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JÉSUS SE MONTRE AUX SAINTES FEMMES

leurs compagnes, alors que, sur Tinvitation des anges, elles s'en vont trouver les onze apôtres, et leur racontent tout ce qui s'est passe. Mais leurs discours parurent récits de gens en délire, et ne méritant aucune foi. Il n'y avait donc chez les familiers du Seigneur nul enthousiasme qui les fît attendre ou espérer la Résurrection. On voit aussitôt combien de tels aveux sont précieux pour l'apologiste : l'incrédulité persévérante des disciples réfute par avance l'afTirmation rationaliste selon laquelle la Résurrection serait simplement un rêve du fanatisme, de la naïveté, de rhallucination. — Le témoignage de Marie-Madeleine, dit saint Marc (xvi, 10-11), n'eut pas plus de succès que celui de ses compagnes. Cependant, saint Luc rappelle que Pierre se leva et courut au tombeau ; s'étant penché pour regarder, il ne vit plus que les linges, et s'en retourna chez lui, dans l'admiration de ce qui était arrivé. C'est sans doute l'abrégé de ce que nous a dit saint Jean.

Mt., xx\aii. — ^ Et ecce Jésus occxirrit illis, dicens : Avete. Illac auteni accesserunt, et ieniierunt pedes ejus, et adoraveruni eum. 1° Tune ait illis Jésus : Xolite timere ; ite, nuntiate frairibus meis ut eant in Galilaeam, ihi me videhimt. ^^ Qiiae eum abiissent, ecce quidam de custodibus venenint in civitatem, et nuntiaverunt princîpihus sacerdotum omnia quae facta fu^rant. ^^ Et congre gati eum senioribiis, consilio accepta, pecuniam copiosam dederunt militibus, ^^ dicenies : Dicite quia discipuli ejus nocte venenint et furati sunt eum, nobis dormientibus. ^* Et si hoc auditum juerit a praeside, nos suadebimus ei, et securos vos faciemus. ^^ At illi, accepta pecunia, jecerunt sicut erant edocti. Et divulgatum est verbum istud apud Judaeos usque in hodiernum diem.

Les saintes fenunes s'éloignaient, leur mission terminée, lorsque Jésus leur apparut et, venant au-devant d'elles, les salua le jDremier. Elles s'approchèrent, se prosternèrent à ses pieds et les embrassèrent. Alors Jésus leur dit : « Ne craignez point. Allez annoncer à mes frères qu ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. » Le message est en substance identique à celui qui a été donné par l'ange, selon saint Matthieu et saint Marc. A quel moment eut lieu cette nouvelle apparition? Après que les femmes eurent quitté les disciples, semble-t-il ; sinon

elles leur auraient dit, comme Madeleine : « Nous avons vu le Seigneur, » Il est à noter que les disciples d'Emmaiis connaissent seulement les pèlerinages des saintes femmes et de quelques disciples au tombeau vide ; ils n'ont encore entendu parler d'aucune apparition du Seigneur (Le, xxiv, 22-24).

C'est après cette rencontre de Jésus et des saintes femmes, nous dit saint Matthieu, que, parmi les gardiens du tombeau, quelques-uns rentrèrent à Jérusalem et racontèrent aux princes des prêtres tout ce qui s'était passé. Les prêtres et les anciens se réunirent alors en conseil ; ils prirent le parti d'étouffer la chose et d'acheter le silence et la complicité des gardes. On leur offrit une forte somme et on leur suggéra de dire : « Les disciples de Jésus sont venus la nuit, et l'ont emporté pendant que nous dormions. » Et si la nouvelle de cette prétendue soustraction parvient aux oreilles du procurateur, — à qui appartenait le corps du supplicié et qui l'avait abandonné à la garde du Sanhédrin, — il est promis aux gardiens qu'ils ne seront pas inquiétés. La loi romaine était d'une sévérité extrême contre la corruption et la vénalité des gardiens (Act., xvi, 27-28). Soyez sans inquiétude, disent les sanhédrites, « nous apaiserons Pilate et vous abriterons contre toute poursuite. » Peu scrupuleux, les soldats reçurent l'argent et répétèrent la leçon suggérée. Cette histoire d'un enlèvement furtif, conclut l'évangéliste , s'est répandue parmi les Juifs et elle y a circulé jusqu'à ce jour. Saint Justin leur reprochera d'avoir organisé par toute la terre un véritable colportage de calomnies, pour contester la Résurrection et l'Ascension du Seigneur (Dialogue avec Tryphon, xvii, cvii).

