‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 169 sur 340 · LKVANGII.E DE N.-i^. J.-C · texte numérisé non relu

LKVANGII.E DE N.-i^. J.-C

^^ Qui VOS audit, me audit ; et qui vos spernit, me spernit. Qui autem me spernit, spernit eum qui misit me.

Nous réunissons au récit de saint Luc un fragment de saint Matthieu qui trouvera peut-être ici sa ^Taie place chronologique. Les, malédictions contre les villes galiléennes ont pu, sans doute, être prononcées à divers moments ; mais elles se comprennent mieux à une date où le Seigneur s'éloigne de la Galilée pour toujours. Il n'est pas nécessaire d'imaginer que Jésus est revenu en Galilée après la Scénopégie : ses anathèmes supposent bien un certain voisinage des cités maudites, mais ils sont encore vraisemblables en terre samaritaine ou sur les frontières de Judée.

Alors, dit saint Matthieu, il commença à adresser des reproches aux villes galiléennes qui, en dépit d« ses nombreux miracles, n'avaient point consenti à faire pénitence. La Galilée, nous le savons, était favorisée des biens de la terre et jieu religieuse. Elle s'était enthousiasmée souvent des miracles opérés chez eile, mais sans aller jusqu'à la conversion, jusqu'à un vrai retour à Dieu. Il faut, pour se convertir, autre chose que des prodiges : lorsque manquent les dispositions intérieures de droiture et de vaillance, les miracles ne sont qu'un vain objet de curiosité et demeurent sans fruit. Malheur à vous, Corozain ! — On ne connaît cette ville que par l'allusion rapide des deux évangéiistes. Malheur à vous, Bethsaïde ! Car si les miracles accomplis au milieu de vous eussent été accordés à Tyr et à Sidon, depuis longtemps ces villes auraient fait pénitence, avec le sac et sous la cendre. Aussi je vous le déclare : au jour du jugement, le châtiment sera moins rigoureux pour Tyr et Sidon que pour Corozain et Bethsaïde. Des villes entièrement païennes sont moins coupables que les cités juives, obstinées dans leur indifférence. Ce n'est jamais en vain qu'on est aimé de Dieu : plus de tendresse témoignée nous crée une responsabilité plus redoutable. L'équité de Dieu jugera chacun selon ses oeuvres. Nous n'avons pas d'ailleurs à rechercher pourquoi le Seigneur donne là où il sait que son bienfait sera inutile, et pourquoi pas p^itôt là où sa grâce aurait porté des fruits : Noli quaerere, si non vis errare. Dieu donne à son gré ; il est infiniment libre et indépendant dans la distribution de ses bienfaits.

Et tu, Capharnaum... Caphaniaûm avait été choisie pour être la seconde patrie du Seigneur, le C4;ntre de son apostolat, le

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rendez- VOUS du collège apostolique. Mais le souci des intérêts: matériels, l'orgueil inspiré à cette \'ille par son commerce florissant, lui ont fait dédaigner l'honneur surnaturel d'appartenir, jîlus qu'aucune autre cité galiléenne, au Royaume de DieU. Et le Seigneur lui demande, en empruntant ses termes au prophète Isaïe (xiv, 13,15) : Sera-ce vraiment jusqu'au ciel que vous vous élèverez?... C'est jusqu'aux enfers que vous serez abaissée. Car si les miracles accomplis dans votre sein l'eussent été à Sodome, cette ville subsisterait sans nul doute encore aujourd'hui. Aussi, je vous le déclare : au jour du jugement, Sodome sera traitée avec plus d'indulgence que vous, Caphamaiim ! — Le Seigneur conclut, chez saint Luc, en observant que les villes inhospitalières pour ses disciples seront traitées comme celles qui ne l'ont pas accueilli lui-même : Qui vous écoute, m'écoute ; qui vous méprise, me méj^rise; et qui me méprise, méprise celui qui m'a envoj'é ( Mt., x, 40 ; Jo., xiii, 20).

