L'ÉVANGILE DE N.-S. J.-C
maie et égoïste pour appartenir à celle de l'esprit, sortir enfin de la vie présente pour aller à Dieu. Egredere! Celui qui tient à la vie inférieure ne possédera jamais l'autre. « Qui aime sa vie la perdra, et qui hait sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle » (Mt., X, 39 ; Le, XIV, 26 ; xvii, 33). Il ne s'agit pas pour nous simplement de dire des lèvres : « Seigneur, Seigneur ! » mais bien de servir le Seigneur. Nous avons, avec lui et sous sa direction, une œuvre à accomplir, et la vie ne nous est donnée que pour être consacrée à cette œuvre. « Si quelqu'un travaille avec moi, il doit me suivre ; et là où je suis, là il sera avec moi. Lorsqu'il aura travaillé avec moi, il sera honoré de mon Père. » Une même œuvre ; une même condition : la souffrance ; une même récompense : l'entrée dans la gloire et la joie du Fils.
Cependant, à la veille de l'agonie, à la vue de la grande douleur préparée à tous ceux qui l'aimeront et le suivront sur sa route sanglante, le cœur très tendre de Jésus tressaille d'une émotion soudaine. On dirait qu'il frémit devant la vocation qui est la sienne, devant la vocation de sa Mère, de ses saints, de ses mai> tyrs. Maintenant mon âme est troublée; et que dirai-je? se demande-t-il à lui-même. Solliciterai-je de mon Père de m'épargner, de me faire échapper à cette heure? Mais c'est pour cela, c'est pour souffrir, que je suis venu jusqu'à l'heure présente... Je ne puis démentir ma mission ; je ne puis me dérober à mon Père qui me l'a confiée. Mon Père ! glorifiez votre nom de Père, car c'est l'œuvre de votre gloire qui se poursuit. Lorsqu'elle s'accomplit, on voit en elle que vous êtes vraiment Père, puisque tous les hommes deviennent vos enfants. Pater, clarifica nomen tuum. Glorifiez celui qui est votre nom substantiel, la manifestation intérieure et la révélation extérieure de votre être et de votre splendeur. — Et c'est ainsi que l'émotion qui, un mstant, s'est élevée dans le cœur du Seigneur, à l'aurore du combat suprême, s'achève dans un élan de soumission filiale et de dévouement. Une réponse lui vient aussitôt du ciel. Celui qui s'est manifesté au Baptême et à la Transfiguration, en assurant que Jésus est son Fils bien -aimé en qui il prend toute sa joie, de nouveau affirme sa complaisance : (. Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. » La prière du chapitre xvii nous aidera à comprendre comment le Père a glorifié et glorifiera son nom et son Fils. Dans cette perspective, aucune souffrance ne compte plus pour Notre- Seigncur Jésus-Christ (Hebr., xii, 2).
f'RItRE DE JÉSL S ET RÉPONSE D'J PiiRE 723
Lorsqu'elle entendit la voix du ciel, la foule, surprise, crut à Un eoup de tonnerre. Quelques-uns disaient : « C'est un ange qui lui a parlé. » Mais le Seigneur, ici comme au jour de la résurrection de Lazare (xi, 42), témoigne qUe nulle garantie nouxelle n'est nécessaire pour lui. « Ce n'est pas à cause de moi, dit-il, qUe cettt voix a retenti, mais à cause de vous. » Il poursuit, jusqu'au dernier instant, son effort généreux ; et, afin de grouper autour de lui les âmes de bonne foi, afin de détenniner celles qui hésitent encore, il leur révèle la solennité de l'heure présente. Maintenant l'heure critique du monde, celle de son jugement, est venue. C'est le moment du grand conflit entre moi et celui qui, par le péché, est entré dans le monde, en est devenu le roi et le dieu. Et le résultat de cette rencontre décisive, c'est qu'il sera chassé dehors, expulsé peu à peu; tandis que moi, dit le Seigneur, dès que j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi ; regnavit a ligno Deus. La révolution sera complète. Et l'arme de la victoire divine, dans ce grand duel avec le prince du monde, c'est la souffrance, c'est la croix.
