UNE MISSION DES APOTRES
Mt., IX. — ^5 Et circuihat Jésus omnes civitates et casteUuy docens in synagogis eorum, et 'praedicans evangelium regni, et curans omneni languorem et omnem infirmitatem.
Me, VI. — ® ...Et circuihat castella in circuitu, docens.
Écarté une seconde fois de Nazareth, le Seigneur commence à évangéliser toutes les villes et bourgades des environs. La formule dont se sert saint Matthieu pour décrire par avance cet apostolat itinérant de la deuxième année est calquée, presque mot pour mot, sur celle qui résumait les débuts du ministère en Galilée : Et circuihat Jésus iotam Galilaeam, docens in synagogis eorum, et praedicans evangelium regni, et sanans omnem languorem et omnem infirmitatem in populo (iv, 23). A l'enseignement dans les synagogues et à la proclamation de « l'évangile du Royaume », le Seigneur unissait, comme toujours, les œuvres de miséricorde : nulle maladie ou infirmité ne le trouvait insensible.
Mt., IX. — 36 Yidens autem turhas, miserius est eis, quia eran' vexati, et jacentes sicut oves non hahentes pastorem. 3' Tune dicit discipulis suis : Messis quidem multa, operarii autem pauci. 38 Rogate ergo Dominum messis, ut mittat operarios in messem suam.
A la vue des foules qui le suivaient, se fatiguant pour entendre la bonne nouvelle, le Seigneur fut saisi d'une grande pitié. Elles le firent songer à d'autres foules qui ne pouvaient le suivre, et
que son amour, pourtant, voulait atteindre. Ce « regard » est ordinaire chez le Seigneur : nous le retrouverons lors de la multiplication des i^ains (Me., vi, 34 ; viii, 2) : Misereor super turbam. C'est le regard d'une tendresse qui embrasse toutes les âmes et qui s'incline vers toutes les misères. Le Seigneur ne songe pas tant, d'ailleurs, à la fatigue physique de ce peuple qu'à la détresse où l'avaient réduit ses guides religieux, les pharisiens et les scribes. Les foules étaient comme des brebis sans pasteurs (Ez., xxxiv), déchirées par les épines des halliers, par les morsures des loups ou des chiens, tombant de lassitude çà et là. La Synagogue ne dispensait plus la vérité ; elle se bornait à faire peser sur des faibles un joug intolérable. Et le Seigneur confie aux disciples ses préoccupations divines : « La moisson est grande, mais les ouvriers sont rares : priez donc le ^laître de la moisson qu'il envoie des ouvriers pour sa moisson. » On voit naître le dessein du Seigneur, et cette combinaison affectueuse moyennant laquelle Dieu lui-même ira vers ceux qui ne peuvent pas venir à lui. Au lieu d'arracher les peuples à leur maison et à leur travail. Dieu ^'en ira, dans la personne des apôtres et des disciples, frapper à la porte de chacun.
Mt., X. — ^ Hos duodecim niùit Jésus, praecipiens eis, dicens : In viam gentium ne abieritis, et m civitates Samaritanorum ne intraveritis ; ^ sed potius ite ad oves quae perierunt domus Israël. ' Euntes autem praedicate, dicentes : Quia appropinquavit regnum caelorwn. ^Infirmos curate, mortuos susc'iaie, leprosos mundate, daemones ejicite ; gratis accepistis, gratis date. ^ Nolite possidere aurum, neque argentum, neque pecuniam in zonis vestris ; ^^ non peram in via, neque duas tunicas, neque calceamenta, neque virgam : dignus est enim operarius cibo suo. ^^ In quavicumque autem civitatem aut castellum inlraveritis, interrogate quis in ea dignus sit; et ibi nmnete donec exeatis. ^- Intrantes autem in domum, salutate eani, dicentes : Fax huic domui. ^^ Et si quidem fuerit domus illa digna, veniet pax vestra super eam ; si autem non fuerii digna, pax vestra revertetur ad vos. ^* Et quicumque non receperit vos, neque audieri' sermones vestros, exeuntes foras de domo vel civitate, excutite pulverem de pedibus vestris. ^^ Amen dico vobis, tolerabilius erit terrae Sodomorum et Gomorrhaeorum in die judicii, quam iUi civitati.
INSTRUCTIONS DONNÉES AUX Al'OTRES 363
Me, VI. — ''Et vocavit duodecim, et coepit eos mitfere hinos, e' dahai illis poiestatem spirituum immundorum. ^ Et praecepii eis ne quid toïlerent in via, nisi virgam tanlum ; non peram, non panem, tieque in zona aes, ^ sed calceatos sandaliis, et ne indue^ rentur duahus tunicis. ^^ Et dicehat eis : Quocumque iiUroieritis in domum, illic manete donec exeatis inde ; ^^ et quicumque non receperint vos nec audierint vos, exeuntes inde, excutite pulverem de pedihus vestris in testimoniiim illis.
