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LE CRUCIFIEMENT

enfanté, et les mamelles qui n'ont point allaité ! Alors, on dira aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Recouvreznous ! (Os., X, 8.) Car si l'on traite ainsi le bois vert, que sera-t-il réservé au bois sec ! » Il semble que pour le cœur du Fils de Dieu, ce soit peu de chose que son cor})s déchiré et son front couronné d'épmes : ce qui est plus cruel que toute souffrance, c'est qu'un tel amour soit dépensé en vain.

Mt., XXVII. — ^^ Et vcnerunt in locum qui dicitur Golgotka, quod est Calvariae locus. ^* Et dederunt ei vinum bibere cum felle mistum. Et cum gustasset, noluit bibere. ^^ Postquam au'em crueifixerunt euni, diviserunt vestimenta ejus, sortem mittentes, ut implereiur quod dictum es' per prophetam dicentem : Diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam miserunt sortem. ^^ Et sedentes servabant eum. ^"^ Et imposuerunt super caput ejus causam ipsius scr ptam : Hic est Jésus, rex Judaeorum. ^^ Tune crucifixi sunt cum eo duo latrones : unus a dextris, et unus a sinistris.

Me, XV. — -- Et perducunt illum in Golgotha locum, quod est interpreta'um Calvariae locus. ^^ Et dabant ei bibere myrrhatum vinum ; et non accepit. ^^ Et crucifigentes eum, diviserunt vestimenta ejus, mittentes sortem super eis, quis quid tolleret. ^s Erat autem hora tertia, et crucifixerunt eum. ^® Et erat titulus causae ejus inscriptus : Rex Judaeorum. ^^ Et cum eo crucifigunt duos latrones, unum a dextris et alium a sinistris ejus. ^s Et impleta est Scriptura quae dicit : Et cum iniquis reputatus est.

Le, XXIII. — ^^ Et postquam venerunt in locum qui vocatur Calvariae, ibi crucifixerunt eum ; et latrones, unum a dextris et alterum a sinistris. ^* Jésus autem dicebat : Pater, dimitte illis ; non enim sciunt quid faciunt. Dividentes vero vestimenta ejus, miserunt sortes... '^^ Erat autem et super scriptio scripta super eum litteris graecis, et latinis, et hebraicis : Hic est rex Judaeorum.

Jo., XIX. — 1^ ...ubi crucifixerunt eum, e' cum eo alios duos, hinc et hinc, médium autem Jesum. ^^ Scripsit autem et tiiulum Pilatus, et posuit super crucem. Erat autem scriptum : Jésus Nazarenus, rex Judaeorum. 2° Hune ergo titulum multi Judaeorum legerunt, quia prope civitatem erat locus ubi crucifixus est Jésus; ei erat

S22 PEPTitME PARTIE. — CHAPITRE III

scriptum hehraice, graece, et latine. '■^^ Dicebant ergo Pilato pontifices Judaeoncm : Noli scrihere : Rex Judaeorum, sed quia ipse dixit : Rex siim Judaeorum. 22 Respondit Pilaius : Quod scripsi, scripsi. 23 Milites ergo cum crucifixissent eum, acceperunt vestimenta ejus, et fecerunt quatuor partes, unicuique militi partent, et iunicam. Erat autem tunica inconsutilis, desuper contexta per totum. 2^ Dixerunt ergo adinvicem : Non scindamus eam, sed sortiamur de illa cujus sit. Ut Scriptura impleretur, dice?is : Partiti sunt vestimenta mea sibi, et in vestem tneam miserunt sortem. Et milites quidem haec fecerunt.

Le Golgotha était le lieu ordinaire des exécutions romaines- Arrivés là, ils mirent Jésus en croix : ibi crucifixerunt eum; à la troisième heure, dit saint Marc. Notre foi et notre charité 13euvent seules transfigurer cette scène, que les évangélistes ont décrite avec la sobriété d'un banal compte rendu judiciaire. Nous avons remarqué déjà le lieu du supplice. Le genre de mort fut celui que l'on réservait aux esclaves. Un citoyen romain avait droit au glaive ; mais la croix suffisait pour ceux qui ne pouvaient se réclamer de personne, qui n'appartenaient pas à une famille . De plus, afin de confondre le cas du Seigneur avec le cas des malfaiteurs de droit commun, on crucifia avec lui deux brigands, l'un à droite, l'autre à gauche, Jésus au milieu, peut-être comme le plus coupable de tous ; et il fut crucifié le premier. La prophétie d'Isaïe s'accomplissait : « Il a été rangé parmi les malfaiteurs » (lui, 12). Avant de clouer le Seigneur sur la croix, les soldats lui offrirent, selon l'usage, du vin mêlé de myrrhe, un narcotique destiné à étourdir et à diminuer la douleur (Prov., xxxi, 6). Le Seigneur y goûta, puis l'écarta, ne voulant rien perdre de sa souffrance.

