DES GENTILS VEULENT VOIR JÉSUS
Les Mages se sont présentés, à la naissance du Seigneur, alors que Jérusalem était inattentive : les gentils viennent, a\ant sa mort, alors (pie Jérusalem est devenue hostile. On peut supposer qu'ils étaient prosélytes, et qu'Un sentiment religieux, non la simple curiosité, les amenait aux fêtes pascales, avec les autres pèlerins. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui dirent : « Seigneur, nous voulons voir Jésus. » Comment connaissaient-ils cet apôtre? Le rappel de sa ville natale a-t-il pour dessein d'expliquer pourquoi, de préférence, ils s'adressèrent à lui? Nous ne le savons pas. Du moins, la démarche de ces gentils est digne d'éloges. Mais Philipjîe est prudent : il en parle d'abord à André, et tous deux vont avertir le Sauveur. Nous n'avons pas de trace d'un entretien pri\é du Seigneur avec ces gentils ; mais il est permis de croire qu'ils accompagnèrent André et Philippe portant leur message, et qu'ils recueillirent avec eux les paroles de Jésus.
Elles constituent son dernier enseignement public. Demain soir, la Passion commencera. Le Seigneur le sait. Il comprend bien ce que signifie la démarche des prosélytes ; et, à la vue de la gentilité et de ses prémices, il parle comme autrefois il parlait à la Samaritaine, lorsqu'il voyait blanchir les blés pour la moisson ; la pensée de l'Église lui est présente ; il parle comme il le fera en sa prière suprême (Jo., xvii). La gloire du Fils de l'homme est toute dans cette humanité nouvelle qui va s'attacher à lui. N'est-ce pas l'honneur vraiment unique et incommunicable du second Adam, du Roi pacifique, d'avoir créé autour de lui l'unité de pensée, l'unité de vouloir, l'unité de dilection, là où les hommes n'avaient songé qu'à l'unité de la conquête et de la violence?
Avec la même clarté, le Seigneur pressent la rançon de cette gloire et la condition qui la lui méritera. Fidèle au procédé détourné que nous avons souvent reconnu, il symbolise, dans un fait de nature, la loi divme de la glorification. Elle est exposée avec solennité : « En vérité, en vérité, je vous le dis : si le gram de froment jeté en terre ne meurt pas, il reste solitaire; mais s'il meurt, il produit des fruits nombreux. » Cette loi s'applique au Christ (Is., LUI, 10) ; elle s'applique à chacun des membres du Christ. Pour acquérir une vie supérieure, il faut mourir et échapper à la vie chétive qui a précédé : sortir du péché pour aller à la grâce, sortir des sens pour aller à l'intelligence, sortir de la vie ani-