‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 127 sur 340 · INSTRUCTIONS DONNÉES AUX APOTRES 36S · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DONNÉES AUX APOTRES 36S

tunique de rcehange ; ni souliers, mais les simples sandales que vous portez d'ordinaire. Partez comme vous êtes, avec seulement votre bâton en main. Pourquoi auriez- vous un souci matériel quelconque? L'ouvrier a droit à sa nourriture : Dieu, et les âmes à qui vous porterez la bonne nouvelle, ne vous laisseront pas mourir de faim. — Selon saint Matthieu et saint Luc, les apôtres ne devaient même pas emporter de bâton, tandis que saint Marc l'autorise : nisi virgam tanium. Il est probable que les documents dont se sont seYvis les évangélistes ont différé sur ce détail, qui, au point de vue de l'intention et de l'enseignement du Seigneur, est de peu d'importance : l'essentiel est tout entier dans le précepte d'une pauvreté rigoureuse.

Le Seigneur ajoute une recommandation relative au logement. Quand vous entrerez dans une ville ou dans Un virage, informezvous qui est digne de vous recevoir, c'est-à-dire, non pas nécessairement un hôte riche et influent, mais toute personne de mœurs gra^■es, de bon renom, digne du message divin que vous apportez. Sa maison deviendra votre gîte habituel et votre centre d'action. Vous y demeurerez jusqu'à votre départ ; vous n'en sortirez pas pour adopter, dans la même cité, une autre hospitalité : cette instabilité serait discourtoise, et préjudiciable à vous-mêmes comme à tous. De la maison qui vous héberge, vous vous répandrez dans la ville, vous en visiterez successivement toutes les demeures. A l'entrée de chacune, vous direz, sous forme de salut : « Paix à cette maison ! » Saluez-la, porte simplement le texte grec : le salut juif était accompagné d'un souhait de paix. Si cette demeure en est digne, que votre paix repose sur elle, que Dieu bénisse la charité qui vous accueille. Sinon, que votre paix vous revienne. C'est un hébraïsme qui signifie : votre i^arole sera comme si elle n'avait pas été prononcée, n'ayant pas trouvé d'écho dans l'âme des habitants. Lorsqu'un salut est donné au nom du Seigneur, il y a deux bénéficiaires : celui qui le donne, et celui qui le reçoit ; si le second se dérobe, le premier ne possède pas moins et ne garde pas moins, devant Dieu, le fruit de son acte surnaturel : c'est ce que veut signifier l'évangile.

Quant à la maison ou à la cité qui refuse de vous recevoir et de vous écouter, ne cherchez pas à faire tomber sur elle le feu du ciel : Dieu se charge de venger lui-même sa vérité méconnue. Sortez simplement de cette demeure, de cette localité ; et afin de montrer que vous n'avez rien de commun avec elle, que vous ne

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voulez rien emporter d'elle, secouez jusqu'à la poussière de vos sandales, selon le geste familier aux Juifs lorsqu'ils abandonnent une terre païenne ou maudite. En vérité, je vous le déclare : au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront mieux traitées que la cité inhosj^italière.

Mt., X. — ^^ Ecce ego mittû vos sicut oves in medio Iwporum. Estote ergo prudentes sicut serpentes, et simplices sicut columbae. 1' Caveie autem ah hominihus. Tradent enim vos in conciliis, et in synagogis suis flagellabunt vos. ^^ Et ad praesides et ad reges ducemini propter me, in testimonium illis et gentihus. ^^ Cum autem tradent vos, nolite cogitare quomodo aut guid loquamini ; dabitur enim vohis in illa hora quid loquamini. ^o Non enim vos estis qui loquimini, sed Spiritus Patris vestri qui loquitur in vohis.

Il est permis de considérer comme terminées les recommandations du Seigneur à ses disciples, lorsqu'il les envoya faire le noviciat de leur fonction apostolique. Ce qui suit, et qui n'appartient qu'à saint Matthieu, semble relatif à une mission postérieure, à ime prédication universelle, non plus circonscrite à la région galiléenne, mais s'adressant au monde entier. Il est plus d'un trait, nous le verrons, qui ne s'explique bien que dans cette hypothèse. La première mission des apôtres s'est réalisée dans des conditions fort j^acifiques. Sans doute les paroles du Seigneur, étant prophétiques, n'appellent pas nécessairement une réalisation immédiate ; sans doute aUssi les mêmes enseignements ont pu être rejjris plusieurs fois, et saint Matthieu citera, au chapitre XXIV (9-14), des prédictions analogues à celles du x^, à celles de saint Marc (xiii, 9-13), et de saint Luc (xxi, 12-19) ; mais il reste vraisemblable que le procédé de composition tant de fois observé chez le premier évangéliste Ta déterminé ici à grouper ensemble des recommandations d'époques différentes, dont quelques-unes appartiennent peut-être à la période qui précède la mort du Seigneur ou même a l'époque voisine de l'Ascension.