Nous avons remarqué déjà l'impression qu'avait laissée dans l'esprit de Pilate la ferme réponse du Seigneur : « Oui, je suis roi. » De tous les griefs élevés par les Juifs, c'était le seul dont Jésus eiit reconnu la vérité, la seule charge dont il fût convaincu. C'était à ce seul titre qUe Pilate donnait son attention, alors surtout que la Synagogue n'avait obtenu la condamnation du Seigneur qu'en agitant aux yeux du gouverneur le spectre de César irrité par cette royauté usurj^ée. Or, la coutume voulait, lorsqu'une sentence de mort avait été rendue, que le peuple entier fût averti du crime qui l'avait provoquée. Celui qui conduisait l'escorte vers

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le lieu de l'exécution rappelait à haute voLx le motif du châtiment ; ou bien on portait ostensiblement une tablette où était mentionné le crime. Les deux larrons ayant leur fiche accusatrice, il était régulier que le Seigneur eût la sienne. Sans doute, si les Juifs avaient eu loisir et liberté de libeller eux-mêmes le titre de la croix, ils eussent désigné le Seigneur comme blasphémateur et impie. Mais le détail de l'exécution appartenait aux gcnti-'s, et la rédaction de la tablette au procurateur. Lors donc que fut arborée l'inscription au-dessus de la tête du crucifié, chacun put y lire : « Jésus de Nazareth, le roi des Juifs, »

En face du Calvaire, se pressaient déjà de nombreux Juifs, attirés par la haine; les curieux venaient aussi et les passants s'arrêtaient. Afin que nul n'ignorât le motif de la sentence rendue, Pilate avait fait rédiger le titre dans les trois principales langues. Ainsi l'inscription semblait vraiment s'adresser au monde entier : à la religion, avec l'araméen ; à la pensée, avec la langue grecque; à la force sociale et au gouvernement, avec le latin. Dans le laconisme de son expression, elle semblait proclamer la réalité de la royauté du Seigneur. Était-ce dérision? Etait-ce mystère? Était-ce une précaution prise contre la menace des Juifs? Quoi qu'il en soit, les prmees des prêtres s'en émurent, et réclamèrent aussitôt auprès de Pilate : « Ce n'est pas : Roi des Juifs, qu'il faut inscrire ; mais bien : Il a dit : je suis le roi des Juifs. » Le procurateur avait transigé sur des points essentiels ; soit vexation et ennui, soit remords, en tout cas, par une permission divine, il maintint inviolée cette promulgation de la souveraineté de Jésus : Quod scripsi, scripsi, Ce que j'ai écrit demeurera écrit.

D'après une disposition du droit romain, les habits des suppliciés étaient adjugés, comme aubaine dernière, aux soldats exécuteurs de la sentence. Habituellement, il leur revenait fort peu de chose : ici, ils semblent un peu surpris de leur richesse. Après avoir fait quatre parts des vêtements du Seigneur, une pour chacun des quatre hommes chargés du crucifiement, ils convinrent ensemble de nh point diviser la tunique. Elle était belle, sans couture, tissée d'une seule pièce depuis le haut. Sans doute elle était l'œuvre de Notre-Dame. C'était la tunique intérieure. On pouvait, sans trop d'inconvénient, diviser le manteau extérieur à larges plis : mais de quelle utilité eussent été les morceaux de cette tunique? Les soldats se dirent donc l'un à l'autre : « Ne la divisons pas : tirons au sort à qui l'obtiendra. » Et i!s le firent.

