L'IVRAIE
Mt., XIII. — 24 Aliam paraboîam proposuit illis, dicens : Simile factum est regnum caelorum homini qui seminavit honum semen in agro suo. ^^ Cum autem dormirent homines, venit inimicus ejus, et superseminavit zizania in medio tritici, et ahiit. ^^ Cum autem crevisset lierha, et fructum jecisset, tune apparuerunt et zizania. 2' Accedentes axitem servi patris familias, dixerunt ei : Domine, nonne honum semen seminasti in agro tuo? Unde ergo habet zizania? ^^ Et ait illis : Inimicus homo hoc fecit. Servi autem dixerunt ei : Vis, imus et colligimus ea? ^^ Et ait : Non, ne forte colligenies zizania, eradicetis simul cum eis et triticum. ^° Sinite utraque crescere usque ad messem, et in tempore messis dicam messorihus : Colligite primum zizania, et alligate ea in fasciculos ad comhurendum ; triticum autem congregate in horreum meum...
3^ Tune dimissis turhis, venit in domum, et accesserunt ad eum discipuli ejus, dicentes : Edissere nobis paraboîam zizaniorum agri. 3' Qui respondens ait illis : Qui seminat bonum semen, est Filius hominis. ^^ Ager autem est mundus. Bonum vero semen, hi sunt filii regni. Zizania autem, filii sunt nequam. ^^ Inimicus autan, qui seminavit ea est diaholus. Messis vero, consummatio saeculi est. Messores autem, angeli sunt. *° Sicut ergo colliguntur zizania et igni comburuntur, sic erit in consummatione saeculi. *^ Mitiet Filius hominis angelos suos, et colligent de regno ejus omnia scandala et eos qui jaciunt iniquitatem, ^^ et mittent eos in caminum ignis. Ibi erit fletus et stridor dentium. *' Tune justi fulgebunt sicut sol in regno Patris eorum. Qui habet aures audiendi, audiat.
Le Seigneur proposa aux foules une autre parabole. Elle est propre à saint Matthieu. C'est encore au même phénomène de la germination, à un phénomène vital, qu'en est empruntée la matière ; ici encore est suggérée la collaboration de DieU et de l'âme ; ici encore, et même d'une façon plus précise, on aboutit à une œuvre de discernement final. Alors que la parabole du semeur semblait avoir un rapport naturel avec les temps évangéliques, avec la première période de l'Église, celle où la parole de Dieu vient aux hommes et en reçoit un accueil très divers selon les dispositions de chacun : est-ce que la parabole de l'ivraie ne conviendrait pas bien à la période des hérésies? — Mais il sera plus naturel d'user, même dans l'exposé de cette parabole, de l'interprétation que le Seigneur en a donnée un peu plus tard.
« Le Royaume des cieUx est semblable..., » ou plutôt « est
devenu semblable » ; il est, en effet, inauguré déjà. Lisons toujours comme il suit la formule préliminaire des paraboles : les choses se passent dans le Royaume des cieUx comme dans le fait que je vais dire. Un homme a semé dans son champ une bonne semence. Cela fait, la semence se développe d'elle-même : terra enim ultro fruciificat, nous a dit saint Marc. Les hommes peuvent dormir tranquilles, ils ont le droit de s'en rapporter à la terre, à la chaleur et à la rosée. Peut-être cependant, chez saint Matthieu, l'incidente cum dormirent homines implique-t-elle une mesure d'inattention coupable et de négligence. Peut-être contient-elle une mise en demeure discrète, adressée aUx bons serviteurs, d'écarter à temps les semeurs d'ivraie. Le procédé de vengeance ici décrit était d'ailleurs familier aux Palestiniens. Celui qui avait une rancune épiait l'heure où le champ de son ennemi était labouré et ensemencé : il venait la nuit, sUrsemait de l'herbe sauvage, et s'en allait ensuite, heUreUx d'avoir assuré sa vengeance. Saint Jérôme fait remarquer qu'il y a, jusqu'à maturité, peu de différence extérieure entre l'ivraie et le froment du pays. — Nous reconnaissons le double procédé de la fausse et orgueilleuse doctrine, de l'hérésie : elle vient dans l'ombre, avec des manœuvres hypocrites, s 'assurant d'inconscientes complicités ; même elle affecte une ressemblance, dans les termes dont elle use, avec la vérité son ennemie. Aussi, dès la première heure, n'arrive-t-on pas à la discerner clairement. Il lui faut la nuit et l'indécision, le vagUe et l'équivoque pour se répandre. Une fois semée, elle se développe sourdement d'elle-même ; elle prend les dehors de la bonne semence, et au besoin les attitudes extérieures d'une piété ext;raordinaire. Mais lorsque la plante a grandi et qu'elle a donné son fruit, on voit bien que l'ivraie n'est pas du blé. Malgré ses apparences, elle ne produit rien qui soit utile : un fruit poussiéreux et noirâtre.
