‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 29 sur 340 · BAPTÊME DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

BAPTÊME DU SEIGNEUR

l'Esprit de Dieu, en descend dun vol rapide. Elle repose à jamais sur le Seigneur. Après le baptême de Jean, c'est celui de l'Esprit, et le Seigneur plongé tout entier dans ses eaux vives. Encore faut-il noter que cette thcophanie ne fait que manifester d'une façon sensible un état qui existe chez le Seigneur depuis le premier instant de son Incarnation.

Selon saint Mattliieu et saint Marc, la colombe fut aperçue du Seigneur ; saint Jean la vit lui aussi, nous le savons par le quatrième évangile (i, 32-34) ; elle était même pour lui le signe providentiel, l'indice du vrai caractère du Messie et de son rôle. Nous n'oserions ni affirmer, ni nier que les Juifs aient eu la même vision. Peut-être entendirent-ils la voix du Père, accréditant son Fils auprès dts hommes ; peut-être le signe de la voix était-il surtout pour le peuple. Car, afin qu"il ne manquât personne, une voix laissa tomber du ciel cntr'ouvcrt ces mots, que nous entendrons encore le jour de la Transfiguration : « Celui-ci est mon Fils, l'aimé, en qui je me complais. » Saint Marc et saint Luc ont le discours direct : Vous êtes mon Fils. Vous êtes l'aimé, en vous je me repose avec joie ; toute ma tendresse, tout mon plaisir sont en vous. — Mais ceci non j^lus n'est point une inauguration, c'est la manifestation d'une condition éternelle : Tecum principium, in die virtutis tuae, in splendoribus sanctorum, ex utero ante luciferum ge?im te. La Sainte Trinité glorifie le Verbe Incarné dans la proportion où il vient de s'abaisser ; elle autorise i^ar ce prodige l'œuvre qu'il va commencer bientôt : tous ceux qui se mettront en rapport avec le Christ rencontreront Dieu tout entier. Il serait étrange que nous ne consentions pas à aimer uniquement celui que le Père aime uniquement.

Saint Luc ajoute que « ce Jésus », celui qui venait d'être marqué par un tel miracle, commençait son ministère, âgé d'environ trente ans. « Il était, à ce que l'on croyait, fils de Joseph. » C'est ici que Tévangéliste donne sa généalogie du Seigneur : nous l'avons expliquée déjà. Il est sûr que les Juifs ne comprirent pas alors toute la portée du témoignage de l'Esprit et de c. lui du Père.

Mt., IV. — 1 Tune Jésus ductus est in desertum a Spiritu, ut tentaretur a diabolo. ^ Et cum jejunasset quadraginta diebu^ et quadraginta noctibus, postea esuriit. ^ Et accède ns tentator, dixit ei :

Si Filius Dei es, die ut lajndes isti pa7ies fiant, * Qui respondens dixit : Seriptum est : Non in solo pane vivit home, sed in omni verho quod procedit de ore Dei. ^ Tune assumpsit euin diabolus in sanctam civitatem, et statuit eum super pinnaculum templi; ^ et dixit ei : Si Filius Dei es, niitte te deorsum. Seriptum est enim : Quia angelis suis maiidavit de te, et in manibus tollent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. "^ Ait illi Jésus : Rursum seriptum est : Non tentabis Dominum Deum tuum. ^ Iterum assumpsit eum diabolus in montem excelsum valde ; et ostendit ei omnia régna mundi, et gloriam eorum ; ^ et dixit ei : Haec omnia tibi dabo, si cadens adoraveris me. ^^ Tune dicit ei Jésus : Vade, Satana ; seriptum est enim : Dominum Deum tuum adorabis, et illi soli servies. ^^ Tune reliquit eum diabolus ; et ecce angeli accesseru7it, et ministrabant ei.

