JÉSUS PLEURE SUR'JÉRUSALEM
choisie : Motis Dei, mons pingnis ; mons in quo heneplacitum est Deo hahitare in eo; eienim Dominus habitabit in ^inem (Ps. lxvii, 16-17). Elle aurait pu devenir la capitale du royaume messianique destiné à embrasser toutes les nations. Jamais les avertissements ni les châtiments salutaires ne lui avaient manqué dans le passé ; et depuis trois ans le Seigneur lui-même lui avait si abondamment versé la lumière ! Jusque sur le Calvaire, et au delà, par le ministère des apôtres, il devait tendre les bras à « son peuple ». Mais tout demeurerait vain. A la plainte du Seigneur ferait écho un jour celle de saint Paul: Tristitia mihimagna est et continuus dolor cordi meo, etc. (Rom., ix, 1-5).
Si toi aussi, disait le Seigneur à Jérusalem, si toi aussi, dans la personne de tes chefs, à l'imitation de ces disciples et de ces foules croyantes, tu avais connu, en ce jour de miséricorde qui t'est accordé, le message de paix !... Mais non ; même à cette heure, il demeure caché et voilé à tes yeux. C'est pourquoi d'autres jours viendront pour toi : et tes ennemis t'environneront de travaux de siège (le pronom « toi » est répété jusqu'à douze fois dans ces trois versets), et ils t'envelopperont et te presseront de toutes parts ; et ils te détruiront entièrement, toi et tes enfants qui sont dans tes murs, et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre : parce que tu n'as pas voulu reconnaître le temps où la miséricorde te visitait, — Nous pouvons lire dans l'historien Josèphe (livres V et VI de la Guerre des Juifs) avec quelle rigoureuse exactitude s'est réalisée la prophétie. Ce n'est pas la seule circonstance où le Seigneur a prédit ce châtiment de Jérusalem, qui demeure la plus impressionnante leçon de l'histoire (voir Le., XIII, 34-35 ; Mt., xxiii, 37-38 ; le grand discours eschatologique des synoptiques ; la réponse aux femmes de Jérusalem, Le., XXIII, 27-31).
Mt., XXI. — ■ 1" Et cum intrasset Jerosolymani, commota est universa civitas, dicens : Quis est hic? ^^ PopuU autem dicehant : Hic est Jésus, propheta a Nazareth Galilaeae. ^^ Et intravit Jésus in templuviDei... ^* Et accesserunt ad eum caeci et claudi in templo, et sanavit eos. ^^ Videntes autem principes sacerdotum et scribae mirabilia quae fecit, et pueros clamantes in templo et dicentes : Hosanna filio David! indignati sunt, ^® et dixenint ei : Audis quid isti dicunt? Jésus autem dixit eis : Utique. Xunquam legistis' Quia
ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem? i' Et relictis illis, abiit foras extra civitatem in Bethaniavi, ihique mansit.
Me, XI. — 11 Et introivit Jerosolymam in templum ; et circumspectis omnibus, cum jam vespera esset hora, exiit in Bethaniam cum duodecim.
Le cortège entre à Jérusalem. La ville entière s'émeut ; elle se demande : « Quel est donc celui qui arrive là? » Et les foules répondent et proclament partout : « C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ! » Et le Seigneur pénètre dans le temple. Saint Marc nous dit qu'il ne fit qu'y passer et se borna à considérer toutes choses.
Tout en ajournant au lendemain, avec saint Marc, l'expulsion des vendeurs et acheteurs, nous pouvons sans in^Taisemblance conserver à cette place quelques traits propres à samt Matthieu. Dans les cours du temple que traversait le Seigneur, des aveugles et des boiteux s'approchèrent de lui et furent guéris, aux applaudissements de la foule. D'autre part, les petits enfants répétaient à pleins poumons l'acclamation messianique entendue naguère : « Hosanna au fils de David ! » Mais les princes des prêtres et les scribes, témoins indignés de cette proclamation enfantine et des miracles du Seigneur, lui demandèrent : « Vous entendez ce qu'ils disent ? — Oui, répondit Jésus. N'avez-vous donc jamais lu ces paroles : C'est sur les lè'STes des enfants et de ceux qui sont à la mamelle que vous vous êtes ménagé une louange parfaite? » (Ps. VIII, 3.) Et laissant là ses ennemis, le Seigneur sortit de la ville avec les apôtres. Le soir était venu. Ils retournèrent à Béthanie, pour y passer la nuit du dimanche au lundi.
Mt., XXI. — 1^ Mane autem reveriens in civitatem, esuriit. ^^ Et videns fici arhorem unam secus viam, venit ad eam, et nihil invenit in ea nisi folia iantum; et ait itli : Nunquam ex te jructiLS nascatur in sempiternum. Et arefacta est continua ficulnea.
Me, XI. — 12 El diid ^ig cum exirent a Bethania, esuriit. i^ Cumque vidisset a longe ficum habentem folia, venit si quid forte invenirei in ea ; et cum venisset ad eam, nihil invenit praeter folia ; non enim erat tempus fîcorum. i* Et respondens dixit ei : Jam non
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amplms in aeternum ex te jructum quisquam mandiicet. Et audiebant discipuli ejus.