Le, IX. — ^ Convocatis autem duodecim apostolis, dédit illis virtutem et potestatem super omnia daemonia, et ut languores curareni. ^ Et misit illos praedicare regnum Dei, et sanare infirmas. ^ Et ait ad illos : Xihil tideritis in via, neque virgam, neque peram, neque panem, neque pecuniam, neque duas tunicas habeatis. * Et in quamcumque domum intraveritis, ibi manete, et inde ne exeatis. ^ Et quicumque non receperint vos, exeuntes de civitate illa, etiam pulverem pedum vestrorum excutite in testimonium supra illos.
C'est à l'heure même où les siens l'aceueillaient si mal, que le Seigneur dispose toutes choses pour que le bénéfice de la vérité et le bien-être des santés elles-mêmes soient plus largement assurés dans la Galilée. Il appelle les Douze autour de lui. Nous connaissons tous ces noms, depuis Theure de leur élection définitive. Voici d'abord les pouvoirs qui leur sont conférés : ils auront puissance et maîtrise sur les esprits impurs, sur tous les démons ; ils sauront guérir toute infirmité corjDorelle ; néanmoins l'objet principal de leur ministère est d'annoncer le Royaume de Dieu, et de prêcher la pénitence qui dispose les âmes à y entrer. La parole de saint Marc : et coepit eos mittere binos, laisse entendre que le Seigneur ne se priva point d'un seul coup de l'assistance des Douze, mais que, dans le dessein de leur faire essayer l'apprentissage de l'apostolat, il commença dès lors à les détacher, deux par deux, pour une mission aux en^arons de Nazareth. Ce n'est encore qu'une préjDaration et un essai. La mission définitive est celle qui est formulée au premier chapitre des Actes. Mais actuellement le Seigneur limite le champ de leur apostolat. Les Juifs avaient un titre à être informés les premiers, ils devaient être les mieux préparés à recevoir l'évangile ; et pour aborder une oeuvre plus étendue, les apôtres eux-mêmes avaient besoin d'une éducation
plus achevée. « N'allez pas, leur recommande le Seigneur, sur la route des gentils, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains. » L'expression via gentium désigne peut-être, d'une façon précise, la Galilée septentrionale, la Galilaea gentium, dont saint Matthieu nous a jjarlé au chapitre iv, 15 : une région trop mêlée de païens pour que la prédication des apôtres y fût dès lors fructueuse. Et il faut en dire autant de la Samarie, très hostile à tout ce qui venait des Juifs. Plutôt que d'exposer ses disciples à des échecs déconcertants, le Seigneur les dé^Dute vers ceux-là mêmes qui sont l'objet premier de sa propre compassion : les brebis perdues et délaissées de la maison d'Israël.
Tel est leur auditoire. Et voici maintenant le thème de leur prédication ; il est identique à celui de leur Maître et à celui de saint Jean-Baptiste : « Le Royaume de Dieu est proche : » c'est-à-dire le règne de DieU à l'intérieur des âmes, et aussi dans Une organisation extérieure correspondante, où l'on prie, où l'on enseigne, où l'on sanctifie, où l'on gouverne dans l'ordre et la paix. Toujours à l'exemple de leur Maître, ils fourniront la preuve de la vérité de leur doctrine : on les croira sur le témoignage de leurs oemTcs. Ils guériront les malades, ils ressusciteront les morts, ils purifieront les lépreux, ils chasseront les démons. Suit une recommandation que les trois sjaioptiques ont recueillie avec soin : elle est relative à la pau^Teté : Gratis accepistis, gratis date : vous exercerez gratuitement un pouvoir que vous avez reçu à titre gracieux. A la différence des pharisiens qui se font monnayer leurs prières et leurs services, vous vous montrerez affranchis de tout souci d'argent. Ce sera l'honneur de votre apostolat. On vous reconnaîtra à ce signe : l'absolu désintéressement. L'homme est l'esclave de tout ce qu'il possède : plus votre i3au\Tcté sera rigoureuse, et plus vous serez libres, aptes par conséquent à réaliser l'œuvre que Dieu attend de vous.
Déjà, au chapitre VI de saint Mattliicu, le Seigneur affranchissait le chrétien des sollicitudes inquiètes : « Que mangerons-nous? que boirons-nous? comment nous vêtirons-nous? » Mais le détachement apostolique doit déliasser de beaucoup les conditions ordinaires de la vie chrétienne. Non contents de ne rien recevoir comme salaire, dit le Seigneur, vous ne posséderez rien. Votre dépouillement sera im acte de foi dans la Providence, qui se fera votre i^ourvoyeuse. Ni or, ni argent, ni monnaie dans la ceinture ; ni pain, ni la 2:)etite besace de provisions pour la route ; ni