Le, XXIV. — 1^ Et ecce duo ex illis ibant ipsa die in casteïlum, quod erat in spatio stadiorum sexaginta ah Jérusalem, nomine Enimaus. ^* Et ipsi loquebantur ad invicem de his omnibus guae acciderant. ^^ Et factum est, dum fabularentur, et secum quaererent, et ipse Jésus appropinquans ibat cum illis; ^^ oculi auteni illorum tenebantur ne eum agnoscerent. ^'' Et ait ad illos : Qiii sunt hi sermones, quos confertis ad invicem ambulantes, et estis tristes? ^^ Et respondens unus, cui nomen Cleophas, dixit ei : Tu solus peregrinus es in Jérusalem, et non cognovisti quae facta sunt in illa his diebus. 1^ Quibus nie dixit : Quae? Et dixerunt : De Jesu Nazareno, qui fuit vir propheta, potens in opère et sermone coram Deo et omni

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populo ; ^° et quomodo eum tradiderunt summi sacerdotes et principes nostri in damnationem mortis, et crucifixerunt eum. 21 ^o9 autem sperahamus quia ipse esset redempturus Israël; et nunc super haec omnia, tertia dies est hodiequod haec facta sunt. ^^Sed et mulieres quaedani ex nostris terruerunt nos, quae ante lurent fuerunt ad monumentum, ^3 et non invento corpore ejus, venerunt, dicentes se etiani visionem angelorum vidisse, qui dicunt eum vivere. ^4 Et ahierunt quidam ex nostris ad monumentum ; et ita invenerunt sicut mulieres dixerunt, ipsum vero non invenerunt. -^ Et ipse dixit ad eos : 0 stulti, et tardi corde ad credendum in omnibus quae locuti sunt prophetae! ^^ Nonne haec oportuit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam? ^^ Et incipiens a Moyse, et omnibus prophetis, interpretabatur illis in omnibus Scripturis, quae de ipso erant. 28 Et appropinquaverunt castello quo ibant, et ipse se finxit longius ire. 2^ Et coegerunt illum, dicentes : Mane nobiscum, quoniam advesperascit, et inclinata est jam dies. Et intravit eum illis. ^^ Et actum est, dum recumberet eum eis, accepit panem, et benedixit, ac f régit, et porrigebat illis. ^^ Et aperti sunt oculi eorum, et cognoverunt eum ; et ipse evanuit ex oculis eorum. ^^ Et dixerunt ad invicem : Nonne cor nostrum ardens erat in nobis, dum loqueretur in via, et aperiret nobis Scripturas?

En ce même jour de la Résurrection, l'après-midi, deux des disciples, auxquels les saintes femmes avaient raconté leur visite au tombeau, cheminaient vers le bourg d'Emmaûs, éloigné de soixante stades, environ deux lielics, de Jérusalem. Ils devisaient de tous les événements qui venaient de se passer, s'efforçant de les comprendre. Le Seigneur était dans leur pensée, dans leur souci, dans leurs paroles ; et voici que soUs la forme d'un pèlerin venant de Jérusalem, il se rendit jDrésent, se joignit à eux et prit leur pas. « Mais leurs yeux étaient retenus, ils n'étaient pas en état de le reconnaître. »

Nous devons nous souvenir qUe, chez un ressuscité, affranchi désormais de la mortalité, il y a maîtrise absolue de l'âme béatifiée sUr le corps. Les dotes que décrivent les théologiens (agilité, clarté, impassibilité, subtilité) ne sont que le témoignage réel, la traduction de cet état du corps spiritUalisé. Même en dehors de ce privilège, on conçoit, surtout dans l'état d'anxiété des deux disciples, qu'une légère modification dans les traits, dans la voix, dans le regard, dans le vêtement du Seigneur, ait 54. — L'Évangile de N.-S. J.-C.

suffi pour les empêcher de le reconnaître ; saint ]Marc, au cours d'une mention rapide donnée aux voyageurs d'Emmaûs, dit que Jésus leur apparut « sous une forme différente » (xvi, 12). On entrevoit aussi le motif de cette disposition diN'ine : le Seigneur voulait être avec ces disciples, extérieurement, de la même manière qu'il était dans leur esprit. Ce qui « retenait leurs yeux » et obscurcissait leur regard, c'était l'imperfection, la défaillance intérieure de leur foi. Le Seigneur ressuscité était, pour eux, l'inattendu. Dirons-nous qu'il y avait mensonge à se voiler ainsi? Pour qu'il y eût mensonge, il faudrait que le Seigneur fût tenu ou se soit engagé à se montrer toujours dans toute la splendeur de sa gloire. Les deux disciples y avaient-ils droit?

