‹ L'Évangile de Pierre et les évangile canoniquesChapitre 3 sur 24 · LES ÉVANGILES CANONIQUES · texte numérisé non relu

LES ÉVANGILES CANONIQUES

Tout semble avoir été dit sur ce fragment d'évangile déjà célèbre, rapporté d'Egypte par MM. Grébaut et Bourrant W. Le texte, un peu trop rapidement copié tout d'abord, en est aujourd'hui vérifié , corrigé , établi (2) . On a été unanime à y reconnaître la fin d'un évangile de Pierre, lu au culte public dans certaines églises d'Orient au h 6 siècle, mentionné par Origène, toléré, puis critiqué et interdit par Sérapion, évêque d'Antioche vers l'an aoo (Eusèbe, H. E. vi, 12), légèrement teinté de docétisme, ce qui finit par le faire exclure de l'usage orthodoxe et du canon biblique.

Il serait inutile de revenir sur tous ces points d'histoire littéraire ou de paléographie, aujourd'hui parfaitement élucidés. Mais, après le bruit fait autour de ce document nouveau , on doit se demander de quel profit il peut nous être, soit pour avancer notre connaissance positive de la vie de Jésus, soit pour résoudre le problème de la formation et de la survivance exclusive des quatre

(1 .) Mémoires publiés par la Mission archéologique française du Caire, t. IX, fasc. 1, p. 137-1/17. 1893.

W A. Lods, ISEvang. et VApoc, de Pierre, publiés pour la première fois d'après les photographies du manuscrit de Giséh, 1893. — C'est d'après le texte de M. Lods que toutes les citations

sont faites dans la présente étude. — Comparez VEvang. et l'Âpoc, de Pierre , fac-similé du manuscrit, reproduit en 36 planches en héliogravure sur cuivre, 1893. — Pour la bibliographie déjà très riche , nous renvoyons également au volume de M. Lods. Elle s'enrichit encore tous les jours.

évangiles reçus dans le Nouveau Testament. C'est cette question de la valeur propre de ce document, considéré en lui-même et dans ses rapports avec les textes canoniques parallèles, qui sera examinée dans (es pages.

La plupart des critiques qui déjà l'ont touchée ne nous paraissent pas l'avoir abordée par le bon côté, ni avoir appliqué avec assez de suite la seule méthode qui peut conduire à une solution positive ; aussi leurs appréciations ont-elles été extrêmement divergentes. Les uns, frappés surtout de quelques éléments d'apparence antique, en ont fait une des sources principales de nos quatre évangiles. D'autres, au contraire, y voient une compilation , sans valeur ni originalité, des récits canoniques exploités purement dans un intérêt de secte. Entre ces deux extrêmes, toutes les opinions intermédiaires ont trouvé des représentants. A en croire quelques-uns, l'auteur n'a ni connu ni utilisé aucun de nos évangiles; d'après d'autres, il a suivi Marc et Matthieu; d'après d'autres enfin, il avait aussi Luc et Jean sous les yeux.

Pour soutenir l'une ou l'autre de ces opinions contraires, on a institué entre les textes la plus minutieuse comparaison; tous les rapprochements de mots ont été faits. La lexicologie et la grammaire ont donné tout ce qu'elles pouvaient fournir. Mais, quand il s'agit de récits stéréotypés déjà dans la tradition orale, on comprend très bien que les seuls critères de cet ordre ne suffisent pas pour établir des rapports de dépendance littéraire ou d antériorité. A l'étude comparative des mots, il faut joindre celle des choses, c'est-à-dire des traditions en présence. L'examen de leur forme respective permet de les classer; or les classer, c'est la première condition pour les bien juger.

Toute tradition religieuse populaire obéit à une évolution dont les signes ne sont pas d'une interprétation douteuse. Avec quelque scrupule que fût répétée d'abord, dans les premières communautés chrétiennes, la tradition relative à la vie et à la mort du Christ, elle n'est pas restée longtemps stationnaire et identique à elle-

même. Plus une tradition est répétée, plus elle tend à s enrichir. Plus elle s'éloigne de son berceau, plus elle se diversifie. La dis-* tance des lieux équivaut ici à la différence des temps. C'est une via sourde mais intense, une sorte de végétation continue. Les formes traditionnelles d un récit portent donc toujours en elles-mêmes quelque marque du temps et du milieu auxquels elles correspondent. Il est clair, par exemple, qu'une forme très simple et très hébraïque n'a pas pris naissance à Corinthe, ou qu'une forme d'inspiration hellénique ne vient pas de Jérusalem. Une légende du n e siècle ne ressemble pas à une tradition galiléenne ou jéru- 6alémite du temps de saint Paul. En comparant les formes d'un même récit ou d'une même légende, on peut donc établir très sûrement l'ordre dans lequel elles se sont développées et, par suite, la date et la valeur respectives des documents où nous les rencontrons aujourd'hui.

Nous classerons en deux groupes les observations que nous avons faites à ce point de vue : dans le premier, celles qui sont d'un caractère général et portant sur le document entier; dans le second, celles qui se rapportent aux traditions particulières qui sy trouvent reproduite?.

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