‹ L'évangile de notre-Seigneur Jésus-ChristChapitre 32 sur 340 · LES PREMIERS DISCIPLES · texte numérisé non relu

LES PREMIERS DISCIPLES

fois des expressions identiques enveloppent des pensées et des dispositions assez différentes. Être le Fils de Dieu, c'était peutêtre simplement pour Nathanaël venir de Dieu, sans allusion à une pénétration plus profonde du mystère de la vie divine. xVussi bien, Dieu est le maître de ses dons : il peut verser en un instant dans les âmes toute la lumière qu'il lui plaît.

Et Jésus répondit à Nathanaël : « Parce que j'ai dit vous avoir vu sous le figuier, vous croyez. Vous verrez de plus grandes choses encore. » Il n'y a pas l'ombre de reproche dans ces paroles, mais bien j^lutôt félicitation et encouragement. Le Seigneur applaudit à la docilité de l'apôtre, en même temps qu'il lui promet l'accroissement et la plénitude de la foi. Le Fils de Dieu avait donné un signe ; Nathanaël avait cru à ce signe ; mais c'était bien peu de chose à côté des preuves sans nombre que le Messie devait fournir dans la suite. Le Seigneur, heureux de la foi de Nathanaël, élimine par sa promesse tout vestige de doute et d'anxiété. — Le dernier verset a suggéré des interprétations très variées. Comme il y est question d'anges qui montent et descendent, on a songé à Jacob et à sa ^•ision (Gen., xxviii, 12) ; et on s'est demandé si le Seigneur n'était pas alors aux environs de Béthel et ne faisait jDas allusion à ce qui s'y était passé jadis. On a recherché encore si les anges dont il est parlé sont ceux de l'Agonie, ou ceux de la Résurrection, ou même les anges d'une apparition dont l'évangile ne nous aurait jDas conservé le souvenir. Toutes ces hypothèses sont fragiles. Peut-être a-t-on noué d'une façon exagérée ce verset avec le précédent. « En vérité, en vérité, je vous le dis... » forme une pensée nouvelle, préparée par l'incise : « Et il lui dit. » Même, le Seigneur \àse plus^ loin que le seul Nathanaël : « Je vous le dis (vobis), vous verrez (videbitis). » Ce qu'il ^Dromet maintenant, ce n'est pas un motif nouveau de croire, mais la récompense d'avoir cru ; ce n'est plus l'encouragement à croire, mais le salaire éternel de notre foi. Autour de celui que Nathanaël a ajDpelé le Fils de Dieu, et qui, lui, s'appelle pour la première fois le Fils de l'homme (cf. Dan., VII, 13), le Seigneur nous montre, à travers le ciel ouvert, toute la cour céleste, les chœurs des anges allant et venant, s 'empressant comme autour de leur chef et de leur roi. C'est une allusion à l'éternité.

Jo., II. — '^ Et die iertia nuptiae jactae sunt in Cana Galilaeae ; et erat mater Jesii ihi. ^ Vocatus est autem et Jésus et discipuli ejus ad nuptias. ^ Et déficiente vino, dicit mater Jesu ad eum : Vinum non hahent. * Et dicit ci Jésus : Quid mihi et tibi est, mulier? nondum venit hora mea. ^ Dicit mater eju^ ministris : Quodcumque dixerit vobis, facite. ^ Erant autem ihi lapideae kydriae sex positae, secundum purificationem Judaeorum, capientes singulae metretas binas vel ternas. ' Dicit eis Jésus : Impiété hydrias aqua. Et impleverunt eas usque ad summum. ^ Et dicit eis Jésus : Haurite nunc, et ferte architriclino. Et tulerunt. ^ Ut autem gustavit architriclinus aquam vhium factam, et non sciebat unde esset, ministri autem sciebant qui hauserant aquam, vocat sponsum architriclinus, ^° et dicit ei : Omnis homo primum bonum vinum ponit ; et cum inebriati fuerint, tune id quod deterius est ; tu autem servasti honum vinum usque adhuc. ^^ Hoc fecit initium signorum Jésus in Cana Galilaeae ; et manifestavit gloriam suam, et crediderunt in eum discipuli ejus.

On mit trois jours à franclùr la distance qui sépare Béthanie de Cana, en Galilée. Cette bourgade est proche de Nazareth : il la faut distinguer d'une autre Cana, située dans la tribu d'Aser, non loin de Tyr. Le voisinage et peut-être la parenté avaient fait inviter la Sainte Vierge à un festin de noces. Sur ces entrefaites, le Seigneur, arrivant de la Judée, fut invité avec sa Mère, puis les disciples avec leur Maître : ils étaient cinq, sinon six, en ajoutant Jacques à Jean, à Pierre, à André, à Philippe, à Nathanaël. Peut-être les époux n'avaientils pas prévu ce surcroît d'in^dtés ; et au cours du repas, le vin manqua. La Sainte Vierge fut la première à s'apercevoir de la détresse où allaient se trouver ses hôtes. On aurait pu emprunter, acheter à la hâte. La Vierge, qui connaît le cœur de son Fils, s'incline vers lui et lui dit à voix basse (mais rien n'échappe à saint Jean) : « Ils n'ont plus de vin. » Ce n'est pas une prière, encore que ce soit une j^rière, mais non formulée comme désir : c'est un exposé tranquille, c'est l'expression naturelle à ceux qui se savent aimés et ont confiance. Et le Seigneur comprit fort bien l'invocation muette de sa Mère, Mais, chose étonnante, autant l'intervention de Notre-Dame est affectueuse, autant la réponse du Seigneur nous semble, à première vue, dure et distante : Quid mihi et tibi est, mulier? Du moins,

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