfance, Gabriel Lajeunesse, le fils du forgeron.
It et III
Avec septembre arrive l'automne précoce. La moisson est rentrée et les troupeaux reviennent à la ferme dans la beauté tranquille du crépuscule. Au foyer des Bellefontaine sont bientôt réunis Basile, le forgeron, son fils Gabriel et le vieux notaire, René Leblanc. C’est ce soir qu'on va rédiger le contrat de mariage d'Evangéline et de Gabriel.
Mais cette « veillée » mémorable, qui devrait se passer dans la joie, est assombrie par des événements dramatiques. Des vaisseaux anglais sont à l'ancre dans le Bassin, leurs canons menaçants tournés vers le paisible village acadien. Toute la population mâle de la colonie estconvoquée pour le lendemain, à l’église, et Bellefontaine, et Basile et le vieux notaire se demandent quelle nouvelle persécution les attend.
Cependant, Ia maison des futurs mariés est déjà construite et pourvue de vivres pour un an ; la grange est pleine de foin et la terre défrichée à l’entour. Indifférents à tout, semble-t-il, sauf à leur amour, Evangéline et Gabriel sont assis à l'écart, près de la fenêtre, la main dans la main.
L'aube, le lendemain, se lève radieuse sur le village de Grand-Pré. Obéissant aux ordres du gouverneur anglais, les colons français s’assemblent de bonne heure aux abords de l'église. Chaque maison est une auberge où tous sont reçus à bras ouverts. Chez Bellefontaine, un festin réunit
amis et parents, sans oublier le notaire et le curé, afin de célébrer dignement les fiançailles solennelles d'Evangéline et de Gabriel. On danse sous les pommiers du verger, jusqu'à l'heure où le roulement sinistre du tambour appelle les hommes à l’église pour y entendre lecture d’une mystérieuse proclamation.
Pourquoi les Acadiens, Français neutres, s’inquiéteraient-ils ? La paix règne, présentement, entre la France et l'Angleterre, et leur conscience ne leur reproche rien. Au surplus, les Anglais leur ont, tout récemment, enlevé leurs armes : que leur veulent de plus leurs maîtres ?
Hélas ! ils ne tarderont pas à déchanter. « Puisque vous avez opiniâtrément refusé de vous soumettre, vos biens, vos maisons, vos bestiaux sont désormais confisqués. Et vousmêmes prisonniers, je vous déclare, car tel est le bon plaisir de Sa Majesté...» Ainsi s'exprime le commandant des troupes anglaises qui a l'ordre de les arracher aux établissements qu'ils ont fondés. Ils sont plus de quatre cents enfermés dans cette église, maintenant leur prison. Leur vieux prêtre vient, en termes émouvants, leur prêcher la résignation et les exhorter au pardon. Ils attendent, avec la soumission des martyrs, leur embarquement, puis leur dispersion sur des côtes étrangères.
Evangéline erre longtemps autour de l’église, appelant son fiancé, mais nulle réponse ne lui vient ni des tombeaux des morts, ni de la tombe encore plus lugubre des vivants...
Enfin, après cinq jours d’une attente angoissée, les prisonniers quittent leur prison pour être conduits au lieu d'embarquement. Le reste de la population subit le même sort. Le poète décrit longuement la confusion qui accompagne cette déportation detout un fier petit peuple. IInous mon-
tre Evangéline fendant la foule pour se jeter au cou de son fiancé qu'on emmène loin d'elle, vers une destinationinconnue ; le vieux prêtre prodiguant aux malheureux bannis les encouragements de la religion ; puis l'immense incendie du village de Grand-Pré ; enfin, la mort de Benoît Bellefontaine qu'on enterre sur le rivage.
Et la première partie du poème se termine sur ce lugubre
tableau :
« Puis, avec la marée descendante, les vaisseaux sortirent du [port,
laissant derrière eux le village en ruines, et sur la grève, les [morts »