Alors même que la foule n'eût pas saisi l'allusion précise au crucifiement, le Seigneur en avait dit assez pour qu'elle comprît qu'il s'agissait pour lui de quitter cette vie : être élevé, être enlevé de terre pouvait-il signifier autre chose que la mort? De là, un problème pour la foule. A côté des ennemis se trouvaient des âmes loyales qui s'efforçaient de concilier les j^aroles de Jésus avec les assertions de l'Ecriture. « La Loi nous a appris, disentelles, que le Christ demeure éternellement : comment donc pouvezvous dire, vous, que le Fils de l'homme doit être élevé? Quel est ce Fils de l'homme? > L'Écriture avait annoncé que l'empire du Messie s'étendrait partout et que son règne n'aurait pas de fin (Is., IX, 7); qu'il serait prêtre pour l'éternité (Ps. cix). Comment Jésus, voué à la mort, serait-il le Messie promis ?
Le Seigneur ne juge pas opportun de résoudre cette difficulté, peut-être à raison des dispositions du grand nombre. Sa pensée se poursuit, plus intéressante que la réponse sollicitée ; il se borne a une invitation suprême et à une mise en demeure. Pour un peu de temps encore, la lumière est avec vous. Hàtez-'s'ous. Usez de la lumière, pendant qu'elle vous éclaire encore ; laissez guider votre marche par elle, de peur que l'obscurité ne vous surprenne. Car dans les ténèbres nul ne sait où il va. Tandis que vous avez la lumière, croyez à la lumière, afin de devenir des fils de lumière.
(Cf. Jo,, VIII, 12; IX, 5; xi, 9-10.) La^Taie lumière a ses disciples, qu'elle transforme en les guidant. — Cela dit, le S>;igneur se retire et se dérobe à la foule.
Je, XII. — ^' Cum aiitem tanta signa fecisset coram eis, non credehant in eum, ^^ ut sermo Isaiae prophetae impleretur, qxiern dixit : Domine, quis credidit auditui nostro? et hrachium Domini cui revelatum est? ^^ Propterea non poterant credere, quia iterum dixit Isaias : ^^ Excaecavit oculos eoriim, et induravit cor eorum, ut non videant oculis, et non intelliga7it corde, et convertantur, et sanem eos. *^ Haec dixit Isaias, qiiando vidit gloriam ejus, et locutus est de eo. ^^ Vennntamen et ex principihus multi crediderunt in euvi ; sed propter pharisaeos non confitebantur, ut e synagoga non ejicerentur. ^^ Dilexerunt enim gloriam hominum ma gis quam gloriam Dei. ^^ Jesu3 autem clamavit, et dixit : Qui crédit in me, non crédit in me, sed in eum qui tnisit me. ^^ Et qui vidst me, videt eum qui misit me. ^^ Ego lux in mundum veni, ut omnis qui crédit in me in tenebris non maneat. ^' Et si quis audierit verba mea, et non custodierit, ego non judico eum ; non enim veni ut judicem mundum, sed ut salvificem mundum. ^^ Qui spernit me, et non accipit verba mea, habet qui judicet eum. Sermo quem locutus sum, ille judicabit eum in novissimo die. *^ Quia ego ex meipso non sum locutus, sed qui misit mePater, ipse mihi mandatum dédit quid dicam, et quid loquar. 5° Et scio quia mandatum ejus vita aeterna est. Quae ergo ego loquor, sicut dixit mihi Pater, sic loquor.
Le texte que nous venons de lire est en quelque sorte la conclusion de l'évangile de saint Jean, dont le dessein est de démontrer que Dieu n'a jamais manqué à son peuple et qu'il s'est pleinement révélé à Jérusalem. L'évangéliste d'abord (37-J-3), puis le Seigneur lui-même (44-50) prononcent sur la Synagogue et son incrédulité : l'évangéliste pour déterminer la cause de ce manque de foi, le Seigneur pour en marquer le châtiment final.
Les miracles avaient été nombreux, éclatants, incontestables. Et pourtant, les Juifs ne croyaient pas en Jésus. Leur incroyance tenace réalisait la prophétie d'Isaïe : « Seigneur, qui a cru à notre prédication? Et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été révélé (lui, 1)? » Les apôtres s'approprient ces paroles pour dénoncer à Dieu le peu d'intérêt que le peuple juif, en son ensemble, a témoigné