‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 13 sur 340 · L'ANNONCIATION DU MESSIE · texte numérisé non relu

L'ANNONCIATION DU MESSIE

qui doit naître sera appelé Saint et Fils de Dieu. » Le Fils de Dieu i^rendra, grâce à Notre-Dame, sa place dans la création, sa place, la première et l'unique, dans la famille humaine : Ut sit ijyse 'primogenitus in viultis jratrihus (Rom., viii, 29).

Il y a Une grande différence entre l'accUeil fait par Zacharie •au message angélique : « Comment saUrai-je qu'il en sera ainsi? » et celui de la Sainte Vierge : « Comment cela se fera-t-il? » Aucun doute n'efïleure Tàm^ de Notre-Dame ; elle demande seulement à l'ange comment, dans sa \ïç, se pourront concilier deux devoirs : celui de l'obéissance et celui de son \œ\\. Néanmoins, nous remarquerons que Dieu use, dans l'un et l'autre cas, du même jjrocédé. Il traite sa créature avec resi^ect ; il lui donne un signe, c'està-dire Une i^reUAC de ses dires et une garantie de la foi qu'il réclame. Ainsi, ses témoignages sont croyables à l'infini : Testimonia tua credibilia fada sunt nimis. Ce signe, la Sainte Vierge ne le sollicitait pas : il lui fut gracieusement accordé. Pour obtenir son consentement, l'ange en appelle à une autre concei^tion miraculeuse : Votre parente Elisabeth, elle aussi, a conçu un fils dans sa vieillesse ; dej^uis six mois déjà elle le porte en son sein, elle, la stérile. Car nulle parole prononcée par Dieu, nulle IDromesse sortie de ses lè^Tes ne sera jamais trahie, ni démentie, ni inexéeutée.

II y avait un intérêt extrême, pour l'humanité et pour Dieu même, à ce que la Sainte Vierge donnât son adhésion au mystère. Lorsqu'il s'agit d'union et de mariage, il doit y avoir un consentement libre des deux parties. L'union hj-postatique n'échappe pas à cette loi. C'est une union : ce n'est j^as une conquête, ni une contrainte, une sorte de mainmise violente, où ne seraient point respectés les droits et la dignité d'un des contractants. Dieu, nous l'avons dit, traite sa créature avec égards. Or, ce consentement indispensable à l'Incarnation, Dieu ne pou^'ait le demander ni à la portion de l'humanité qui avait précédé et qui n'existait plus ; ni à la portion qui existait alors et qu'on ne pouvait plébisciter pour savoir si elle consentait à l'union di%'ine ; ni à la portion future de l'himianité. On ne pouvait non plus consulter la nature humaine individuelle que devait revêtir le Verbe : elle n'existait pas encore, et c'était précisément en vue de son existence que le consentement était sollicité. Voilà donc les destinées du monde suspendues aux lè^Tes et au cœur de Notre-Dame. Entendons l'Église, dans sa Uturgie, la supplier

de consentir à Dieu : Suscipe verhum, Virgo Maria, quod tibi a Domino fer angehim iransmissum est... Monde créé et monde incréé, tous les deux sont anxieux, attentifs, épiant la réponse de la Vierge, qui, j^our tous deux, sera décisive. Ce n'est pas un rêve arbitraire, mais la doctrine de saint Thomas d'Aquin : l'Annonciation, dit-il, était convenable : ut ostenderetiir esse quoddam spiriiiuiïe matrimoniuin inter Filium Dei et humanam tiaturam; et ideo per Annuntiationein exspectahatiir consensus Virginis, loco iotius humanae naturae (S. Th., III, q. xxx, art. 1). La Sainte Vierge n'ignorait pas ce que devait impliquer pour elle la maternité divine. Dieti n'a pas surpris sa Mère. Elle savait, par l'Écriture, sUr quelles é^Dees nues son cœur serait traîné. C'est non les yeux fermés, mais les yeux ouverts, l'âme avertie et pleinement consciente, qu'elle adhère au vouloir du Seigneur.

La condition faite à Notre-Dame par l'Incarnation entraîne deux conséquences, qu'il nous suffira ici d'indiquer. La première, c'est que jamais fils n'a été le bien de sa mère autant que le Seigneur l'a été de Marie. La virginité de Notre-Dame attache son Fils à elle toute seule, à elle exclusivement, comme lé fruit de sa pureté ; il est le Fils de sa chair et de sa volonté ; à lui elle a vraiment tout donné. Mais comment osons-noUs parler de tels mystères? Il nous faudrait pourtant ajouter encore qu'à l'heure même de l'Incarnation, Notre-Dame a concentré et ramassé en elle l'humanité entière ; que son âme a comme embrassé et enveloppé tout ce que nous sommes ; et qu'à l'exemple de son Fils, à raison du même acquiescement qui lui a été demandé par Dieu, nous sommes à elle comme nous ne sommes à personne. Elle est la Mère de tous les vivants, la nouvelle Eve. Comment peut-il demeurer une tristesse sur terre, depuis que l'éternité elle-même s'est inclinée, que les cieux se sont abaissés, que l'ange est venu au nom de Dieu, et que Notre- Dame et notre Mère lui a réiDondu simplement : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole »?

Et l'ange se retira d'auprès d'elle. Et, en même temps que la Vierge disait à Dieu : Ecce ancilla Domini, dans une adoration parfaite, s'élevait de son sein une adoration plus parfaite encore. La Mère de Dieu se disait la servante du Seigneur ; le Fils de Dieu se disait l'esclave et le serviteur de Dieu. L'apôtre saint Paul nous l'a révélé : « Lorsque le Christ fit son entrée ici-bas, il dit : Vous ne \ouliez plus d'hosties et d'oblations, alors vous

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