LA LAMPE SUR LB 1CHANDEHER
qu'une économie provisoire. Est-ce qu'un homme sensé allume une lampe pour la tenir cachée sous le boisseau ou sous le lit? Ne la place-t-il pas plutôt sur le chandelier, afin que ceux qui entrent dans l'ai^i^artcment y voient clair? (Mt., v, 15 ; Le., xi, 33). Les apôtres n'ont reçu la lumière que jDOur la dispenser, à leur tour, par leur prédication et par leur propre exemple. La révélation du Royaume de Dieu ira progressivement. Ce qui aujourd'hui est caché encore apparaîtra au grand jour : rien ne sera plus dissimulé, il n'y aura plus d'enseignement ésotérique (Mt., X, 26). La lumière est venue, non pas pour demeurer cachée dans mi coin de Judée, mais pour briller aux yeux de tous. Si quis hahet aures audiendi, audiat! Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !
Le Seigneur insiste auprès de ses disciples. Voyez donc, dit-il, comment vous écoutez, soyez bien attentifs à ce qui vous est révélé maintenant : c'est le bien du monde. L'heure viendra de vous en ressouvenir. Mais, dès à présent, toute votre pensée doit être gagnée à ce Royaume de Dieu. Dans la mesure où vous vous livrerez à lui, il vous sera donné de le recevoir : car on y va « de clarté en clarté ». Il ne s'agit point ici du pardon d<îs injures et de la charité fraternelle, comme en saint Matthieu, vu, 2, et en saint Luc, VI, 38; mais nous avons affaire à Une sorte de locution proverbiale, dont le sens est fourni par le contexte. Même remarque pour ce qui suit : Et adjicietur vohis : qui enim hahet, dabitur illi, etc. Un peu conune nous disons : « l'argent appelle l'argent », et aussi : « on ne prête qu'aUx riches ». Plus vous serez attentifs à la doctrine du Royaume des cieux, plus la lumière vous sera accordée ; même, elle vous sera donnée avec une abondance qui dépassera encore votre bonne volonté. Dieu ne se laisse jamais ^•aincre ni égaler en munificence : sa mesure déborde toujours la nôtre; même, ce qu'il y a dans notre vie surnaturelle de plus achevé est accompli par lui tout seul. A celui qui est riche, aux disciples, aux initiés, il sera donné davantage et jusqu'à l'infini ; à la Sjmagogue, à celle qui n'a pas, puisqu'elle se détourne de la vérité, même ce qu'elle a cru posséder en propre jusqu'ici lui sera retiré.
Me, IV. — 26 ^i dicebat : Sic est regnum Dei, quemadmodum si homo jaciat sementem in terram, ^7 gt dormiai, et exsurgat nocte et
die, et semen germinet, et increscat dum nescit ille. ^^ Ultro enim terra fructificat, lyrimum herham, deinde spicam, deinde plénum frumentum in spica. ^' Et cum produxerit fructus statim mittit falcem, quoniam adest messis.
Cette parabole appartient au seul saint Marc, qui, a groupé à cet endroit de son récit historique trois paraboles, où le Royaume est représenté sous le même emblème. Les choses se liassent dans la fondation du Royaume de Dieu, disait le Seigneur, comme dans des semailles. Cela est "\Tai tout à la fois du Roj-aume qui est l'Église et de la vie surnaturelle de chacun : mais le Seigneur songe surtout à l'Église. Dans toute conquête humaine, il y a un déijloiement de force et de violence ; puis vient une période de contrainte, pour maintenir unies sous une même domination des provinces conquises. Rien de pareil dans le Royaume de Dieu. Il s'agit d'une prise de possession du monde par une énergie vivante, secrète, divine.
Les âmes sont à la vérité ce qu'est le sol à la semence. L'homme jette la semence. Il doit sans doute veiller pour la défendre contre les ennemis extérieurs, comme il a dû préparer la terre. Mais son action se borne là. Le grain de blé possède en lui toutes les vigueurs, qui se traduiront d'ime façon spontanée et progressive : tandis que le semeur, son grain confié à la terre, dormira la nuit, se lèvera le jour, sans nul souci de l'œuvre naturelle et vitale qui s'accomplit d'elle-même. Il suffit qu'il y ait rencontre harmonieuse de la terre faite pour la semence, de la semence faite pour la terre. Ainsi d'elle-même la terre produira l'herbe d'abord et la tige, puis l'épi, i^uis du blé plein l'épi. De cette germination et de cette croissance, l'homme n'a cure : tout se fait peu à peu, mystérieusement, sans qu'il y songe et cherche à comprendre : dum nescit ille. Et lorsque la récolte est mûre, il n'a plus qu'à mettre aussitôt la faucille : c'est l'heure joyeuse de la moisson. Ce n'est donc point par la force que s'établira le Royaume, ni par un effort humain qu'il grandira : mais simplement par une germination pacifique, par un développement vivant et doux, sous lïnfluencc de la grâce de DieU, parce que les âmes sont pour le Royaume et le Royaume pour les âmes. Une semence, une bonne terre, et cela suffit.