Ainsi s'accomplissait la prophétie du Psaume xxi : « Ils ont partagé entre eux mes vêtements et ils ont tiré ma robe aU sort. » Pendant le crucifiement, l'âme du Seigneur s'entretenait avec son Père. En face des outrages infligés à l'Agneau de Dieu, il semble que la patience divine ait eU un frémissement et que la colère ait été un instant sur le point de frapper, tant le sacrilège était effrayant. Mais le Seigneur s'interposa : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » C'étaient des païens, complices aveugles de la haine pharisienne.^ — Leur besogne accomplie, les soldats s'assirent, selon la coutume, au pied de la croix, afin de déjouer toute tentative de délivrance.

Mt., XXVII. — ^^ Praetereuntes autem blasphemabant eum, moventes capita sua, ^" et dicenies : Vah, qui desinds tempîum Dei et in triduo illud reaedificas, salva temetipsum ; si Filius Dei es, descende de cruce. ^^ Similiier et principes sacerdotum, illudentes cum scrihis et seniorihus, dicebant : ^^ Alios salvos fecit, seipsum non potest salvuni facere ; si rex Israël est, descendcit nunc de cruce, et credimiis ei. ^^ Confidit in Deo : liberet nunc, si vult eum ; dixit enim : Quia Filius Dei sum. ^* Idipsum autem et latrones qui cru^ifixi erant cum eo, improperabant ei.

Me, x^ . — ^^ Et praetereuntes blasphemabant eum, moventes capita sua et dicentes : Vah, qui destruis templum Dei, et in tribus diebus reaedificas, ^° salvum jac temetipsum, descendens de cruce. ^^ Similiter et summi sacerdotes illudentes, ad alterutrum cum scribis dicebant : Alios salvos fecit, seipsum non potest salvum facere. ^2 Christus rex Israël descendat nunc de cruce, ut videamus et credamus. Et qui cum eo crucifixi erant convitiabantur ei.

Le, XXIII. — 35 £^ stabat populus spectans, et deridebant eum principes cum eis, dicentes : Alios salvos fecit; se salvum. facial, si hic est Christus Dei electus. ^^ Illudebant autem ei 'et milites accedentes, et acetum offerentes ei, 3' et dicenies : Si tu es rex Judaeorum, salvum te fac... ^^ Unus autem de his, qui pendebant, latronibus, blasphemabat eum, dicens : Si tu es Christus, salium fac temetipsum, et nos. *" Respondens autem aller, increpabat eum, dicens : Neque tu times Deum, quod in eadcm damnaiione es'^ *^ Et nos quidem juste, nam digna factis recipimus ; hic vero nihil malt gessit.

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*^ Et dicebat ad Jesum : Domine, mémento mei, cum teneris in regnum tuum. *^ Et dixit illi Jésus : Amen dico tihi, Iwdie mecum eris in Paradiso.

La mort par crucifixion était lente. Jusqu'à ce qu'elle vînt, tous ceux qui avaient ou croyaient avoir des griefs contre le condamné, tous ceux que le supplice n'a^•ait pas encore assouvis pouvaient exercer, en paroles du moins, leurs représailles et s'assurer que justice était faite. Les princes des prêtres, les anciens et les scribes ne se refusèrent jjas cette satisfaction. Us plaisantaient entre eux, disant : « Il a sauvé les autres et ne peut se sauver luimême ! S'il est le Christ, le roi d'Israël, qu'il descende donc maintenant de la croix : aussitôt, nous croirons en lui ! Il s'est confié en Dieu ; il a dit : Je suis le Fils de Dieu : que Dieu le délivre donc à présent, s'il est \Taiment sien ! » (Cf. Ps. xxi, 9.) — La populace blasphémait, elle aussi ; et les Juifs qui défilaient devant la croix branlaient la tête en criant : « Hé ! toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même ! Si tu es Fils de Dieu, descends donc aussi de la croix ! » Les soldats romains répétaient la même apostrophe grossière : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi donc ! » Et les larrons crucifiés aux côtés du Seigneur entraient dans ce même concert : « Si tu es le Christ, sauve-toi, et nous avec toi ! »