Le lundi saint, au matin, le Seigneur, accompagné des apôtres, quitta Béthanie jîour rentrer à Jérusak m. Il n'avait pas rompu le jeûne avant de i)artir, et, en chemin, il éprouva une sensation do faim. Apercevant de loin un figuier couvert de feuilles, il s'en approcha pour voir, dit saint Marc, s'il y trouverait quelque fruit. Mais il n'y trouva que des feuilles. Aussi bien, note lévangéliste, n'était-ce pas encore la saison des figues. Elles ne mûrissent en Judée qu'entre juin et août, et l'on était seulement à la fin de mars ou au commencement d'avril. Cependant, le Seigneur paraît surpris ; et s'adressant au figuier : « Que personne désormais, dit-il, ne mange jamais de ton fruit ! » Et l'arbre, frappé dans ses parties vives, commença aussitôt à se dessécher. Mais les apôtres ne remarquèrent que le lendemain les effets de la malédiction divine.
Le désaccord même entre la saison et l'exigence du Seigneur montre bien que nous avons affaire à un acte symbolique et qui dépasse, par sa signification secrète, ses proj^res apparences. Lorsque, dans une prophétie, nous rencontrons une splendeur d'expression qui déborde son premier et immédiat accomplissement, cette disproportion nous invite à rapporter la prophétie à une réalisation ultérieure plus étendue ; de même aussi, lorsque nous découvrons dans l'attitude ou l'acte d'un prophète, d'un envoj'é de Dieu, un élément étrange, un désaccord, Une sorte d'antinomie, nous devons rechercher, sous Técorce du fait matériel, la signification cachée. Pourquoi le Seigneur s'en vient-il demander à un figuier, hors de saison, ce que le figuier ne saurait lui offrir? Pourquoi cette malédiction portée contre un arbre qui n'a fait que son devoir? D'autant que, dans tout l'évangile, c'est le seul miracle de destruction accompli par le Seigneur ; car les pourceaux des Géraséniens n'ont été perdus que par le caprice de la légion diabolique. Nous avons donc ici une parabole en action.
Le figuier n'est autre que la Synagogue, couverte de feuilles, de témoignages religieux extérieurs, mais dénuée de tout fruit. Dans un arbre fruitier, les feuilles soiit destinées à garantir le fruit : il y avait mensonge, pour la S5aiagogue, à se revêtir de feuilles et à tromper ainsi le vouloir de DieU. La pensée des
apôtres était préparée à accueillir le sens de cette parabole ; déjà (Le, XIII, 6-9), ils avaient entendu la parabole du figuier planté dans une vigne, rebelle à tous les soins, et menacé de destruction par le maître. Le vigneron avait sollicité une nouvelle année de répit. Mais, à la veille de la Passion, tout espoir semble perdu : Jam non amplius in aeternum ex te fructum quisquam manducet.
Mt., XXI. — ^^... Et ejiciehat omnes vendentes et émeutes in iemplo, et mensas numulariorum et cathedras vendentiuni columbas evertit ; ^^ et dicit eis : Scriptum est : Domus mea domus orationis vocabitur ; vos autem fecistis illani speluncam latronum.
Me, XI. — 15 Et veniunt Jerosolymam. Et cum introisset in templum, coepit ejicere vendentes et ententes in templo ; et mensas numulariorum et cathedras vendentium columbas evertit. ^^ Et non sinebat ut quisquam transferret vas per templum ; i' et docebat, dicens eis : Nonne scriptum est : Quia domus mea domus orationis vocabitur omnibus gentibus ? Vos autem fecistis eam speluncam latronum.
Le, XIX. — ^5 Et ingressus in templum, coepit ejicere vendentes in illo, et etnentes, ^^ dicens illis : Scriptum est : Quia domus mea domus orationis est. Vos autem fecistis illam speluncam latronum.
Arrivé à Jérusalem, le Seigneur vient au temple, comme la veille. Dans la cour des gentils, étaient installés les vendeurs d'animaux, d'encens, d'huile, de tout ce qui constituait la matière des sacrifices. Les acheteurs se pressaient en grand nombre, à cause de la solennité prochaine. Il y avait aussi des changeurs ; car, nous le savons, les Juifs devaient payer pour l'entretien du temple la contribution personnelle d'un demi-sicle, non point en monnaie romaine ou grecque, mais en monnaie du sanctuaire. Comme au début de son ministère (Jo., ii, 13-17), le Seigneur s'indigna d'une telle coutume, protesta contre tous les gains illicites réalisés dans la maison de Dieu, et se mit en devoir d'expulser la foule bruyante des négociants et des usuriers. Il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes. Même, saint Marc ajoute qu'il s'opposait à ce qu'on transportât un meuble quelconque, un objet profane, à travers
JÉSUS EXPULSE LES MARCHANDS DU TEMPLB 6i9
le temple, pour aller au plus court et épargner ainsi le temps et l'effort. Les interdictions du Seigneur étaient accompagnées, dit encore saint Marc, d'un enseignement : et docehat. Il disait à tous ces gens peu scrupuleux : « N'est-il pas écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière, pour toutes les nations? Mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs! » (Is., Lvr, 7; Jer., VII, 11.)