Le, X. — 1' Reversi sunt aiiiem septuaginta duo cum gaiidio, dicentes : Domirie, etiam daemonia suhjiciuntur nohis in nomine tuo. ^® Et ait mis : Videham Satanam sicut fulgur de caelo cadentem. ^^ Ecce dedi vohis potestatem calcandi supra serpentes, et scorpiones, et super omnem virtutem inimici : et nihil vohis nocebii. 2° Verumtamen in hoc nolite gaudere, quia spiritus vohis suhjiciuntur ; gaudete autem, quod nomina vestra scripta sunt in caelis.

Les soixante-douze sont déjà de retour. Ceci est conforme à la coutume littéraire de saint Luc, qui lui fait anticiiJer sur les événements, afin de grouper ensemble les diverses portions d'un même épisode ; ou qui lui fait ramasser, dans un raccourci raj^ide, tout ce qui a trait à un personnage dont il n'aura plus à s'occuper dans la suite. (Se rappeler, par exemple : i, 80 ; ii, 39-40 ; m, 19-20.) Au chapitre précédent, c'est de la même manière que furent racontés la mission et le retour des Douze (1-10). — Les disciples re^nennent donc, tout joyeux de leur complet succès, et, semble-t-il, avec un peu d'exaltation naïve : c'est Tinterprétation de saint Jérôme, de saint Grégoire et de beaucoup d'autres, et elle est suggérée par le contexte. «Seigneur, disent-ils, jusqu'aux démons qui nous sont soumis en votre nom ! » On dirait que le Seigneur ne leur a pas donné explicitement, tout d'abord, des

pouvoirs aussi étendus que ceux des apôtres , et qu'ils ont pris conscience, au cours seulement de leur mission, de toute la vertu de ce nom divin : Guérissez les malades, avait dit Jésus. Sa réponse aux discii^les est énigmatique : « Je considérais Satan tombant du ciel comme un éclair » (ou tombant comme la foudre du ciel). Bien des explications ont été proposées. Est-ce une allusion à la chute originelle de Satan, déchéance dont le Verbe de Dieu a été le témoin ; et le Seigneur veut-il ainsi garantir ses disciples contre la vaine gloire et contre le danger où a succombé l'orgueil du premier ange? Ne laisse-t-il pas plutôt entendre aux soixante-douze qu'il était avec eUx, qu'il soutenait leur action, qu'il contemplait, avec joie lui aussi, dans l'œuvre de leur ministère, le commencement de l'expulsion diabolique, les premiers succès de ce grand exorcisme qui doit peu à peu arracher le monde à Satan pour le rendre au Verbe Incarné? Nunc princeps hujus mundi ejicietur foras (Jo., xii, 31).

Le Seigneur poursuit : « En effet, je vous ai donné le pouvoir de marcher sur les serpents et les scorpions (Ps. xc, 13) et sur toute la puissance de l'ennemi, et rien ne pourra vous nuire » (Me, XVI, 18). Les disciples ont reçu de pleins pouvoirs contre les démons, contre les maladies si souvent provoquées ou exploitées par les esprits mauvais, contre ces bêtes rampantes qui symbolisent les puissances du mal. Les disciples eux-mêmes seront invulnérables, si Dieu le permet : la morsure d'une vipère, par exemple, laissera saint Paul en parfaite santé (Act., xxviii, 1-6). Cette maîtrise universelle est certainement glorieuse : « pourtant, réjouissez-vous, non de ce que les esprits vous sont soumis, mais de ce que vos noms sont inscrits dans les cieUx. » Faire des miracles ou être protégé miraculeusement au nom du Seigneur est un don du Seigneur, mais n'implique pas forcément l'adhésion personnelle et profonde à lui. Au dernier jour, est-il dit en saint Matthieu, beaucoup se réclameront de leurs miracles, qui seront néanmoins condamnés (vu, 21-23). La vraie et solide joie, c'est d'appartenir au Royaume des cieUx, par les dispositions de son cœur, par l'accomplissement de la volonté du Père qui est aux cicUx ; c'est de songer que notre nom est inscrit sur les registres de la cité de DieU. Et pour bien établir que cette joie des brebis est plus encore celle du pasteUr, le Seigneur eut alors un tressaillement d'exultation, et de son âme jaillit un chant d'allégresse. C'est une Béatitude nouvelle : celle des

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