‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 28 sur 340 · BAPTÊME DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

BAPTÊME DU SEIGNEUR

est intimée à nouveau sous l'image du laboureur qui, dans l'aire, s'apprête à faire le départ du blé et de la paille. Il porte son van dans la main. Il va purifier son aire, le monde juif. Il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. C'est, en petit, l'œuvre de discernement qui doit s 'accomplir au dernier jour du monde ; Dieu en fera comme un essai aux jours de tribulation qui doivent clore la première économie surnaturelle : celle du judaïsme.

Résumons l'ensemble des caractéristiques du Messie : il vient, il est plus puissant que Jean, Jean n'est pas digne d'être son serviteur, il baptisera dans l'esijrit et dans le feu, il fera ime sélection parmi les hommes ; et toutes choses sont à lui : le van, Taire, le blé, la moisson. Dans la pensée et l'enseignement du Précurseur, il ne s'agit donc pas d'un Messie purement national et politique, mais du Juge souverain des dispositions les plus secrètes. Saint Luc ajoute que nous n'avons ici qu'un sommaire de la prédication de Jean : il adressait au peuple beaucoup d'autres exhortations, en lui annonçant la bonne nouvelle. Puis, par un procédé de composition que nous avons rencontré déjà chez cet évangéliste, saint Luc, qui veut prendre congé de saint Jean-Baptiste, anticipe sur les événements et rappelle que la franchise du Précurseur lui valut d'être emprisonné par Hérode : nous raconterons cet épisode à sa place historique.

Mt., III. — ^^ Tune venit Jésus a Galilaea in Jordanem ad Joannem, ut baptizaretur ah eo. ^* Joannes autem lyrohibebat eum, dicens : Ego a te debeo baptizari, et tu venis ad me ! ^^ Respondens autem Jésus, dixit ei : Sine modo ; sic enim decet nos implere omnem justitiam. Tune dimisit eum. ^^ Baptizatus autem Jésus, conjestim aseendit de aqua. Et ecce aperti sunt ei eaeli ; et vidit Spiritum Dei deseendentem sieut columbam, et venientem super se. ^' Et ecce vox de caelis, dicens : Hic est Filius meus dilectus, in qu^ mild complacui.

Me, I. — ^ Et factum est : in diebus illis venit Jésus a Nazareth Galilaeae, et baptizatus est a Joanne in Jordane. ^° Et statim ascendens de aqua vidit caelos apertos, et Spiritum tanquam columbam deseendentem et manentem in ipso. ^^ Et vox facta est de caelis : Tu es Filius ineus dilectus, in te complacui.

90 DEUXltiMK l'AKTll-. — CHAPITRE I

Le, III. — 21 Factum est autem, cum baptizareiw omnis populus, et Jesu baptizaio et orante, apeHum est caelum; ^^ et descendit Spiritus sanctus corporali specie sicut columha in ipsum; et vox de caelo facta est : Tu es Filius meu^ dilectus, in te cojnplacui mihi. 23 Et ipse Jésus erat incipiens quasi annorum triginta, ut putabaiur, filius Joseph.

De Nazareth en Galilée, où il demeurait avec sa Mère, Jésus descendit vers la rive du Jourdain et vers Jean, afin de recevoir de lui le baptême. Il y aA-ait foule autour de Jean, note saint Luc, lorsque parut le Seigneur. Mais une question se pose aussitôt : Comment le Fils de Dieu, qui est sans péché, va-t-il au-devant d'un rite qu'il ne peut recevoir sans donner de soi-même une fausse idée? Nous pourrions répondre seulement : Cela prouve que le Seigneur avait le tempérament de sa JNIère. Car la difficulté soulevée est une difficulté générale : la Circoncision est dans le même cas, et la Purification, et la souffrance, et la mort sur la croix. Rappelons-nous la doctrine de lépître aux Hébreux : Decehat enini eum, propter quem omnia et per quem omnia, qui multos filios in gloriam adduxerat, au^torem salutis eorum per passionem consummare. Qui enim sanctificat et qui sanctificantur, ex uno omnes... TJnde debuitper omnia fratrihus similari, ut misericors fieret et fidelis pontijex ad Deum (ii, 10 sq.). É%ddemment, le baptême de Jean n'était pas nécessaire au Seigneur pour effacer une faute en lui ; mais aussi, qui nous dit que le baptême du Précurseur dût avoir le même effet chez tous ceux, quels qu'ils fussent, qui le recevaient? Sans doute, toutes les exceptions à une loi qui suppose le péché étaient justifiées en faveur de Notre-Seigneur et de sa Mère ; mais s'ils avaient revendiqué les droits de leur innocence parfaite, n'eussent-ils pas paru diminuer leur condescendance, et peut-être fait douter de leur réelle fraternité avec nous? Lorsque le triomphateur romain montait au Capitole, dans la somptueuse beauté de l'honneur presque divin qui lui était déféré, un esclave, placé derrière son char, n'avait d'autre fonction que de lui dire : « César, souvenezvous que vous êtes homme ! » Il aurait pu l'oublier, au milieu de l'enivrement du triomphe. Il en va bien autrement de notre Sauveur. Il oublie volontairement, lui, qu'il est Dieu ; et c'est en vain que Jean lui rappellera, avec une sainte timidité, les privilèges de sa justice infinie : le Seigneur n'entend pas ; il s'in-

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cline tout entier devant sa mission de Rédempteur ; il semble écarter de lui, comme indigne de lui, toute distinction qui le mettrait à part de la chère humanité. Mais c'est dans cette démission absolue que Dieu trouve le sûr moyen d'exalter celui qui s'abaisse.

