‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 10 sur 340 · L'ANNONCIATION' DU 'PRÉCURSEUR · texte numérisé non relu

L'ANNONCIATION' DU 'PRÉCURSEUR

on en subdivisa tous les membres en vingt-quatre groujJes, auxquels on attribua les noms des anciennes familles : c'est ainsi que la classe d'Abia existait encore à l'époque d'Hérodc. Zacharie était donc de la famille d'Aaron ; son épouse en était aussi, nous dit saint Luc ; et elle s'appelait Elisabeth.

« L'un et l'autre étaient justes devant Dieu. » Cette formule indique tout à la fois et la réalité et le caractère de leur justice. Au lieu de la justice des pharisiens et des sadducéens, toute extérieure et ritualiste, toute tapageuse et désireuse du regard des hommes, leur justice avait souci de Dieu, devant qui ils marchaient sans cesse, selon l'expression biblique ; et dès lors leur justice était réelle, parce qu'elle était attachée à DieU. On voit que, même dans le judaïsme. Dieu s'était réservé des saints et des spirituels. Pourtant, la note judaïque ne manque pas : Incedenies in omnibus mandatis et fustifîcationibus Domini sine querela ; ils observaient toutes les prescriptions et toutes les lois du Seigneur avec une sainte délicatesse : mais ils en avaient l'intelligence, ils animaient cette obéissance légale par la charité, leur vie était sans reproche et entièrement conforme au vouloir de Dieu. Cependant, ils n'avaient point d'enfant. La stérilité était considérée par les anciens comme une malédiction et un châtiment de Dieu. Nous rencontrons souvent cette pensée dans l'Ancien Testament et chez les auteurs païens. Dans l'espèce, la bénédiction que Dieu leur tenait en réserve serait deux fois miraculeuse, et à raison de la stérilité d'Elisabeth, et à raison de l'âge avancé des deux époux. Telle est la biographie de cette famille sainte. Voici maintenant l'épisode de l'annonciation du Précurseur.

Le tour était venu pour la classe d'Abia d'être hebdomadière au temple. Le sort désigna Zacharie pour porter devant le Seigneur soit l'encens du matin, soit l'encens du soir. C'était un privilège : les familles sacerdotales étant nombreuses, bien des prêtres n'avaient pas, même une fois dans leur vie, l'occasion de remplir cet office. Le prêtre qui, deux fois par jour, offrait l'encens, n'entrait pas dans le Saint des Saints : cela était réservé au souverain pontife et n'avait lieu qu'une fois par an, comme le rappelle l'épître aux Hébreux (ix, après Lev., xvi). En face de la lourde courtine qui séparait du Saint le Saint des Saints, était l'autel de l'encens ; à la droite du prêtre, se trouvait la table des pains de proposition ; à sa gauche, le chandelier d'or aux sept branches. Au signal donné, le prêtre versait l'en-

cens très pur sur les charbons de l'autel, de telle façon que le parfum montât vers le Saint des Saints. Et les prières du peuple s'élevaient vers Dieu avec le nuage formé par l'encens (Apoc, V, 8 ; VIII, 1-5). Mais le peuple se tenait à distance : il n'entrait point dans le sanctuaire, non plus que les autres prêtres ; Zacharie était seul devant Dieu. Toute la scène a été rapportée par un homme très au fait des coutumes juives (Ex., XXX ; Lev., xvi, etc.).

Zacharie avait accompli son office, l'âme émue, avec le souci de toutes les prescriptions légales, avec le recueillement d'un saint. Il se retirait, lorsque, à la droite de l'autel, près du chandelier d'or, un ange lui ap^Danit. Il était écrit au livre de l'Exode : « Vous disposerez l'autel devant le voile qui cache l'arche du témoignage et le propitiatoire placé sur le témoignage, là où je vous adresserai mes paroles. Et sur cet autel, Aaron fera fumer chaque matin un encens d'agréable odeur » (Ex., xxx, 6-7). C'était le lieu où Dieu j^arlait aux siens. « Devant l'apparition, Zacharie se troubla et la crainte s'cmjDara de lui. » Nous savons le trouble de tous ceux de l'Ancien Testament en face d'une manifestation surnaturelle, alors que le sang du Seigneur n'avait pas encore tout réconcilié : « Nous allons mourir, car nous avons vu Dieu ! » (Jud., xiii, 22). Les visites de Dieu produisent toujours d'abord cette imi^ression d'effroi ; elles commencent par la terreur et s'achèvent dans la douceur et dans la paix : c'est leur indice j^rojDre et leur marque d'authenticité. La parole de l'ange rassura d'ailleurs aussitôt Zacharie : « Ne craignez point, lui dit-il, votre prière a été exaucée ».

Peut-être pouvons-nous déterminer, malgré le silence discret de l'évangile, quelle avait été la prière de Zacharie. On a dit qu'il s'était adressé à Dieu joour obtenir un fils dans sa vieillesse. C'est peu vraisemblable : on ne demande pas l'impossible. — Mais ne peut-on point solliciter un miracle? — Soit ; mais, dans ce cas, on ne discute pas avec celui qui le jjromet, on ne discute pas la possibilité, on ne signale pas toutes les difficultés qui se dressent devant sa réalisation ; et après avoir demandé ardemment Une chose, on n'attire pas sur soi le châtiment de Dieu pour n'avoir point cru à la promesse de cela même qUe l'on désirait si vivement. A l'exemple de Siméon, l'autre grand et beau vieillard que nous rencontrerons bientôt, ce que Zacharie attendait, c'était « la rédemption du peuple de Dieu », « la consolation d'Israël ».

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