NOUVEAU TÉMOIGNAGE DU PRÉCURSEUR
nuptiale, garde l'attitude d'un serviteur empressé et fidèle ; il écoute en silence la voix de l'époux parlant à l'épouse, parlant aux convives, et il tressaille d'allégresse au son de cette voix. Eh bien ! c'est cette joie qui est mienne, et elle est complète aujourd'hui.
Lorsque nous lisons ces lignes, notre pensée se reporte au saint vieillard Siméon et à la joie extatique de son Nunc dimittis. Il y a peut-être, dans le rôle de saint Jean-Baptiste, quelque chose de plus glorieux encore. Avoir tout reçu du Seigneur, avoir été sanctifié par lui dès avant sa naissance, être à lui sans pouvoir le suivre, lui amener les âmes dans un sentiment de délicatesse, de respect et de tendresse infinie, ne rien retenir pour soi ; joyeusement, paisiblement, s'effacer devant lui, sans effort, sans regret ; n'exister que pour lui, et mourir en lui obéissant : y a-t-il au monde une vocation plus grande que celle-là? On sent que l'âme du Précurseur s'y complaît. Et il ajoute, pour en finir d'un mot avec la plainte de ses disciples : « Il faut que lui grandisse, et que moi je m'efface. »
Jo., III, — 21 Qui desursum venit, super omnes est. Qui est de terra, de terra est, et de terra loquitur. Qui de caelo venit, super omnes est. ^^ Et qiiod vidit et audivit, hoc testatur ; et testimonium ejus nemo accipit. ^^ Qui accepit ejus testimonium., signavit quia Deus verax est. ^^ Quem enim misit Deus, verha Dei loquitur : non enim ad mensuram dat Deus spiritum. ^^ Pater diligit Filium, et omnia dédit in manu ejus. ^^ Qui crédit in Filium, habet vitam aeternam ; qui autem incredulus est Filio, non videbit vitam, sed ira Dei manet super euni.
Assurément, il est possible de nouer ce passage avec la pensée sur laquelle vient de s'achever le témoignage de saint Jean-Baptiste ; mais n'aurions-nous pas là, une fois encore, des réflexions de l'évangéhste? Elles nous paraissent concerner le grand ensemble habituellement présent à son esprit ; la dignité personnelle et l'autorité infinie que la Synagogue, inexcusable, a méconnues. Le langage du Précurseur n'a point cette forme didactique et théologique, où il nous est facile de retrouver le ton même des épîtres de saint Jean. On peut ramener la doctrine 9, — L'Évangile de N.-S. J.-C.
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de tout ce texte aux points suivants : le titre de notre foi, sa portée, ses avantages.
Le Seigneur est dans une condition très spéciale, qu'a soulignée l'humilité du Précurseur. Il vient d'en haut, il est né de Dieu : il est donc, i>aT nature, au-dessus de tout et de tous. Celui qui est né de la terre lui est, de tous points, inférieur. Origine, nature, enseignement, autorité de la parole, sont des éléments coordonnés entre eux : celui qui est de la terre, qui est de naissance terrestre, n'a pas puisé au ciel même, mais il emprunte forcément à la terre la forme de son enseignement. Il en est autrement de celui qui vient du ciel : sa doctrine est d'une absolue et souveraine autorité. Il témoigne, dans son Église, de ce qu'il a vu et entendu. Et voici que persomie n'accueille son témoignage ! — Il faut réduire, comme va le faire au verset suivant l'évangéliste lui-même, la portée universelle du terme « i^ersonne ». A l'époque où écrivait samt Jeaai, à la fin de la 25ériode apostolique, lorsque les témoins du Seigneur eurent presque tous disparu, il y eut une heure d'obscurité et d'anxiété, l'heure des persécutions et des hérésies juives.
Beaucoup sont incrédules, mais il en est qui acceptent le témoignage divin, qui le gardent en eux comme une richesse personnelle. Et telle est la portée de notre foi, qu'elle rend hommage à la véracité de Dieu. En effet, celui qui se iDrésente à nous comme le Fils d.3 Dieu ne dit que les paroles de Dieu, c'est-à-dire ce qu'il a lui-même entendu de Dieu. Croire à ce que nous dit le Fils, envoj'é et accrédité j)ar son Père, c'est faire honneur à Dieu, c'est j^rotester que l'on pense comme lui, que l'on accepte son témoignage. Il a été dit j^lus haut du Fils qu'il est plein de grâce et de vérité, et que de cette plénitude nous avons tous reçu : c'est la même doctrine qlie rappelle ici saint Jean, afin de faire valoir l'autorité incomiDarable du Seigneur. « Car ce n'est pas avec mesure que Dieu donne l'Esprit. » A d'autres envoyés. Dieu a pu limiter ses dons : mais à son Fils, à celui qui a reçu mission de porter la, ^ie au monde, il a donné et donne sans cesse la plénitude de son Esprit r « L'Esi^rit du Seigneur est sur moi, » disait Isaïc, dans un texte i^rophétique que le Seigneur appliquera bientôt à sa mission (Le, iv, 18). Le Père aime le Fils et il a tout remis en sa main. Il n'y a donc pas dautre moyen d"être sauvé que l'adhésion au Fils de Dieu.
Enfin, dans le dernier verset, saint Jean rai^iJelle les richesses
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de notre foi. Celui qui croit au Fils possède la Aie étemelle : elle est acquise dès maintenant. « Car la vie éternelle consiste à vous connaître, unique vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jo., xvii, 3). Celui qui ne croit pas au Fils ne verra |)oint la vie, mais la colère de Dieu ne cesse de jDcser sur lui (cf. I Joan., v, 10-12).