Me, I. — ^2 jî^i statim Spiritus expulit eum in deseHum. ^^ Et erat in deserto quadraginta diebus et quadraginta noctibus, et teniabatur a Satana ; eratque eum bestiis, et angeli ministrabant

Le, IV. — 1 Jésus autem, plenus Spiriiu gancto, regressus est a Jordane, et agebatur a Spiritu in desertum ^ diebus quadraginta' et teniabatur a diabolo. Et nihil manducavit in diebus illis; et consummatis illis, esuriit. ^ Dixit autem illi diabolus : Si Filius Dei es, die lapidi huic ut panis fiât. * Et respondit ad illuvi Jésus : Seriptum est : Quia no7i in solo pane vivit homo, sed in omni verbo Dei. ^ Et duxit illum diabolus in montem excelsum, et ostendit illi omnia régna orbis terrae in momento temporis, ^ et ait illi : Tibi dabo potestatem liane universam et gloriam illorum, quia niihi tradita sunt, et cui volo do illa. "^ Tu ergo si adoraveris coram me, erunt tua omnia. ® Et respondens Jésus, dixit illi : Seriptum est : Dominum Deum tuum adorabis, et illi soli servies. ^ Et duxit illum in Jérusalem, et statuit eum super pinnam templi, et dixit illi : Si Filius Dei es, mitte te hinc deorsum. '^^ Seriptum est enim quod angelis suis mandavit de te, ut conservent te ; ^^ et quia in manibus tollent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. *? Et respondens Jésus, ait illi : Dictum est : Non tentabis Dominum Deum tuum. ^^ Et consummata omni ientatione, diabolus recessit ab illo usque ad tempus.

LA TENTATION 9a

Sous l'influence et l'impulsion, dit saint Marc, de l'Esprit dont il était rempli et qui le gouvernait, le Seigneur ne s'éloigne du Jourdain que pour entrer aussitôt dans le désert et y être tenté. C'est le second stade de sa jîréisaration intérieure et personnelle. Mais ici encore l'intention profonde du Seigneur se trahit : il y a au cœur du Messie, redisons-le, de l'empressement et une joie secrète, naturelle chez le Arai Médiateur, à se confondre avec nous, à montrer ostensiblement qu'il est nôtre, à prendre sur lui tout ce qu'il peut épouser, sans détriment pour son office même et sans indignité, des conditions de la nature humaine qu'il s'est unie et qu'il vient sauver. Celui qui n'a pas été éprouvé, dit rÉcriture, que sait-il? Il ne connaît pas sa faiblesse, il ne sait pas non plus où il doit puiser sa force. Le Seigneur n'avait rien à apprendre de la tentation : mais il avait à enseigne etr à nous fournir un encouragement. L'athlète divin, après avoir été oint de l'Esprit-Saint, vient au désert comme dans un champ clos où il se mesurera avec l'Esprit mauvais : mais nous remarquerons qu'il repousse ses assauts comme le ferait un homme. C'est la répétition et la revanche de ce qui s'est passé au Paradis terrestre ; cette fois, une défaite est infligée au tentateur par l'Adam nouveau. Comme tant d'autres épisodes, celui-ci n'a pu être connu que par une confidence du Seigneur à ses disciples.

La scène se passe dans le désert de Judée, soit aux environs de Jéricho, soit plus au nord ; seuk*, l'histoire de Moïse et d'Élie a fait songer quelquefois au désert du Sinaï. Pendant quarante jours et quarante nuits, Jésus mène la rie anachorétique parfaite. Rien n'y manque : les bêtes sauvages en sont, les Anges aussi. Et saint Luc nous dit que le Seigneur ne prit aucune nourriture durant tout ce temps-là. Le même évangéliste et le très bref récit de saint Marc permettent de supposer que bien des assauts diaboliques lui furent li\Tés au cours même des quarante jours. Mais c'est quand cette période touchait à sa fin que vint la tentation racontée. Le Seigneur était épuisé par im jeûne rigoureux ; la \ie du corps réclamait imioérieusement. L'heure était propice pour le diable : il est lâche de nature, et il exploite habituellement contre nous la faiblesse ou l'infirmité. C'est par la sensibilité qu'il commence II approche, sans doute avec forme visible, comme pour Adam, et renouvelle le stratagème du Paradis terrestre : « Pourquoi Dieu vous a-t-il interdit

de manger des fruits du Paradis? » avait-il dit à Eve ; et au Seigneur : « Si vous êtes le Fils de Dieu, dites donc que ces pierres deviennent des pains ! » Il semble que le diable ait pris acte de la parole prononcée par Dieu au baptême ; il est intrigué par une assurance de filiation si solennelle ; il ne sait pas bien encore à qui il a affaire. Son dessein est de faire douter de Dieu, de déterminer Jésus à donner sa mesure : « Il dit que vous êtes son Fils, et il vous oublie ! Mais si vous êtes le Fils de Dieu, pourquoi vous priver? Vous avez sans doute un procédé pour vous tirer d'embarras... »

