‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 307 sur 340 · LE POUVOIR DE REMETTRE LES PECHES · texte numérisé non relu

LE POUVOIR DE REMETTRE LES PECHES

en effet, appropriée à la troisième Personne, expliquent les théologiens ; et la Personne divine qui est le lien de la Sainte Trinité devient aussi le lien de tout ce qui est uni à DicU.

Mais on se demandera peut-être si cette effusion du Saint-Esprit ne fait pas double emploi avec celle de la Pentecôte. Autant qu'il est possible de ramener à des catégories précises les œuvres sur- . naturelles, il semble que l'effusion du jour de Pâques soit tout à la fois et personnelle aux apôtres, et ixirticllc quant à son objet, — réelle néanmoins et actuelle : il ne faudrait pas traduire accipite comme s'il y avait accipietis, dans le sens d'une promesse. Mais enfin, ce n'est pas encore l'effusion opulente de la Pentecôte, avec les manifestations charismatiques variées ; ce n'est pas encore l'animation, par l'Esprit de Dieu, de tout le corps de l'Église, la création de tout l'Adam nouveau : ce n'en est que la préparation, infiniment considérable d'ailleurs, puisqu'elle a pour objet la rémission des péchés.

« Recevez l'Esprit-Saint. Les péchés seront remis à qui vous les remettrez, retenus à qui vous les retiendrez. » Il n'y avait, et il n'y a jamais entre Dieu et l'homme, d'autre obstacle à l'imion que le péché ; c'est pour cela que l'expiation et la réconciliation doivent être antérieures à l'alliance, comme l'explique répître aux Hébreux. Mais dès que la rançon de notre Rédemption a été fournie, dès que le sang qui purifie les consciences a été versé, rien ne s'oppose plus à l'application de sa vertu. Aussi les apôtres sont-ils investis du pouvoir de remettre les péchés, c'est-à-dire de les effacer, — ■ et du pouvoir de les retenir, s'ils s'abstiennent de leur appliquer la vertu du sang rédempteur. On peut remarquer, au sujet de ce texte, d'abord que le péché, étant une dette contractée envers DieU et une souillure intérieure, ne peut, de soi, être remis que par Dieu seul ; les Juifs l'avaient proclamé jadis devant le Seigneur : Quispotest dimittere peccata, nisi sohis Deus (Me., ii, 7) ? C'est donc un pouvoir essentiellement divin qui est conféré aux apôtres. — Il est conféré avec une telle plénitude que Dieu regarde comme sienne toute sentence prononcée par les apôtres et leurs successeurs. Et parce que cette autorité s'exerce avec discernement, et non d'une façon arbitraire ou inconditionnée, il y aura jugement, appréciation, sentence juridique. Ces paroles du Seigneur contiennent l'institution même du sacrement de pénitence, selon l'interprétation formelle du concile de Trente (Sess. xiv, can. 3).

Jo., XX. — 24 Tliomas autem unus ex duodecim, qui dicitur Didymus, non erat cum eis quando venit Jésus. ^^ Dixerunt ergo ei alii discipuli : Vidimus Dominum. Ille autem dixit eis : Nisi videro in manibus ejus fixuram clavorum, et mittam digitum meum in locum clavorum, et mittani manum meam in lotus ejus, non credam. 2® Et post dies octo, iterum erant discipuli ejus intus, et Thomas cum eis. Venit Jésus, januis clausis, et stetit in medio, et dixit : Fax vohis. ^^ Deinde dicit Thomae : In fer digitum tuum hue, et vide vianus meas ; et affer manum tuam, et mitte in lotus meum ; et noli esse incredulus, sed fidelis. ^^ Respondit Thomas, et dixit ei : Dominus meus, et Deus meus. ^^ Dixit ei Jésus : Quia vidisti me, Thoma, credidisti ; heati qui non viderunt, et crediderunt. ^^ Multa quidem et alia signa fecit Jésus in conspectu discipulorum suorum, quae non sunt scripta in libro hoc. ^^ Haec autem scripto sunt ut credatis quia Jésus est Chrisius, Filius Dei, et ut credentes, vitam habeatis in nomine ejus.

L'un des Douze, Thomas, appelé aussi Didymc, n'était pas avec ses frères la première fois que leur apparut le Seigneur. Il serait superflu, dans le silence de l'évangile, de rechercher quel fut le motif de cette absence. Les ajjôtres lui dirent à son retour : « Nous avons vu le Seigneur ! » Jadis, la foi et le dévouement de saint Thomas avaient mérité des éloges; c'est lui qui, au moment où Jésus, voulant ressusciter Lazare, proposa de retourner en Judée où tout était à craindre, s'était écrié : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui » ( Jo., xi, 16) ! Mais, depuis lors, sa foi avait été mise à une trop rude épreuve. Le témoignage, même consolant, même concordant de ses frères, se heurte à une disposition d'esprit faite de désillusion et de découragement. En vain les apôtres lui ra.pj^ortent leurs expériences. Non, ce n'était pas un esprit, un fantôme ; ce n'était pas davantage un personnage qui lui ressemblât, puisqu'ils avaient pu constater chez leur Maître les traces, gardées miraculeusement, de ses blessures. Même ce trait d'évidence ne parvient pas à satisfaire le disciple incrédule. Et il formule, pour croire, de hautaines exigences : « Si je ne vois dans ses mains la trace des clous, et si je ne mets mon doigt à l'endroit des clous, et si je ne place ma main dans son côté, je ne croirai pas. »

Quelle est la mesure de l'infidélité de saint Thomas? Il est équitable de remarquer qu'il ne résiste ni au témoignage de

Page 1