Il semble qu'à l'arrivée du Seigneur la conversation se soit interrompue. Ce fut Jésus qui rompit le silence : « De quoi parliezvous donc tous les deux en marchant? » Et ils s'arrêtèrent, attristés. C'était la question même du Seigneur qui lès peinait (nous suivons ici le texte original) : elle renouvelait leurs perplexités et leurs souvenirs. Il fallait bien, pourtant, répondre à cette sympathie. L'un des voyageurs, celui dont l'évangile a retenu le nom, Cléophas, s'enhardit : «Vous êtes le seul, dit-il, des pèlerms arrivés à Jérusalem, qui ignoriez ce qui s '5^ est passé ces jours derniers ! » L'affaire avait fait assez de bruit ; et, pour les disciples, elle seule présentait de l'intérêt. « Quoi donc? » demanda le Seigneur. Et ils répondirent, prenant peut-être tour à tour la parole : « Il s'agit de Jésus de Nazareth, qui était Un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple ; les princes des prêtres et nos gouvernants l'ont livré, pour être condamné à mort, et l'ont crucifié. Pour nous, nous espérions qu'il était celui qui doit racheter Israël... Mais encore, avec tout cela, aujourd'hui est le troisième jour depuis que ces événements ont eu lieu. Il est vrai, quelques-unes des femmes qui sont avec nous nous ont rapporté des choses bien étonnantes : parties de grand matin pour le sépulcre, elles n'y ont point trouvé son corps, et sont venues nous le dire, ajoutant que des anges leur ont apparu et déclaré qu'il est vivant. Puis quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau, et ont trouvé les choses dans l'état décrit par les femmes ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. »

A l'information des deux pèlerins il ne manquait vraiment rien; tous leurs renseignements étaient exacts et complets. Cette

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idée même du « troisième jour » aurait pu leur rappeler la grande promesse et les mettre sur la voie de l'espérance; au lieu de cela, une conclusion découragée : Nous espérions, disent-ils, sperabamus. Et l'étranger prit la parole à son tour, avec un accent d'autorité, mais sans se dévoiler encore : « O hommes dont lintelligence et le cœur sont lents à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? » La parole du Seigneur ajjpuic d'une façon emphatique sur Vin omnibus : il faut croire à tout ce que contiennent les Livres saints. Il y est question non seulement des gloires du Messie, mais encore de ses souffrances (IPctr., i, 10-11). Pourquoi donc écarter celles-ci comme un scandale? L'Écriture, lue avec soin, ne marque-t-elle pas la liaison qui existe entre ces deux parties de la vie du Christ? Le Seigneur s'étonne, dans la forme très vive de son interrogation, que des Juifs éclairés, des disciples de Jésus, n'aient pas reconnu une doctrine si évidente. Puis vient la démonstration, où il se plaît à recueillir, dans les livres de Moïse d'abord, puis dans les prophètes, en un mot dans toutes les Écritures, les témoignages qui se rapportaient au Messie.

On arriva près d'Emmaus. Les deux disciples se préparaient à entrer, mais l'étranger feignit, lui, de vouloir aller plus loin. Alors ils le retmrent affectueusement : « Demeurez avec nous, car le soir vient et la journée est bien avancée déjà. » On était dans la seconde partie du jour: après avoir reconnu le Seigneur, les disciples ont eu tout le loisir de retourner à Jérusalem. Il entra, consentit à rester avec eux et à partager leur repas. On lui déféra la présidence comme à Un docteur en Israël. Il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur distribua. Alors, leurs yeux s'ouvrirent et le reconnurent. Est-ce la reproduction de. la Cène eucharistique? Plusieurs commentateurs le pensent, mais sans preuve suffisante. Ici, en effet, il n'est question que de l'espèce du pain ; de plus, la fraction semble avoir eU lieU au début du repas et non à la fin, comme au Cénacle. Enfin, les deux disciples n'avaient probablement pas assisté à l'institution de l'Eucharistie. Comment la réjDétition d'mie cérémonie dont ils n'avaient pas été les témoins aurait-elle pu les aider à reconnaître le Seigneur? Peut-être furent-ils frappés par un geste, une attitude familière à leur ^laître ; peut-être se souvinrent-ils de la multiplication des pains (Le., ix, 16). L'évangile marque simplement,.