La réiDonse du Seigneur est d'une prudence infinie ; il élude, il échai^pe. Il ne donne rien à l'irritation qu'espérait provoquer chez lui le doute ironique du tentateur ; il ne £e i^roclame ni Messie, ni Fils de Dieu. D'autre part, il ne fait point servir son pouvoir miraculeux à une satisfaction personnelle, même trop légitime. Encore une fois, c'est comme homme qu'il veut repousser le tentateur : « Non in solo pane vivit homo ; ce n'est jDas moi seulement, mais tout homme, que Dieu peut nourrir soit avec du pain, soit à l'aide d'une parole sortie de sa bouche créatrice » (Deut., VIII, 3). Au lieu de demander de la viande et des cailles, comme les Juifs dans le désert ; au lieu de céder, alors qu'il a faim, comme Adam céda autrefois, sans faim, par concupiscence et par ambition, Jésus s'en rapjDorte à Dieu. Celui qui a donné la manne aux Juifs peut comme autrefois nourrir l'homme non pas avec du pain seulement, mais par une disposition souveraine de sa Providence. Le Seigneur est donc aux mains de son Père ; les moj'^ens extraordinaires ne comptent pas pour lui. Sa réponse est toute de foi, toute de confiance.

Un temps s'écoule. Le Seigneur, qui avait permis à Satan d'affliger Job dans son corps, lui donne congé de le transporter lui-même dans la ville sainte, à Jérusalem, et de le placer au faîte du temple, peut-être à l'endroit du portique d'Hérode, là où la masse du temple domine le torrent de Cédron. La seconde tentation a pour dessein perfide d'exagérer ce même sentiment de confiance par lequel le Seigneur a victorieusement repoussé le premier assaut. Le diable lui souffle une pensée, non de vaine gloire, — il n'y avait personne à les contempler, — mais de présomption. Et avec son ordinaire ténacité, comme pour piquer d'honneur celui à qui il s'adresse, il revient avec un accent de doute sur cette qualité de Fils de Dieu, au sujet de laquelle il

voudrait un témoignage concluant. Repoussé une première fois par l'Écriture, le tentateur, qui sait l'Écriture, s'efforce d'incliner le Seigneur en invoquant à son tour la même autorité. « Si vous êtes le Fils de Dieu, dit-il, jetez-vous donc en bas ! Il n'y a nul danger d'ailleurs : n'est-il pas écrit (au Psaume xc) qu'il a confié à ses anges le soin de vous garder, de vous porter dans leurs mains, de peur que votre pied ne heurte contre la pierre? ils vous éviteront toute meurtrissure. » De nouveau, le Seigneur se dérobe. Avec le même calme divin et la même mesure, il interprète ^•irtuellement, par une autre autorité, l'autorité scripturaire alléguée : « Sans doute, les anges vous préserveront : si \'Ous marchez, non si vous vous précipitez vous-même. La confiance doit être respectueuse ; nous n'avons pas à adresser à Dieu de mise en demeure impérative : vous ne mettrez point à l'épreuve la puissance du Seigneur votre Dieu » (Deut., vi, 16).

