LA VISITATION
m'avez donné un corps ; les holocaustes et les victimes pour le péché ne ^■ous plaisaient point, alors j'ai dit : Me voici, selon qu'en tête du livre il est écrit de moi, pour faire, ô Dieu, votre volonté. » (Hebr., x, 5-7.) C'est au même instant que, du cœur du Fils comme de celui de la Mère, montait vers Dieu le parfum d'un même sacrifice, d'une même adoration.
Le, I. — ^® Eûcurgens autem Maria in diehus illis, abiit in montana cum jestinatione, in civiiatem Juda ; ^^ et intravit in domum Zachariae, et salutavit Elisabeth. ^^ Et factum est, iit audivit saluiationem Manae Elisabeth, exultavit infans in utero ejiis, et repleta est Spirifu sancto Elisabeth ; ^^ et exclamavit voce magna, et dixit : Benedicta tu inter mulieres, et benedictus fructus ventris tui. *^ Et unde hoc mihi ut reniât mater Domini mei ad me? *^ Ecce enim ut jacta est vox salutationis tuae in auribus meis, exultavit in gaudio infans in idero meo. ^^ Et beata quae credidisti, quoniam perficientur ea quae dicta sunt tibi a Domino. ^^ Et ait Maria : Magnificat anima mea Dominum ; *^ et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo. *^ Quia respexit humilitatem ancillae suae ; ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. ^^ Quia fecit mihi înagna qui potens est, et sanctum nomen ejus. ^° Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum. ^^ Fecit potentiam in brachio suo; dispersit superbos mente cordîs sui. ^^ Deposuit patentes de sede, et exaltavit humiles. ^^ Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. ^* Su^cepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae : ^^ sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula. ^® Mansit autem Maria cum illa quasi mensibus tribus; et reversa est in domum suam.
Une troisième scène ; elle a lieu dans la maison de Zacharie et d'Elisabeth. La Sainte Vierge, avertie du bonheur de sa cousine, désire la féliciter aussitôt. Nous ne saurions préciser l'origine et le degré de la parenté qui unissait Notre-Dame et Elisabeth. Au souvenir de la Visitation, les paroles de saint Ambroise se présentent d'elles-mêmes à notre mémoire : Non quasi incredula de araculo, nec quasi incerta de nuntio, nec quasi dubitans de exemplo, sed quasi laeta pro voto, religiosa pro officio, festina pro gaudio, in montana perrexit. Depuis l'Incarnation, les ocuatcs
et les démarches de Notre-Dame sont les œuvres et les démarches communes d'elle et de son Fils. C'est une communion douce et continue. Elle api^artient toute à ce sacrement de pureté, de beauté, de tendresse, qui repose dans son sein. Elle se lève, elle va sans retard, ciwi jestinatione, dans la région montagneuse d'Hébron ou de Juttah, pour féliciter sa cousine ; mais elle accomi:)lit toutes choses, répétons-le, sous la pression intérieure de son Fils.
Notre-Dame était venue seule, semble-t-il. Elle entra dans la demeure de Zacharie, et salua Elisabeth. Ce n'était pas seulement ime mère vierge qui venait féliciter mie mère jadis stérile ; c'était le Sauveur encore voilé qui venait sanctifier son Précurseur. Elisabeth fut avertie de cette oeuvre de sanctification par le tressaillement et l'exultation de son enfant. Zacharie avait pu lui faire connaître les promesses angéliques concernant le fils qu'elle avait miraculeusement conçu. Il devait être un précurseur : mais le précurseur de qui, exactement? Avant même que la Sainte Vierge eût prononcé d'autre parole que celles de la salutation, la mission de l'enfant, le mystère dès lors réalisé du Messie, la maternité ^'irginale de Marie, tout cela fut montré à Elisabeth. L'Esprit de Dieu, qui sanctifiait son fils par le sacrement du Seigneur et de sa Mère, éclaira son âme et sa pensée. Un transjiort de joie surnaturelle la saisit, lui fit poursuivre la salutation angélique et chanter un cantique ; car c'est un vrai cantique, au même titre que le Magnificat et le Benedictus ; c'est à peine s'il leur cède en beauté :
Benedicta tu inter mulieres,
et benedictus fructus ventris tui.
Et unde hoc mihi
ut veniat mater Domini mei ad me?
Ecce enim ut facta est vox salutationis tuae in aurihus meis,
exultavit in gaudio infans in utero meo. Et beata quae credidisti, quoniam perficientur ea
quae dicta sunt tibi a Domino.
A la salutation de l'ange : « pleine de grâce », se joint le salut d'Elisabeth : « bénie entre les femmes ». Une malédiction a été portée à l'origine, prononcée contre le diable et contre la terre : maledicia terra in opère tuo. Mais une bénédiction universelle a été promise aux patriarches ; et la voici venue ;