Le Seigneur descend donc dans le Jourdain. Et nous avons ici ■ une réplique fidèle de la scène de la Visitation, la reproduction symétrique, chez les deux fils, de ce qui s'est passé, trente ans plus tôt, chez les deux mères. Jean se récusait; il arrêtait le Seigneur et lui disait : « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par vous, et c'est vous qui venez à moi ! » Mais Jésus insiste ; il y a chez lui un dessein ferme, une volonté résolue : « Laissez faire maintenant, répond-il ; car c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice. » Alors, dit saint Matthieu, Jean se prête au vouloir du Seigneur. Nous comprenons un jjeu déjà, grâce aux explications fournies naguère, la réi^onse de Jésus, si complète et si pleine dans sa brièveté, qu'elle triomphe aussitôt de la réserve de Jean. Le Seigneur veut se confondre dans la foule humaine, il veut être et paraître de la même étoffe vivante que nous tous. Alors que chaque âme rehgieUse s'empresse de recevoir le baptême, comment s'en affrancliirait-il? Encore que la chose ne soit point jDOur lui de précepte, il suffit, pour qu'il s'y soumette, qu'elle soit juste, bonne et sainte. On pourrait dire aussi que le soin qu'il prend de ne pas s'affranchir des conditions communes dérobait au démon la réalité di^^ne : l'orgueil ne comprend rien à Thumilité.

Mais peut-être existe-t-il une autre explication encore. Rappelons-nous la condition commune de tous les sacrements : le ^Tai ministre de chacun d'eux est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce qu'il faisait au cours de sa vie, guérissant les corps et les âmes, il n'a pas cessé de l'accomplir en son Église. L'efficacité du rite sacramentel n'est obtenue que moyennant l'intention de faire ce que fait l'Église, ce que fait, par elle, son Époux. Or, ce n'est pas seulement dans les sacrements de la loi de grâce que l'action du Seigneur Jésus, du Sauveilr universel, se traduit ainsi. Comme le Seigneur s'est préexisté, comme l'Agneau, selon la parole de l'Apocalxq^se (xiii, 8), a été immolé dès l'origine du monde, la grâce de la loi de nature, la grâce de la loi mosaïque venaient de lui. Nul n'est sauvé, nul n'est agréable à Dieu que par lui. Dans l'ancienne économie, sans doute, ni la grâce n'était aussi abon-

dantc, ni surtout les sacrements n'avaient la même efficacité ; mais enfin, dans la mesure où la grâce était donnée, elle était donnée par le Seigneur. Comment donc s'établissait le lien de continuité? Comment le Seigneur a-t-il pu, par une sorte d'anticipation mystérieuse, conférer même une efficacité réduite à des rites historiquement antérieurs à sa venue? Il nous semble qu'on pourrait répondre : en les recevant lui-même. Ainsi le rite sacramentel de l'ancienne loi, au lieu de donner au Seigneur, recevait de lui sa valeur et toute la portée de son action. Or, le baptême de Jean était l'un de ces rites sacramentels. Le Seigneur avait autrefois sanctifié son Précurseur ; il sanctifiait maintenant le baj^tême de son Précurseur ; dès la première heure, le baptême de Jean n'avait eu de vertu que parce que Jésus devait s'y soumettre. C'était donc « remplir toute justice » et toute la volonté de Dieu que conférer au baptême de Jean ce sans quoi il n'eût été qu'une ablution vulgaire.

Aussitôt après avoir reçu le baptême, Jésus sortit des eaux ; il priait, dit saint Luc. Tout à coup les cieux s'ouvrirent et, sous la forme visible d'une colombe, l'Esprit de Dieu descendit se reposer sur lui. Tout ce qui se passe au bord du Jourdain est l'inauguration solennelle de son ministère de prophète et de rédemi^teur. Les anciens prophètes avaient reçu, eux aussi, une investiture divine, en vue d'une œuvre déterminée. Lorsque le Seigneur se présenta pour la première fois dans la synagogue de Nazareth, le passage que l'on devait expliquer ce samedi-là était emprunté au cha^îitre lxi d'Isaïe ; et Jésus fit observer que la prophétie était accomplie, désormais, sous les yeux de ses compatriotes : « L'Esprit du Seigneur est sur moi ; c'est pourquoi il m'a marqué de son onction, et envoyé annoncer aux j^auvres la bonne nouvelle... » (Le, iv, 16-21). L'Esprit-Saint, qui est influence et tendance, est aussi la main de Dieu sur l'homme (Ezech., I, 3). Seulement, ici, chez le Christ, dans une nature sainte et h}^ostatiqucment unie au Verbe, la mainmise de Dieu est une onction. C'est l'huile d'Aaron descendant de sa tête sur sa barbe et jusqu'à la frange de son vêtement, de manière à l'envelopper tout entier de son parfum. C'est surtout une onction intérieure, toute de douceur, de charme, d'amour,, de simplicité, de pureté : XJnxit te, Deus, Deus tuus, oleo laetitiae prae consortibus luis. Les cieux s'ouvrent ; et ce n'est point pour laisser tomber la foudre : mais une blanche colombe, symbole choisi de

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