‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 299 sur 340 · UN COUP DE LANCE OUVRE LB COTK DU SEIGNEUR · texte numérisé non relu

UN COUP DE LANCE OUVRE LB COTK DU SEIGNEUR

résurrection. On était au soir du Vendredi saint ; vers six heures allait commencer le sabbat, et même « le grand sabbat », celui qui coïncidait avec les fêtes pascales. D'autre part, une loi du Dcutéronome (xxi, 22-23) interdisait que le cadavre d'un supplicie demeurât suspendu au gibet après la fin du jour. Les Juifs s'en souvinrent ; et comme la coutume des Romains était, au contraire, de laisser les corps en croix jusqu'à ce que les oiseaux de proie eussent accompli leur œuvre, l'intervention du pouvoir civil devenait nécessaire i:our faire disparaître le corps de Jésus. Les princes des prêtres se rendent donc chez Pilate et sollicitent l'autorisation de briser, selon l'usage, les jambes des suppliciés, de hâter ainsi leur mort, et d'enlever ensuite les cadavres. Pilate y consent et en\oie au Calvaire un pelot( n de soldats.

Ils vinrent et brisèrent les jambes du premier larron, puis du second, encore vivants. Mais, lorsqu'ils s'approchèrent du Seigneur, ils reconnurent qu'il avait cessé de \d\Tc. Le broiement des jambes lui fut épargné. Pourtant, l'un des soldats, comme pour s'assurer de la mort, ouvrit d'un coup de lance le côté du Sauveur; et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau. Ce n'est pas, semble-t-il, la perte de sang j^roduite par le crucifiement qui a été la cause physique de la mort ; les crucifiés perdaient ordinairement peu de sang : autour des blessures se formait bientôt un coagulum qui faisait obstacle à une effusion abondante. Le Seigneur, on l'a supj^osé, aurait volontairement succombé à une rupture du cœur : l'agonie, la souffrance physique, la douleur morale y suffisaient, et au delà.

Dans ce jaillissement du sang et de l'eau est impliqué un mystère que saint Jean relève avec soin. Il se souvient de la Genèse et de la mère de tous les vivants tirée du côté d'Adam endormi (c. ii) ; il songe à l'Église ; il songe à l'enseignement de Jésus sur le Baptême et l'Eucharistie (Jo., m, iv) ; il répond à l'hérésie doeétiste et gnostiquc, en montrant chez le Seigneur toute la réalité de la nature humaine (I Jo., v, 6-8) et la réalité de sa mort. Nous avons reconnu souvent dans le quatrième évangile le témoin oculaire : il en réclame formellement ici l'autorité : « Celui qui a vu ces faits de ses jsropres yeux en a rendu témoignage, et son témoignage est vrai, et il a conscience de dire vrai, afin que vous croyiez après lui. »

Saint Jean s'ajjplique aussi à recueillir les divers passages de

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l'Écriture sainte dont les derniers moments du Seigneur fournissent l'accomplissement. Si le crurijragium ou brisement des jambes a été. omis par les soldats, ce fut pour donner raison à la disposition figurative de l'Exode (xii, 46) et des Nombres (ix, 12) : c'était bien de Jésus, comme du véritable agneau pascal, que les os devaient être respectés : Os non comminiLetis ex eo. (Cf. Ps. XXXIII, 21.) La dernière prophétie, relative au coup de lance : <( Ils tourneront leurs regards vers celui qu'ils ont transpercé » (Zach., XII, 10), pourrait s'entendre ou des Juifs reconnaissant un jour, par la foi, celui qu'ils ont crucifié, — au même titre qu'ils se guérissaient de la morsure des serpents, dans le désert, en regardant le serpent d'airain (Num., xxi, 8); ou de la venue du Seigneur comme triômijhateur et comme juge; ou bien enfin des gentils eux-mêmes, représentés au Calvaire par les soldats romains, et qui se tourneront bientôt vers le Sauveur.

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