Mais l'un d'eux, peU à peu, se ravisa. (On peut même supposer, avec plusieurs Pères, qu'il ne blasphéma pomt comme l'autre voleur, et que saint Mathieu et saint Marc, qui abrègent le récit. ont usé d'un pluriel d'indétermination.) Le voisinage du Rédempteur, le spectacle de sa patience infinie, la jDrière aussi de la Sainte Vierge, lui obtinrent la grâce du repentir et delà foi qui justifie. Il comprit : son âme s'attacha à ce Messie que tous reniaient. Et il blâmait son compagnon, lui disant : « Comment ! toi non plus, tu ne crains pas Dieu? tu insultes celui dont tu partages la peine? Pour nous, cependant, c'est la justice qui s'accomplit, car nous recevons ce qu'ont mérité nos œu\Tes ; mais lui, il n'a rien fait de mal. » Puis il dit au Seigneur: « Jésus, souvenez-vous de moi lorsque vous entrerez dans votre royaume ! » Et le Seigneur lui répondit : « En A'érité, je \'Ous le dis : aujourd'hui, avec moi, vous serez dans le paradis. »

Jo., XIX. — 25 Stahant autem juxta crucem Jesu mater ejus, et soror matris ejtis. Maria Cleophae, et Maria Magdalene. ^s Cum vidisset ergo Jésus matrem, et discipulum stantem, guem diligebat, dicit matri suae : Mulier, ecce filins tuus. 2' Deinde dicit discipulo : Ecce mater tua. Et ex illa hora accepit eam discipidiis in sua.

Quelques femmes courageuses, qui avaient suivi le Seigneur depuis la Galilée, et qui pourvoyaient à ses besoins et à ceux du collège apostolique, se tenaient debout, près de la croix. On traduit ordinairement comme si elles eussent été trois ; et on lit : « Marie de Cléophas, la sœur de sa Mère. » Peut-être le texte impliquc-t-il qu'elles étaient réellement quatre : Mater ejus, et soror matris ejus ; Maria Cleophae, et Maria Magdalene. La sœur, ou plutôt la belle-sœur de Notre-Dame serait Salomé, mère de Jean et de Jacques le Majeur, épouse de Zébédée (cf. Me, xv, 40; Mt., XXVII, 56). Zébédée pourrait être un frère, ou Salomé une sœur de saint Joseph. Marie de Cléophas est la mère de Jacques le Mineur, l'épouse de Cléophas ou Alphée (c'est le même nom), que l'historien Hégésippe (dans Eusèbe) présente comme, frère de saint Joseph. Marie-Madeleine nous est connue (Le, viii, 2).

Enfin, la Sainte Vierge. Au sens naturel et humain, il y avait une personne au monde à qui l'on devait, semble-t-il, épargner le spectacle du Calvaire. Une femme, une vierge, une sainte, une mère : tous ces titres ne devaient-ils pas se réunir pour la tenir éloignée? Dieu veilla pourtant à ce qu'elle fût au pied de la croix. Il avait obtenu son consentement pour la préparation de la Victime ; il voulut obtenir son acquiescement pour la consommation du Sacrifice. Sa présence ménageait au Seigneur l'occasion d'un dépouillement suprême et lui permettait d'entrer dans la solitude absolue. Délaissé de son Père à cause de l'humanité pécheresse, il allait donner sa Mère à cette humanité régénérée dans son sang et l'instituer Mère de son Église.

Le Seigneur vit sa Mère et, près d'elle, le disci^Dle qu'il aimait ; et, en même temps que son regard, sa parole descendit vers elle. Il disait habituellement : « Mère » ; il renonce pour cette fois à le douce appellation de parenté et se borne au terme de respect : Mulier. Nous traduisons forcément par le mot générique : ( Femme », plutôt froid et distant ; mais en grec comme en aramécn, nous l'avons remarqué à propos des noces de Cana, l'appellation est simplement déférente, et elle peut même être

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nuancée de tendresse. Mulier, ecce filius tuiis. Puis, à saint Jean : « Voici votre Mère. » Ils étaient ainsi confiés l'un à l'autre. A dater de cette heure, en effet, le disciple la prit dans sa maison ; elle devait le suivre jusqu'en Asie Mineure, à Éphèse, et y mourir.

'Mt., xxvii. — ^^ A sexta aiUem hora ienehrae factae sunt super universam terram iisque ad horam nonam. ^^ Et circa horam nonam clamavit Jestis voce magna, dicens : EU, Eli, lamnia sahacthani? hoc est : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisii me? *' Quidam autem illic stantes et audientes, dicehant : Eliam vocat iste. ^^ Et continuo currens unus ex eis, acceptam spongiani implevit aceto et imposuit arundini, et dabat ei bibere. *^ Ceteri vero dicebant : Sine videamiis an veniat Elias liberans eum. ^^ Jesii-s autem iterum damans voce magna, emisit spiritum.

