‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 152 sur 340 · SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS · texte numérisé non relu

SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS

à raconter celui dont bénéficia le sourd-muet ; il ne donne point, comme saint Matthieu, les circonstances qui ont précédé immédiatement la seconde multiplication des pains, et se borne à dire : « En ces jours-là, de nouveau, une grande foule étant rassemblée, sans avoir de quoi manger... »

Il existe des ressemblances réelles entre ce repas miraculeux et celui qui a été décrit plus haut ; l'analogie des situations est évidente. Et ceux qui redOlitent, non pas seulement la multiplication des pains, mais aussi la multiplication des miracles, ont voulu faire de l'économie et ne reconnaissent dans le récit que nous abordons que la seconde relation d'un même événement. C'est une hj'pothèse inacceptable. Deux évangélistes, en effet, deux historiens, ont rapporté le double miracle, à quelques pages d'intervalle, avec les particularités propres à chacun des deux événements. Il faut noter de plus que les évangélistes font tous deux allusion, Un peu plus loin, à la double multiplication (Mt., XVI, 9-10 ; Me, VIII, 19-20). — Le Seigneur appelle à lui ses disciples et leur dit : « J'ai compassion de la foule, car voici trois jours déjà qu'ils demeurent près de moi et qu'ils n'ont rien à manger. Je ne puis pourtant pas les renvoyer chez eux à jeun : leurs forces défailliraient en route ; car quelqUes-uns d'entre eux sont venus de loin. » Et ses disciples lui répondent : « Comment trouverons-nous, dans ce désert, assez de pain pour rassasier une telle multitude? Qui réussirait à les nourrir? » Ils ne semblent pas se souvenir de la première multiplication des pains, ou du moins il ne leur vient pas à l'esprit que Jésus peut reproduire ce grand miracle : leur inattention ne doit pas trop nous surprendre, nous en trouverons plus d'un exemple encore. La réflexion des disciples est d'ordre raisonnable et naturel : elle souligne par avance la réalité du miracle.

(( Combien de pains avez-vous? » demanda le Seigneur. Ils répondirent : « Sept, et quelques petits poissons. » Il n'y avait que cinq pains la première fois. Alors, le Seigneur fit asseoir la foule par terre. Il prit les sept pains, et après avoir rendu grâces, les rompit, et en distribua les morceaux à ses apôtres, qui les distribuèrent au peuple. Il bénit aussi les petits poissons et les fit distribuer de même. Tous mangèrent à leur faim ; et des fragments qui restèrent, il y eut de quoi remplir sept corbeilles ('j-'jpibx;), autant que de pains ; on avait emporté naguère douze corbeilles ()co<ptvouç) ; mais les /.ooivoi pouvaient être

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de moindre dimension. Les convives étaient quatre mille environ, dit saint Marc, au lieu de cinq mille, dans le premier repas miraculeux ; quatre mille, femmes et enfants non compris, dit ici encore saint Mattliieu. Aussitôt après, le Seigneur congédia la foule, et montant dans la barque, avec ses disciples, il se rendit dans la région de Magédan, selon saint Matthieu ; selon saint Marc, dans la contrée de Dalmanoutha : localité mentionnée ici seulement, et qu'il est actuellement impossible d'identifier avec certitude. Quoi qu'il en soit, il semble bien que le Seigneur rentre en Galilée, où il retrouve tous ses ennemis.

Mt., XVI. — ^ Et accessei-unt ad eum phansaei et sadducaei tentantes ; et rogavei-iint enm ut signvm de caelo ostenderet eis. ^ At ille respondens ait illis : Facto vespere, dicitis : Serenum erit, rubicundum est enim caelum. ^ Et mane : Hodie tempestas, rutilai enim triste caelum. * Faciem ergo caeli dijudicare nostis ; signa auterti temporum non potestis scire ! Generatio mala et adultéra signum quaerit; et signum non dahitur ei, nisi signum Jonae prophetae. Et relictis illis, ahiit. ^ Et cum venissent discipuli ejus trans fretum, ohliti sunt panes accipere. ^ Qui dixit illis : Intuemini, et cavete a fermenta pharisaeorum et sadducaeorum. ' At illi cogitabant intra se dicentes : Quia panes non accepimus. ^ Sciens auiem Jésus, dixit : Quid cogitatis intra vos, modicae fidei, quia panes non habetis? ^ Nondum intelligitis, neque recordamini quinque panum in quinque miïlia hominmn, et quot cophinos sumpsistis? ^° Neque septem panum in quatuor millia hominum, et quot sportas sumpsistis? ^^ Quare non intelligitis quia non de pane dixi vobis : Cavete a fermenta pharisaeorum et sadducaeorum ? '^^ Tune intellexerunt quia non dixerit cavendum a fer?nento panum, sed a doctrina pharisaeorum et sadducaeorum.