Ecce ego mitto vos sicut oves in medio luporum. C'est l'annonce de toutes les perbécutions futures, de toutes les difficultés qui attendent les apôtres, non seulement chez les infidèles, mais jusque dans leur propre pays : il ne sera guère question d'autre

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chose dans ce long fragment de saint Matthieu. Voici, dit le Seigneur, que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (Le, X, 3). Une tradition nous rapporte que JésUs fut alors interrompu par saint Pierre (Epist. ii S. démentis ad Corinthios, c. v) : « Mais il arrivera que les brebis seront dévorées par les loups, Seigneur ! — Que les brebis se rassurent quand même, répondit le Seigneur, et qu'elles ne craignent pas ceUx qui les mettront à mort : il ne faut craindre qUe DieU, que celui qui a pouvoir sur l'âme et sUr le corps. » C'est la réponse même de ré\'angilc, aU verset 28. La malveillance des hommes obligera les apôtres à être tout à la fois prudents comme des serpents et simples comme des colombes. En quoi consistera cette prudence du serpent? Il semble que nous en aj^ons l'explication aux versets 17 et 18 ; la simplicité de la colombe sera expliquée dans la suite.

Aux yeux des anciens, le serpent était le plus rusé des animaux : c'est le témoignage que lui rend la Genèse (m, 1). Habituellement, on fait consister sa prudence dans le soin qu'il prend de défendre sa tête et, dit-on, de li^Ter une partie de son corps pour garder sa tête intacte. Un autre passage de la Genèse (xlix, 17) nous le montre se cachant dans le sable, pour mordre le pied du cheval et renverser ainsi le cavalier. Saint Augustin a expliqué, à propos d'un jDassagc du psaume lvii, comment l'aspic qui ne veut pas entendre ajDiDlique Une de ses oreilles contre le sol et ferme l'autre avec sa queue ! Peut-être d'ailleurs l'agilité et la souplesse du serpent, son art de se dissimuler, ont-ils suffi pour lui mériter cette réputation. Quoi qu'il en soit, les apôtres sont invités, non pas à adoj^ter les mœurs astucieuses et cruelles du serpent, mais à ne pas se montrer, dans leUr genre, moins avisés que lui. Les hommes vous seront ennemis : gardez- vous de leurs embûches, gardez-vous de leur haine. Ils seront toujours empressés à vous appeler devant leurs sanhédrins ou tribunaux ; ils vous infligeront le supplice des trente-neuf coups de verge dans leurs synagogues (II Cor., xi, 24) : c'est donc à la juridiction reHgieUse et juive qUe vous aurez affaire d'abord. Puis, à cause de moi, vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois païens. Et ainsi, devant les Juifs comme devant les gentils, vous serez mes témoins, mes martyrs. — Tout cela n'aura son appheation que beaucoup plus tard, dans les circonstances rapportées par les Actes.

Peut-être pourrions -nous trouver dans les versets 17 et 18, comme aussi dans le verset 23, cette idée que la doctrine nouvelle doit se garder avec soin des formes de la provocation. Les témérités seraient hors de saison en face d'hommes trop disposés à nous haïr. Ils n"ont pas besoin que nous leur fournissions des prétextes. La transformation religieuse du monde ne doit s'accomplir ni par des procédés révolutionnaires, ni par des actes violents. Moyennant de sages précautions, semble dire le Seigneur, la persécution demeurera manifestement injustifiée ; et lorsque vous serez traduits en justice, votre comparution ellemême sera un témoignage et pour les Juifs et pour les gentils : in testimonium illis et gentihus; ce sera encore une forme de prédication, puisque nul ne pourra vous reprocher un délit de droit commun, mais seulement le tort d'apporter au monde la grâce et la vérité. La persécution appellera donc l'attention sur votre doctrine, puisqu'elle n'aUra d'autre motif que votre doctrine même.

Pour des pêcheurs, pour des hommes sans culture, sans relations, la chance d'avoir à comparaître devant le haut tribunal ecclésiastique et les autorités civiles devait contenir une jjréoccUpation redoutable : « Quelle figure ferons-nous? Que dirons-noUs? Comment nous défendre, sinon avec avantage, du moins d'une manière suffisante, contre les pièges de l'ennemi? » C'est ici que les apôtres auront à User de la simiDlicité de la colombe. Lorsque les hommes vous traduiront devant leurs juridictions variées, ne vous inquiétez point ; que votre âme ne soit aucunement divisée, anxieuse au sujet du fond ou de la forme de votre plaidoyer. De même, vous n'aurez besoin d'aucune habileté humaine ; il vous suffira d'avoir foi en la sainteté de votre cause et en celui au nom de qui vous parlez : Dieu ne vous fera jamais défaut. A l'heure ^"OUlUe, il mettra lui-même sur vos lèvres ce que vous devez dire. Car ce n'est pas vous qui parlerez alors : c'est l'Esprit de votre Père qui parlera en vous (Le, xii, 11-12). — Il semble bien qu'à l'origine l'Église ait pris en toute rigueur cette promesse du Seigneur, tant elle a apporté de soin à recueillir les Actes et les paroles de ses martyrs.

Mt., X. — 21 Xradet aiitem frater fratrem in mortem, et pater filium; et insurgent filii in parentes, et morte eos affîcient. ^^ Et

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