Me., XV. — 2^ Et fada hora sexta, tenebrae jadae sunt per totam terram usque in horam nonam. ^* Et hora nona, exdamavit Jésus voce magna, dicens : Eloi, Eloi, lamma sabacthani? quod est interprdatum : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisii me? ^^ Et quidam de circumstantibus audientes, dicebant : Ecce Eliam vocat. ^® Currens autem unus, et implens spongiam aceto circumponensque calamo, potum dabat ei, dicens : Sinite, videamus si veniat Elias ad deponendum eum. ^"^ Jésus autem, emissa voce magna, expiravit.

Le, XXIII. — ^* Erat autem fere hora sexta, et tenebrae factae sunt in universam terram usque in horam nonam. ^^ Et ohscuratus est sol, et vélum templi scissum est médium. *^ Et damans voce magna Jésus, ait : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. Et haec dicens, expiravit.

Je, XIX. — 2^ Postea sciens Jésus quia omnia consummata sunt, ut consummareiur Scriptura, dixit : Sitio. ^^ Vas ergo erat positum aceto plénum. Illi autem spongiam plenam acdo, hyssopo circumponentes, obtulerunt ori ejus. ^^ Cum ergo accepisset Jésus acetum, dixit : Consummatum est. Et indinato capite, tradidii spiritum.

9 Depuis la sixième heure, la lumière du soleil se voilait ; des

ténèbres mystérieuses enveloppaient la terre ; elles allèrent grandissant jusqu'à la neuvième heure. Alors, Jésus s'écria d'une voix forte : Eloi, Eîoi, lamma sahacihani ! c'est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m'avez-vous abandonné ! » Cette plainte du délaissé, de l'homme qui s'est fait caution pour tous les pécheurs et sur lequel sont venues fondre à la fois toutes les rigueurs de la j ustice divine ; ces paroles d'angoisse extrême, que les évangélistes ont voulu religieusement conserver dans leur forme ancienne, sont le début du Psaume xxi.

Saint Jean ajoute aux synoptiques quelques détails. Il semble que le Seigneur, pour s'assurer que toute la volonté de son Père avait été accomplie, ait alors repassé sa vie, la comparant aux prophéties : il y avait conformité entière. Rien ne manquait à l'obéissance, aux humiliations, à la souffrance. Il était bien seul maintenant, sine pâtre, sine maire, comme Melchisédcch ; même ses vêtements étaient aux mains des soldats, comme s'il n'était déjà plus de ce monde; seul, entre la terre qui le repoussait et le ciel qui semblait se fermer. Le dernier moment était venu. Et le Seigneur se souvint, — c'est la pensée de saint Augustin (Sermon ccc, 4), — il se sou^dnt d'une prophétie qui n'avait pas reçu encore son accomplissement, celle du Psaume lxviii : Et dederunt in escam meam fel, et in siti mea potaverunt me aceio. « Ils ont mêlé du fiel à ma nourriture, et m'ont donné du vinaigre pour apaiser ma soif. » Afin que l'Écriture fût réalisée intégralement, remarque saint Jean, il dit : « J'ai soif !» Il y avait là, tout près, un vase d'argile contenant la boisson des gardes : un mélange d'eau et de vinaigre. Un sentiment de compassion porta les soldats romains à exaucer cette requête d'un mourant.

Au moment où le Seigneur s'adressait à son Père : Eloi, Eloi, quelques assistants, comprenant mal l'araméen, ou essayant un cruel jeu de mots, avaient observé : « Le voilà qui appelle Élie ! » Le nom du prophète était eélèbre ; selon la pensée juive, il devait intervenir lors de l'avènement du Messie. Et les soldats se disaient : « Laissez ; nous verrons bien si Élie viendra le délivrer ! » L'un d'eux courut imbiber d'eau acidulée l'éponge qui se trouvait à l'orifice du vase; il radajîta à une longue tige d'hysope, à l'un des roseaux qui croissent jusque sur ces collines arides, et l'approcha des lèvres du Sauveur. Jésus a^ait refusé le narcotique avant d'être cloué à la croix ; mais il accepta le vin grossier des soldats. «

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