Alors, surprise et inquiétude des serviteurs ; ils s'efforcent de racheter, par l'expression d'un étonnement douloureux, ce qui a peut-être manqué à leur \'igilance : « Maître, viennent-ils dire au chef de l'exploitation, est-ce que vous n'avez pas semé une bonne semence dans votre champ? d'où vient donc qu'il y a de l'ivraie? » Et le maître sait déjà sur qui reporter la responsabilité tout entière : « C'est Un ennemi, dit-il, qui a fait cela. » Du moins, il y a un remède, et il est proposé sur l'heure ; remède enfantin, et qui sûrement compliquerait le mal : « Si nous allions recueillir
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l'ivraie? voulez- vous ? — Nen faites rien, répond le maître, de peur qu'en recueillant livraie, vous n'arracliiez le blé en même temps. » L'ivraie ne peut pas se transformer en bon grain : mais les hommes symbolisés par elle peuvent se raviser et se convertir. Et, après tout, les conditions du Royaume de Dieu seraient intérieurement déconcertées pai* la manœuvre que proposent les ouvriers. Supposez que les anges frappent le mal aussitôt qu'il se produit : le discernement des hommes se fera alors par la peur, non par la charité; la vertu deviendra im simple calcul, et l'obéissance de l'habileté. DieU n'aUra point d'amis, mais seulement des mercenaires. Les païens cUx-mêmes reconnaissaient Une dif-érencc entre ceux qui évitent le mal uniquement par crainte du châtiment, et ceux qui fuient le mal par souci du bien et de la vertu :
Oderunt peccare mali jormidine poenae ;
Oderunt peccare boni viriutis amore.
On s'explique bien que DieU ajourne. Et s'il se tait pour un temps, ce n'est point qu'il se désintéresse, comme le murmurent parfois les mondains, scandalisés et impatientés de certaines lenteurs divines : Ignoras quoniam benignitas Dei ad pocniteniiam te adducit? (Rom., ir, 4). Laissez donc, poursuit le maître, laissez le blé et ri\Taie croître ensemble jusqu'à la moisson. Vous pourriez vous tromper aujourdhui, ou du moms piétiner le froment. Mais tout sera facile aux moissonneurs. Je leur dirai : Recueillez d'abord ri\Taie, et liez-la en gerbes pour la brûler ; quant au blé, amassez-le dans mon grenier.
Le Seigneur ne s'explique pas davantage. Mais lorsque les foules furent congédiées et qu'on fut rentré à la maison, les disciples s'approchèrent du Seigneur et lui dirent : « Montrez-nous clairement ce que signifie la parabole du champ et de l'ivraie. » Celui qui sème la bonne semence, répondit Jésus, c'est le Fils de l'homme. Le champ, c'est le monde, — et c'est l'Église, qui, dans l'intention du Seigneur, doit avoir la même étendue que le monde. La bonne semence, celle qui se tourne en vrais et bons épis, ce sont « les fils du Royaume ». Les tiges d'i^Taie, ce sont « les fils du mal ou du mauvais ». L'ennemi qui les a semées, c'est le diable. L'heure de la moisson, c'est la fin des temps, et les anges sont les moissonneurs. De même donc qu'au moment de la récolte, et alors seulement, on rassemble ri\Taie pour la consumer dans le
feu : ainsi, à la fin des siècles, le Fils de l'homme enverra ses anges (ils sont à lui : car il est Dieu) recueillir et arracher de son Royaume (qui est à lui : car il est le Messie) ceux qui ne lui appartiennent pas réellement: les scandaleux et les artisans d'iniquité. Encore que, pour la clarté du récit, le Seigneur distingue et dispose en une succession de deux actes le discernement de l'ivraie et la récompense des justes, il n'est pas nécessaire de croire qu'il y aura d'abord élimination des méchants, et ensuite, à une distance chronologique définie, groupement de tous les bons autour de Dieu. Apprenons seulement que la promiscuité dans laquelle vivent actuellement bons et méchants prendra fin avec le temps ; que les moissonneurs célestes feront le départ exact, dans le Royaume du Fils de l'homme, de tous ceux qui sont cause de chute pour autrui, les hérétiques, et de tous ceux qui commettent le mal : Haeretici et maie viventes catholici, selon la parole de saint Augustin. Ce ne sera pas Une œuvre de discernement platonique : les mauvais seront jetés dans la fournaise du feu, là où il y a des pleurs et des grincements de dents ; ceUx-là mêmes qui auraient dû occuper le premier rang dans la théocratie nouvelle, les Juifs infidèles, n'échapperont pas au châtiment suprême (Mt., viii, 12). Quant aux justes, aux vrais fils de Dieu, ils resplendiront, comme le soleil sortant des nuages (Dan., XII, 3), dans le Royaume de leur Père : alors que le Fils de l'homme triomphant offrira à son Père et à leur Père, à son Dieu et à leur Dieu, toute cette moisson vivante (I Cor., xv, 23-28). Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre !
Mt., XIII. — 21 Aliam parabolam proposuit eis, dicens : Simile est regnum caelorurn grano sinapis, quod accipiens homo seminavit in agro suo. ^^ Quod minimum guidem est omnibus seminibus ; cuni autevi creverit, majus est omnibus oleribus, et fit arbor, iia ut volucres caeli ventant et habitent in ramis ejus.
Me, IV. — ^^ Et dicebat : Cui assimilabimus regnum Dei? aut oui parabolae comparabimus illud? ^^ Sicut granum sinapis, quod cum seminatum juerit in terra, minus est omnibus seminibus quae sunt in terra; ^^ et cum seminatum juerit, ascendit et fit majus omnibus oleribus, et facit ramos magnos, iia ut possint sub umbra ejus aves caeli habitare.