d'ailleurs, qlie le Seigneur se manifesta aU cours de la fraction du pain : après avoir ouvert les yeux de leur intelligence, il était naturel qu'il en fît autant pour les yeUx du corps. Mais aussitôt après il disparut. Et ils se disaient l'un à l'autre : « N'est-il pas vrai que notre cœur était brûlant au dedans de nous, tandis qu'il nous parlait en chemin, et qu'il nous expliquait les Écritures ! »

Le., XXIV. — ^3 Et surgentes eadem hora, regressi sunt in Jérusalem ; et invenerunt congr.egatos undecim, et eos qui cum iïlis erant, ^^ dicentes : Quod surrexit Dominus vere, et apparuit Simoni. ^^ Et ipsi narrabant quae gesta erant in via, et quomodo cognoverunt eum in fractione panis. ^^ Duni auteni haec loquuntur, stetit Jésus in medio eorum, et dicit eis : Fax vobis ; ego sum, nolite timere. ^' Conturhati veto et conterriti, existimabant se spiritum vider e. ^^ Et dixit eis : Quid turbati estis, et cogitationes ascendunt in corda vestra? ^® Videie manus meas, et pedes, quia ego ipse sum ; palpate, et videte, quia spiritus carnem et ossa non habet, sicut me videtis habere. ^° Et cum hoc dixisset, ostendit eis manus et pedes. ^^ Adhuc autem illis non credeniibus, et mirantibus prae gaudio, dixit : H abêtis hic aliquid quod mandu^etur? ^^ Ai illi obtulerunt ei partem piscis assi, et favum mellis. ^^ Et cmn manducasset coram eis, sumens reliquias, dédit eis.

Jo., XX. — ^^ Cum ergo sero esset die illo, una sabbatorum, et fores essent clausae ubi erant discipuli congregati, propter metuni Judaeorum, venit Jésus, et stetit in medio, et dixit eis : Fax vobis. 20 Et cum hoc dixisset, ostendit eis manus et latus. Gavisi sunt ergo discipuli, viso Domino. ^"^ Dixit ergo eis iterum : Fax vobis. Sicut misit me Fater, et ego mitto vos. ^- Haec cum dixisset, insufflavit, et dixit eis : Accipite Spiritum Sanctum : ^^ quorum remiseritis peccata, remittuntur eis ; et quorum retinueritis, retenta sunt.

Sans perdre un instant, les pèlerins quittent Emmaûs et rentrent à Jérusalem. Ils trouvent assemblés les onze apôtres, avec les disciples, leurs compagnons habituels. Saint Luc dit «les onze » pour désigner, en son ensemble, le collège apostolique ; mais nous savons par saint Jean que Thomas était absent. Peutêtre est-ce la première réunion des apôtres depuis le soir du Jeudi

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saint, sans doute au Cénacle. L'heure est tardive. Silencieusement, les ix)rtcs se referment sur les arrivants, par crainte des Juifs. La rumeur de la Résurrection avait peut-être circulé déjà ; nul ne savait à quels excès se porterait la Synagogue ; la persécution, après s'être exercée contre le Maître, ne s'étendrait-elle pas aux disciples? Ils n'ont pas encore reçu le don de force et prennent toutes leurs sécurités. Pourtant, la foi s'est réveillée chez le plus grand nombre ; et les pèlerins d'Emma ils sont accueillis par une exclamation joyeuse : « Oui, le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon ! » A leur tour, ils racontent les incidents de leur voyage et comment Jésus s'est fait reconnaître d'eux dans la fraction du pain.