Me, XI, — ^^ Quo audito, principes sacerdotum et scrihae quaerebant quomodo eum perderent ; timebant enim eum, quoniam universa iurba admirabatur super doctrina ejus. ^^ Et eum vespera facta esset, egrediebatur de civitate.
Le, XIX. — ^' Et erat docens quotidie in templo. Principes autem sacerdotum, et scribae, et principes plebis quaerebant illum perdere ; *^ et non inveniebant quid facerent illi. Omnis enim populus suspensus erat, audiens illum.
La prédication du Seigneur, dans le temple, était quotidienne. Cependant, ce jour-là, nulle discussion ne s'engagea, semble-t-il, au sujet de l'acte d'autorité accompli par Jésus. Princes des prêtres, scribes, personnages considérables de la cité, tous ceux qui avaient déjà résolu de se défaire du Seigneur, demeuraient perplexes sur les mesures à ^Drendre. Ils redoutaient sa popularité, car la foule tout entière se pressait autour de lui, charmée de sa doctrine. Le lundi fut donc paisible. Et, le soir venu, Jésus sortit de la ville, avec les Douze, pour se rendre probablement à Béthanie.
Mt., XXI. — 20 ^^ videntes discipuU mirati sunt, dicentes : Quomodo continuo aruit ? ^^ Respondens autem Jésus, ait eis : Amen dico vobis, si habueritis fidem, et non haesitaveritis, non solum de ficulnea facietis, sed et si monti huic dixeritis : T(AIe, et jacta te in mare, fiet. ^^ Et omnia quaecumque petieritis in oratione credentes, accipietis.
Me, XI. — 20 ^i ç^^^ mane transirent, viderunt -ficuni aridam joctam a radicibus. ^^ Et recordatus Petrus, di it ei : Rabbi, ecce
iicus cui maledixisii aruit. — Et respondens Jésus, ait illis- : Habete fîdem Dei. ^^ Amen dico vobis quia quicumque dixerii liuic monti : Tollere et mittere in mare, et non haesitaverit in corde suo, sed crediderit quia quodcumque dixerit fiât, fiet ei. 2* Propierea dico vobis : omnia quaecumque orantes petitis, crédite quia accipielis, et eroenient vobis. -^ Et cum stabitis ad orandum, dimittite, si quid habetis adversus aliquem, ut et Pater vester qui in caelis est dimittat vobis peccata vesira. ^^ Quod si vos non dimiseritis, nec Pater vester qui in caelis est dimittei vobis peccata vestra.
Le lendemain matin, tandis qu'ils revenaient à Jérusalem, par le même chemin, les disciples aperçurent le figuier, si touffu naguère et maintenant desséché jusqu'à la racine ; et ils s'étonnèrent que la malédiction eût été si promptement réalisée. Saint Pierre en fit la remarque au Seigneur : « Maître, voyez ; le figuier que vous avez maudit a séché sur Iheure ! » Et le Seigneur prend prétexte de l'admiration des siens pour ajouter une autre leçon à l'enseignement parabolique donné la veille. « Ayez, dit-il, la foi de Dieu, » c'est-à-dire foi en Dieu. Ce n'est i^as au seul Fils de Dieu qu'est réservé un tel pouvoir ; il appartiendra à tous ceux qui, appuyés sur Dieu, unis à Dieu, s'adresseront à lui avec confiance. On était près de la montagne des Oliviers : « En vérité, dit le Seigneur, si vous avez de la foi, ce n'est pas seulement à un figuier que vous parlerez avec autorité et succès ; mais à cette montagne même vous direz de s'arracher de sa base et d'aller se jeter dans la mer. Mais il faut n'hésiter point dans son cœur et croire que la chose se fera comme on l'a demandé. » (Mt., xviii, 19; Le, XVII, 6.)
Le Seigneur poursuit : « C'est pourquoi, je vous le dis : tout ce que sollicitera votre prière, croyez, ayez foi que vous l'obtiendrez, et vous serez exaucés » (Mt., vu, 7 ; xviii, 19). Est-il besoin de rappeler que ce pouvoir miraculeux n'est pas, dans la pensée du Seigneur, le pouvoir de l'indiscrétion ou de l'arbitraire ; la vigueur qu'il suppose étant puisée toute en Dieu, chacun comprend qu'elle ne peut être mise en œuvre que selon les intentions de Dieu et dans Un dessein surnaturel. On ne fait pas de miracles pour appuyer l'erreur, pour étonner des curieux, pour se faire valoir, ni même pour se tirer personnellement d'embarras : sur ce point encore, les disciples n'avaient qu'à imiter leur Maître.
Saint Marc ajoute une recommandation que nous ont conservée