BÉATITUDE DES PETITS ET DES HUMBLES
privilégiés du Père, celle des disciples qui s'attachent au Seigneur. Elle suit de près la malédiction qui vient d'être prononcée contre la Galilée rebelle, comme les quatre premières Béatitudes étaient suivies, au chapitre vi de saint Luc, de quatre anathèmes.
Mt., XI. — 2^ In iîlo tempore respondens Jésus, dixit : Confiieor iibi, Pater, Domine caeli et terrae, quia ahscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis. ^^ lia, Pater, quoniam sic fuit placitum ante te. -"^ Omnia mihi tradita sunt a Pâtre meo. Et nemo novit Filium, nisi Pater ; neque Patrem quis novit, nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare. ^s Venite ad me, omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. ^^ Tollite jugum meum super vos, et discite a me, quia initis sum et humilis corde; et invenietis requiem animabus vestris. ^° Jugum enim meum suave est, et onu^ meum levé.
Le, X. — 2^ /n ipsa hora exsultavit Spiritu Sancto, et dixit : Confiteor tibi, Pater, Domine caeli et terrae, quod abscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis. Etiam, Pater, quoniam sic placuit ante te. ^^ Omnia mihi tradita sunt a Paire meo. Et nemo scit quis sit Filius, nisi Pater ; et quis sit Pater, nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare. ^^ Et conversus ad discipulos suas, dixit : Beati oculi qui vident quae vos videtis. ^^ Dico enim vobis, quod multi prophetae et reges volu£runt videre quae vos videtis, et non viderunt; et audire quae auditis, et non audierunt.
Nous assistons d'abord à la prière de Notre-SeigneUr Jésus- Christ : il nous est doux de recueillir l'oraison du Fils de Dieu. Elle nous est comme un prélude du chapitre xvii de saint Jean. Le Seigneur, croyons-nous, songe à la diffusion de l'évangile par le monde ; il songe à la réunion finale de toute la famille humaine au sein de Dieu. Dans les semailles, il contemple la moisson entière. Sous une motion de l'Esprit-Saint, remarque saint Luc, il tressaille à la vue de l'épanouissement, dans l'éternité, de l'humble prédication d'aujourd'hui, et ce spectacle le console de l'ingratitude de Jérusalem et de la Galilée. Il s'adresse à son Père, il l'appelle de ce nom béni, et reconnaît sa souveraineté, l'absolue libéralité de ses dons : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je vous bénis d'avoir révélé aux petits ce que vous
avez dérobé à la pensée des sages et des habiles ». De nouveau, nous voici en face de la Béatitude des pauvres et des petits : Beati 'pawperes spiritu. Le Seigneur, qui connaît bien son Père, découvre une sorte d'affinité avec le caractère de son Père dans la disposition providentielle qui a caché ces choses aux prudents de ce monde et les a révélées aux humbles.
« Ces choses », ce sont les mystères de l'ordre surnaturel, les bénédictions du Royaume des cieUx ; ce sont les promesses et les félicités apportées par l'évangile et la prédication apostolique : toutes les joies du temps, toutes celles de l'éternité. Mais en quel sens le Seigneur les a-t-il cachées aux sages et aux prudents ? On pourrait dire qu'il les a cachées à l'orgueil,- à la hauteur méprisante des docteurs juifs, à la sagesse pratique et à la prudence mondaine de la Galilée : ce sens s'accorde bien avec l'ensemble. On peut dire aUssi qUe le Seigneur, sans écarter de lui les sages, les hommes avisés et éclairés, — car enfin l'intelligence n'est pas, de soi, un obstacle pour trouver Dieu ! — a néanmoins considéré l'intelligence humaine comme incompétente, comme n'étant pas une indispensable condition de succès. C'est la marque de l'évangile : pauperes evangelizantur ; la pensée et les biens de Dieu sont à la portée de tout esprit, si humble soit-il. Les enfants y ont accès, sans que le génie en soit exclu. Seulement, ce sont des qualités de cœur qu'il y faut apporter ; la loyauté, la candeur, la droiture intérieure, et non pas la curiosité ou la prétention.
On peut se demander jDOurquoi, chez Dieu, cette prédilection réelle pour les petits et les simples ; pourquoi les œu^Tes de Dieu, l'Incarnation, la prédication apostolique ont été présentées au monde sous les livrées de l'humilité (Is., lui ; I Cor., i). La recherche est légitime ; d'autant que la loi est universelle : car ce parti pris de Dieu est visible dans tout le christianisme : le Royaume des cieUx n'appartient qu'aux humbles. lia, Pater : Oui, Père, il vous a plu ainsi. Tel a été votre vouloir. C'est en vertu d'une disposition formelle et d'une conduite résolue que les petits et les chétifs selon le monde sont les privilégiés dans la vie surnaturelle. S'il se rencontre des hommes intelligents, ils devront incliner leur sagesse devant l'évangile pour obtenir celle de Dieu.
Tout ce fragment des synoptiques est en harmonie singulière avec l'évangile de saint Jean. La relation de Père et de Fils est accusée avec précision, non pas seulement par l'énoncé des rela-