L'Évangilf: de X.-S. J.-C
tôt la nouvelle de son arrivée parvient à Jérusalem ; et une foule de personnes, venues dans la ville à Toccasion de la Pâque, sortent au-devant de lui. Les deux cortèges vont se rencontrer, et une grande ovation se prépare. Le Seigneur, qui, jusqu'à ce moment, ne s'était jamais prêté, en Galilée, aux manifestations et à la reconnaissance populaire, condescend aujourd'hui, organise même ce triomphe du Messie qui va mourir.
En approchant de Bethphagé, un village situé sur les pentes orientales du mont des Oliviers, il envoie deux de ses disciples faire les préparatifs voulus par Dieu. « Allez, leur dit-il, au village qui est devant vous, — Bethphagé sans doute ; — aussitôt entrés, vous trouverez Un ânon (avec l'ânesse, note saint Matthieu), un ânon qui n'a encore été monté par personne ; détachezles et amenez-les-moi. Et si quelqu'un vous demande : Que faitesvous là? Pourquoi détachez-vous ces montures? vous répondrez : C'est parce que le Seigneur en a besoin ; mais il les renverra aussitôt (ou, selon la traduction commune : et on vous laissera faire). » Toutes choses se passèrent exactement comme le Seigneur l'avait dit. Notons le caractère vivant du récit et l'extrême précision de détails, surtout chez saint Marc. Les deux disciples s'en allèrent au hameau désigné, trouvèrent l'ânon attaché près d'une porte, au dehors, sur la rue, et se mirent en devoir de le délier. Des gens qui se trouvaient là, — les propriétaires, précise saint Luc, — leur dirent : « Que faites-vous? pourquoi détachez- vous l'ânon? » Ils répondirent simplement, selon leurs instructions : « Parce que le Seigneur en a besoin » ; et on les laissa faire. Et, lorsqu'ils furent revenus près de leur Maître, les disciples disposèrent leurs manteaux sur les deux animaux ; et le Seigneur a5''ant choisi l'ânon comme monture, ils l'aidèrent à s'y installer.
Or toutes ces choses s'accomplissaient, ne manque pas de remarquer saint Matthieu, afin que fût réalisée la parole prophétique : « Dites à la fille de Sion, c'est-à-dire à Jérusalem (Is., LXii, 11) : Voici qvie votre roi vient à vous, plein de douceur' monté sur un âne, sur le petit de celle qtii porte le joug » (Zach., IX, 9). Saint Jean a relevé, lui aussi, l'accomplissement de cette prophétie messianique. Mais il ajoute que les disciples n'en eurent pas conscience à l'heure même : plus tard seulement, après la glorification du Seigneur et après avoir reçu l'intelligence des Écritures, ils se souvinrent de la prophétie, comprirent qu'elle regardait ce triomphe pacifique de Jésus, et observèrent avec
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joie qu'ils avaient contribué, à leur insu, à en réaliser la teneur.
