‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 11 sur 204 · VI. — Les Trois Douleurs · texte numérisé non relu

VI. — Les Trois Douleurs

1. — Le palais, donné au prince par le roi, resplendissait de tout le luxe de Flnde ; car le roi vou- [ait que son fils fût heureux.

2. — Tout ce qui est pénible à voir, toutes les mijères et toute notion de la souffrance étaient tenus à Técart de Siddhârtha, et il ignorait que le mal régnât dans le monde.

3. — Mais de même que l'éléphant captif soupire tprès les jongles sauvages, ainsi le prince était impatient de voir le monde, et il demanda au roi, son )ère, la permission de satisfaire son ardent désir.

I* 4. — Alors Çouddhôdana ordonna d'atteler quatre îoursiers magnifiques à un char orné par devant de pierreries, et de décorer les routes par oii passerait Siddhârtha.

5. — Les maisons de la cité étaient tendues de tapisseries et de bannières ; les spectateurs alignés de chaque côté contemplaient avidement l'héritier du trône. Ainsi Siddhârtha se promena, avecTchanna^^ son cocher, par les rues de la ville, et à travers une

campagne arrosée de ruisselais et couverte d'arbres agréables.

6. — Sur le bord de la route ils rencontrèrent un vieillard. Le prince voyant ce corps courbé, cette face ridée et ce sourcil douloureux, dit au cocher : « Quel est celui-ci? Sa tête est blanche, ses yeux sont chassieux et son corps brisé. Il peut à peine se soutenir à l'aide de son bâton ? »

7. — Le cocher, très embarrassé, osait à peine dire la vérité. Il répondit : « Ce sont les marques de la vieillesse. Ce même homme a été jadis un petit enfant à la mamelle, puis un adolescent plein d'ardeur pour le plaisir; mais les ans sont venus, et maintenant sa beauté s'en est allée et la vigueur de son corps est épuisée. »

8. — Siddhârtha profondément affligé par les paroles du cocher soupira à cause de la souffrance du vieil âge. « Quelle joie ou quel plaisir les hommes peuvent-ils goûter, pensa-t-il, quand ils savent que bientôt il leur faudra dépérir et s'en aller languissants ! »

9. — Et voici que, comme ils passaient, apparut sur le bord du chemin un malade tout haletant, le corps défiguré, convulsé et gémissant douleureusement.

10. — Le prince interrogea son cocher: « Quelle espèce d'homme est-ce là? » Et le cocher répondit et dit: « Cet homme est malade. Les quatre éléments de son corps sont confus et en désordre. Tous nous

sommes sujets à de semblables accidents : le pauvre et le ricbe, l'ignorant et le sage, toutes les créatures qui ont un corps, sont exposés au même malheur. »

11. — Et Siddhârtha fut encore plus ému. Tous les plaisirs lui parurent usés et il prit en dégoût les joies de la vie.

12. — Le cocher pressait les chevaux pour fuir ce triste spectacle, quand tout à coup ils furent arrêtés dans leur course rapide.

13. — Quatre personnes passaient portant un cadavre et le prince tressaillant à la vue du corps privé de vie interrogea le cocher : « Que portent-ils ? Je vois des banderolles et des guirlandes de fleurs, mais les hommes qui suivent sont accablés par le chagrin I »

14. — Le conducteur dit: « C'est un mort; son corps est rigide, sa vie s'en est allée, sa pensée est éteinte ; sa famille et les amis qui Taimaient portent maintenant son corps au tombeau. »

15. — Et le prince fut pénétré d'horreur et de terreur : « Ceci est-il une exception, demanda-t-il, ou bien dans le monde y en a-t-il d'autres exemples? »

16. — D'un cœur oppresse le cocher reprit: « Partout dans le monde il en est de même. Celui qui commence la vie doit la finir. Nul ne peut échapper à la mort. »

18. — D'une voix éteinte et en balbutiant le prince s'écria : « 0 hommes mondains î Combien fatale est votre erreur ! Inévitablement votre corps tombera en

poussière et cependant sans souci, sans y prendre garde, vous continuez à vivre. »

17. — Le conducteur du char voyant la profonde impression que ces lugubres spectacles avaient fait sur le prince, tourna ses chevaux et rentra dans la cité.

19. — Comme ils passaient devant le palais de la noblesse, Krichâ Gautamî^^, jeune princesse nièce du roi, vit Siddhârtha dans sa mâle beauté et observant son air préoccupé s'écria : « Heureux le père qui t'a engendré, heureuse la mère qui t'a nourri, heureuse l'épouse qui donne le nom d'époux à un seigneur si glorieux ! »

20. — Le prince ayant entendu cette louange répondit : « Heureux ceux qui ont trouvé le salut ! Aspirant à la paix de l'esprit, je chercherai le bonheur de Nirvana. » Et lui offrant son collier de perles précieuses, comme pour la récompenser de la leçon qu'elle lui avait donnée, il rentra dans son palais.

20. — Siddhârtha jeta un regard de dédain sur les trésors de son palais. A sa femme qui lui souhaitait la bienvenue et le suppliait de lui dire la cause de son chagrin, il dit: « Je vois partout l'empreinte du changement ; c'est pourquoi mon cœur est oppressé. Les hommes vieillissent, tombent malades et meurent. N'est-ce pas suffisant pour détruire le plaisir de vivre. »

22. — Le roi, son père, apprenant que le cœur du prince était devenu étranger au plaisir, fut terrible-

ment accablé par le chagrin qui, comme une épée, perça son cœur.

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