Ils parlaient encore, lorsque Jésus se présenta soudain au milieu de l'assemblée, les portes closes. « La paix soit avec vous ! » dit-il (les mots ego surti, nolite timere paraissent une glose). Saisis de stupeur et épouvantés, les disciples se crurent en face d'un fantôme, d'un « esprit ». Mais le Seigneur leur dit : « Pourquoi vous troubler? Pourquoi ces anxiétés, ces pensées de doute qui s'élèvent dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds. (Saint Jean écrit : mes mains et mon côté, faisant allusion à la blessure du côté, dont, seul, il a parlé.) C'est bien moi ! Touchez-moi et voyez ; un esprit n'a ni chair ni os , et vous les pouvez constater en moi ! » Et ce disant, il leur montrait ses mains et ses pieds. Qiiod vidimus oculis nostris, écrira saint Jean, quod perspeximus et manus nostrae contrectaverunt de verbo vitae (I Jo., I, 1).

Quelques-uns ne semblaient pas persuadés encore ; peut-être n'osaient-ils pas croire à tant de bonheur; ils demeuraient mUets d'étonnement, tandis que la joie envahissait leurs âmes. Et le Seigneur s'applique à fournir toutes les preuves qui peuvent les convaincre de la réalité de sa vie physique : « Avez-vous ici, leur dit-il, quelque chose à manger? » Le repas du soir était terminé, mais il restait un peu de poisson grillé et des rayons de miel. On les présenta au Seigneur, qui accepta et mangea devant eUx, montrant par là que le corps ressuscité est un vrai corps ; bien que manger ne lui soit pas nécessaire pour réparer une Usure qui n'existe plus, manger lui demeure possible. (Les éditions critiques ne portent pas que le Seigneur distribua les restes aux disciples, et elles omettent aussi la mention des rayons de miel.)

Si nous avions ici autre chose à donner qu'une glose rapide,

85 i HUITIEME PARTIE. — CHAPITRE I

nous devrions observer que les œuvres de Dieu réussissent par des procédés qui ne sont pas les nôtres. Au point de vue humain, tout l'effort du Seigneur a échoué ; la pensée d'un royaume spirituel, qui n'a jamais été comprise par les Juifs, a succombé au Calvaire ; ses apôtres eux-mêmes et ses premiers disciples l'ont abandonné : ce grand travail divin s'est donc dépensé en pure perte ! Or, c'est à l'heure même où il semble que tout soit perdu que tout commence ; les conquérants que le Seigneur choisit pour se soumettre son royaume spirituel, et s'emparer de toute l'humanité, sont les mêmes qui ont fui il y a trois jours et qui maintenant se sont enfermés et verrouillés, de peur, dans le Cénacle. « La paix soit avec vous ! » réj^ète le Seigneur. Dans cette première entrevue, il ne fait aucune allusion à la défaillance des siens. Aujourd'hui que toutes choses sont nouvelles, il n'y a de place que pour la jîaix et la joie. Son souhait : Fax vohis! n'a rien de la banalité du salut ordinaire ; il contient l'effusion d'une paix surabondante en vue de l'investiture qui va suivre. « Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Le Fils a l'autorité du Père, et l'œuvre à laquelle il convie ses apôtres est celle-là même à laquelle il a consacré sa vie ; c'est la même mission, la même autorité, la même doctrine, le même dessein : l'alliance avec Dieu de toutes les âmes baptisées.

Ayant parlé ainsi, il souffla sur eux. Les apôtres pouvaient interpréter ce symbole en se rappelant la création : « Dieu souffla sur la face de l'homme un souffle de vie, et Thomme reçut Une âme vivante, et factus est homo in animam viventeni)) (Gen., ii, 7). C'était par un souffle de sa bouche que le Seigneur avait autrefois donné à l'homme la vie naturelle : un rite divin analogue établissait les apôtres dans une vie plus haute. Lorsque saint Paul décrit les différences qui existent entre le premier et le second Adam, ilnous dit que le premier a été doué d'une âme vivante : Factus est priinus homo Adam in animam viventem, mais le second : novissimiis Adam in Spiritiim vivificaniem (I Cor., xv, 45) : le Seigneur est en possession de l'Esprit vivifiant. L'Esprit- Saint est l'Esprit de Notre-SeigneUr Jésus-Christ; il procède de lui comme du Père. Et il est communiqué par le Seigneur aux apôtres : « Recevez l'Esprit-Saint, » Le dessein de Dieu étant de composer une humanité nouvelle, le « Corps du Christ », à la fois mystique et réel, il faut bien que ce Corps soit animé de l'Esprit même du Seigneur. Toute œuvre de sanctification est.

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