Lentement, le Seigneur s'avançait vers la ville sainte. Beaucoup se dépouillaient de leurs manteaux et les étendaient sur le chemin. Nous savons, jjar le récit de ce qui se fit à l'intronisation de Jéhu (IV Reg., ix, 13), que jeter ses vêtements sous les pieds d'un homme, c'était le reconnaître comme roi et seigneur. D'autres arrachent aux arbres leurs rameaux, vont couper de la verdure dans les champs voisins, et en jonchent le parcours, afin de préparer au Seigneur un chemin qui fût bien à lui et qui n'eût été foulé par personne. Devant le Seigneur et derrière lui marche une foule mêlée de Galiléens et de Juifs, portant en main, dit saint Jean, « les branches des palmiers », c'està-dire les tiges cueillies çà et là en cours de route (cf. I Mach., XIII, 51 ; II Mach., x, 7). Saint Luc a noté l'endroit précis où retentirent les acclamations enthousiastes de la foule : on descendait la pente du mont des Oliviers. Tous, mais ceux-là surtout qui avaient contemplé les nombreux miracles du Seigneur, et notamment, dit saint Jean, la résurrection de Lazare, glorifiaient Dieu à haute voix : « Hosanna ! Hosanna au Fils de David, au roi d'Israël ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit l'avènement du royaume de David notre père ! Hosanna au plus haut des cieux ! » Et l'on entendit même, selon saint Luc, un écho du chant angélique qui avait retenti autrefois sur le berceau du Sauveur : « Paix dans le ciel, et gloire au plus haut des cieux ! »
Hosanna n'est pas simplement une interjection, c'est encore une prière : « Sauvez-nous ! » C'est un appel à Dieu pour qu'il protège et sauve la nation : ici, pour qu'il donne longue vie et règne au Messie. Pendant la fête des Tabernacles, les Juifs répétaient sans fin l'Hosanna en agitant des palmes, tandis que les anneaux de la procession liturgique se déroulaient autour de l'autel des holocaustes. Le Psaume cxvii, auquel est emprunté le Benedictiis qui venit in nomine Domini, était, lui aussi, un chant de procession triomphale ; il avait sa place dans la liturgie des Tabernacles et les Juifs le regardaient comme messianique. Selon leur foi traditionnelle, le règne du Messie devait être la consécration du régime théocratique ; or voici que le nouveau roi se présente au nom et avec l'autorité de Dieu, et pour accomplir son œuvre. Le voilà donc revenu, le règne de David, avec les gloires d'autrefois ! Que le chant de l'Hosanna retentisse jusqu'au plus haut des cieux !
64 i SIXIEME PARTIE. — CHAPITRE 1
Il était difficile de proclamer d'une façon plus exacte et plus complète les titres messianiques de JésUs de Nazareth ; l'enthousiasme populaire était à son comble. Or on ne résiste j^as à Un torrent déchaîné. Aussi les pharisiens se rongeaient-ils de dépit et se disaient-ils entre eUx : « Vous voyez bien que nous n'avançons i^as, que nous n'aboutissons à rien ! Voyez : c'est le monde tout entier qui s'est mis à sa suite. » Il ne leur restait, provisoirement du moins, qu'une ressource : s'adresser au Seigneur luimême et requérir son intervention contre des acclamations qu'ils regardaient comme exagérées, séditieuses, même blas^^hématoires. Saint Luc nous apprend que certains pharisiens, mêlés à la foule, viennent dire au Seigneur : « Maître, faites taire vos disciples ! » Mais le Seigneur se récuse et laisse faire. Il se borne à remarquer qUe personne n'y peut rien ; c'est un mouvement qui emporte tout ; « Je vous le déclare, dit-il, s'ils se taisent, ce sont les pierres qui crieront. » (Cf. Hab., ii, 11.)
Le, XIX. ■ — ^^ Et ut appropinquavit, videns civitatem flevit super illam, dicens .• *- Quia si cognovisses et tu, et quidem in hac die tua, quae ad pacem tihi! nunc autem abscondita sunt ah oculis tuis. ^^ Quia venient dies in te, et circumdabunt te inimici tui vallo, et circumdabunt te, et coangustabunt te undique, *^ et ad terram prosternent te, et filios tuos qui in te sunt, et non relinquent in te lapident super lapidem, eo quod non cognoveris tenipus visitationis tuae.
Comme le cortège approchait de Jérusalem, et tandis que les cris de triomphe retentissaient encore de toutes jjarts, le Seigneur arrêta son regard sur la grande cité, sur la masse du temple, et une tristesse infinie envahit son âme. Il songea à l'autre cortège qui, dans quelques jours, se formerait dans cette même enceinte ; il songea aux représailles de la justice divine. Il pleura sur sa patrie ; le texte original semble même indiquer autre chose que des larmes silencieuses : de vrais sanglots ; et les paroles qui suivent ont, en effet, un accent comme brisé, où se trahit la violence de rémotion. N'oublions jamais combien le Seigneur appartient à notre humanité. Il aimait Jérusalem comme Juif, comme Fils de l'homme, comme Fils de Dieu. Jérusalem était le cœur d'Israël et de tout le monde religieux, la ville que Dieu s'était