Un autre temps s'écoule. Il faut nous souvenir, en face de cette triple tentation, que le monde se résume dans la concupiscence de la chair, dans la concupiscence des yeux, dans la superbe de la vie (I Joan., ii, 16). Les réponses évasives du Seigneur semblent avoir rassuré. son ennemi : « Ce n'est qu'un homme ordinaire. Il n'a pas consenti à montrer la réalité de son pouvoir : se récuser ainsi n'est pas naturel, quand on a vraiment le moyen de répondre victorieusement. Continuons. » Alors Satan transporte de nouveau Jésus sur une très haute montagne ; et en un clin d'œil, en un instant de durée, in momento temporis, il fait apparaître à ses yeux tous les royaumes du monde, avec leur splendeur. Il est au pouvoir du diable de créer cette vue panoramique. « Tout cela m'a été livré, dit le prince du monde : je le donne à qui je veux. Tout cela est vôtre, à une seule condition : tomber à genoux devant moi et m'adorer. » La proposition ne manque point d'impudence et de maladresse ; mais le diable n'est pas toujours habile, et souvent il brusque là où il faudrait ruser. Il avait d'ailleurs été gâté par la triste humanité : tout lui réussissait, depuis l'heure où il avait dit : « Vous serez comme des dieux ! » Et puis, cette royauté universelle, le rêve de tous les grands ambitieux ! Tenir le monde entier dans sa main, l'animer de sa pensée, le remuer par sa volonté : quel destin ! Celui qui est le superbe n'estime pas que l'homme puisse demeurer indifférent en face d'une telle perspective. Enfin, la tentation n'est peut-être pas si grossière qu'elle le paraît de prime abord; 1. — L'Évangile de N.-S. J.-C.

98 DEUXIÈME l'ARTlE. — CHAPITRE I

il est possible que Jésus soit le Fils de Dieu, on espère qu'il se livrera enfin. Sans doute la question : Si Filius Dei es n'est plus posée explicitement ; il semble néanmoins que l'interrogation soit plus anxieuse que jamais. Qui sait si l'inquiétant jeûneur ne va pas répondre que tout est à, lui, à lui seul, dès Téternité? Il se redressera alors de toute sa taille contre l'usurpateur, et Satan sera fixé.

Mais le Seigneur demeure impénétrable. Il se borne, cette fois encore, à écarter la pointe et à exclure la condition mise par le diable à ses offres de service ; mention n'est même pas faite de l'enjeu. « Retire-toi, Satan, dit Jésus. Car il est écrit : C'est le Seigneur votre Dieu que vous adorerez et c'est lui seul que vous servirez. » Pour la troisième fois, c'est avec une parole de l'Écriture Sainte, emprimtée encore au Deutéronome (vi, 13), que le diable est confondu. Et après avoir épuisé toutes ses ressources de tentateur, consummata omni tentatione, il se retira d'auprès de Jésus, — pour un temps, ajoute saint Luc, et jusqu'à, opportunité nouvelle ; à l'heure de la Passion, tout l'enfer donnera un suprême assaut : Haec est liora vestra, et j)otestas tenebrarum (Le, xxii, 53). Venit princeps mundi hujus, et in me non hahet quidqnam (Jo., xiv, 30). Satan disparu, les bons anges s'empressent autour du Seigneur et l'aident à réparer ses forces.

Jo., I. — ^^ Et hoc est iestimonium Joannis, quando miserunt Judaei ah Jerosolymis sacerdotes et levitas ad eum, ut interro garent eum : Tu quis es? ^o j^^ confessus est, et non negavit ; et conjessus est : Quia non sum ego Christus. ^^ Et interro gaverunt eum : Quid ergo? Elias es tu? Et dixit : Non sum. Propheta es tu? Et respondii : Non. 22 Dixerunt ergo ei : Quis es, ut responsum demus his qui miserunt nos? Quid dicis de teipso'i ^^ Ait : Ego vox damantis in deserto : Dirigite viam Doniini, sicut dixit Isaias proplieta. ^^ Et qui missi juerant, erant ex pharisaeis. ^^ Et interro gaverunt eum, et dixerunt ei : Quid ergo baptizas, si tu non es Christus, neque Elias, neque propheta? ^^ Respondit eis Joannes, dicens : Ego baptizo in aqua ; médium autem vestrum stetit, quem vos nescitis. ^' Ipse est qui post me venturus est, qui ante me factus est ; cujus ego non sum dignus ut solvam ejus corrigiam calceamenti. ^^ Haec in Bethania facfn suni Irans Jordanem, ubi erat Joannes baptizans.

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