Me, VIII. — '^'^ Et exierunt pharisaei, et coeperunt conquirere cum eo, quaerentes ab eo signum de caelo, tentantes eum. ^^ Et ingemiscens spiriiu, ait : Quid generatio ista signum quaerit? Amen dico vobis, si dabitur generationi isti signum. ^^ Et dimittens eos, ascendit iterum navim et abiit trans fretum. ^* Ei obliti sunt panes sumere, et nisi unum panem non habebani secum in navi. ^^ Et praecipiebat eis, dicens : Videie ei cavete a fermenta pharisaeorum, et fermento Herodis. ^^ Et cogitabant ad alierutrum, dicentes : Quiv

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panes non habemus. ^' Quo cogniio, ait illis Jésus : Quid cogitatis quia panes non haheiis? nondum cognoscitis nec intelUgitis? adhuc caecatwn habetis cor veslrum? ^^ Oculos habentes non videiis? et aures habentes non auditis, nec recordamini? ^^ Quando quinque panes fregi in quinque tnillia, quot cophinos fragmentorum plenos sustulistis? Dicunt ei : Duodecim. ^o Quundo et sepiem panes in quatuor millia, quot sportas fragmentorum tulistis ? Et dicunt ei : Septem. ^i Et dicebat eis : Qiiomodo nondum intelUgitis ?

En Galilée, pharisiens, sadducéens, hérodiens sont chez eux, et la polémique reeommence. Ce qui donne la mesure de la haine qui poursuit le Seigneur, c'est qu'on voit se coaliser, pour l'aborder, des gens qui se détestent mutuellement. A. l'hostilité, ils joignent l'hypocrisie. Ils feignent d'accomplir une mission ; ils demandent seulement, pour donner à leur enquête une conclusion favorable, qu'il leur soit fourni, comme sur commande. Un miracle \Taiment décisif, élevé au-dessus de toute contestation prudente. Des miracles sur terre, ils en ont vu beaucoup déjà : mais quoi? Jannès et Mambrès en ont fait, eux aussi, dans leur contestation avec Moïse (II Tim., m, 8) ; et c'était une opinion courante, parmi les Juifs, que les démons et les faux dieux pouvaient accomplir des prodiges terrestres. Mais un miracle dans le ciel ! voilà qui serait concluant, non susceptible de contrefaçon. « Vous prétendez succéder à Moïse comme législateur? mais Moïse nous a donné, pendant quarante jours, le pain du ciel : c'est bien autre chose, cela, que la multiplication d'un pain grossier et fermenté! Vous prétendez succéder à Josué et faire entrer les hommes en terre promise et dans le Royaume des cieUx ? mais Josué a arrêté le soleil ! Faites-en donc autant. Samuel a déchaîné les tonnerres et la pluie ; Élie, par sa prière, a provoqué la sécheresse, puis une pluie miraculeuse. Vous aussi, faites-nous donc voir un signe venant du ciel. » Déjà nous avons entendu les ennemis du Seigneur exprimer cette prétention, et le Seigneur protester qu'ils ne méritaient pas d'autre signe que celui de Jonas (Mt., xii, 38-42 ; Le, xi, 16, 29-32 ; Jo., ii, 18 ; vi, 30). Tout cela, en effet, n'est que piège et fourberie. Ils espèrent que Jésus manquera soit de puissance, soit de bonne volonté pour accomplir le miracle, et ils escomptent la déconsidération qui rejaillira sur lui, devant le peuple , en cas de refus ou d'insuccès.

La mauvaise foi de ses adversaires provoque chez le Seigneur un mouvement de tristesse et de pitié : « il gémit dans son esprit, » note saint Marc, et il dit : « Pourquoi cette génération demandet-elle Un signe? En réalité, je vous le déclare, il ne sera point donné de signe à cette génération ! » La formule Si dahitur generationi isti signum est un hébraïsme, une sorte de serment divin : Dieu ne serait plus Dieu, si telle chose arrivait... Les signes accordés, les miracles accomplis par le Seigneur étaient des miracles de bonté, de compassion, de charité ; ils n'avaient nullement le dessein, nous l'avons dit maintes fois, d'étonner le public, ni de repaître sa curiosité ; le pouvoir de faire des miracles, c'était, aux mains de Notre-SeigneUr, le pouvoir souverain au service de la souveraine tendresse, dans Un parfait désintéressement et une entière humilité. Et pourquoi aurait-il ajouté un signe nouveau et spécial à l'adresse des pharisiens et des sadducéens? Sans doute il fallait des signes pour accréditer la personne du Seigneur ; le miracle est la lettre de créance de DieU. Mais cette lettre une fois méconnue, nous cessons d'avoir un titre quelconque à exiger des signes qui, par notre faute, ne servent de rien. Dieu ne peut plus, en quelque sorte, que prendre son parti de la mauvaise foi ; il semble même ne plus s'irriter, et la réprobation commence.

C'est à cet ordre d'idées que se rattache le texte de saint Matthieu. Le Seigneur s'étonne de l'aveuglement de la Synagogue. Il raille la question qui vient de lui être adressée. On lui demande un signe, un signe dans le ciel, comme miracle absolument décisif? Est-ce donc que les indices célestes et prophétiques ont manqué aux sages d'Israël? Comment ces rabbins, très habiles lorsqu'il s'agit de pressentir des changements météréologiques, sont-ils assez peu perspicaces pour méconnaître d'autres évidences? « Le soir venu, si le soleil se couche dans la pourpre des nuages, ce vous est un signe, et un signe dans le ciel, qu'il fera beau le lendemain : beau temps ! dites-vous. Le matin, au contraire, le même phénomène vous inspire un pronostic très différent, et vous dites : mauvais temps, car le ciel est roUge et menaçant du côté de l'orient. Vous savez discerner l'aspect du ciel, et vous ne pouvez pas discerner les signes des temps (cf. Le, xn, 54-56) ? Vous fermez les yeux devant les crises historiques de votre vie nationale et religieuse. Est-ce que le sceptre n'est pas sorti de Juda? L'avènement du Messie n'a-t-il pas été annoncé par Jean-

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