‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 12 sur 204 · VII. — Le Boîiddha renonce au monde · texte numérisé non relu

VII. — Le Boîiddha renonce au monde

1. — Il était nuit. Le prince ne trouvait pas le repos sur ses moelleux coussins ; il se leva et sortit dans le jardin. « Hélas! pleurait-il, car le monde entier est rempli de ténèbres et d'ignorance; nul ne sait comment guérir les maux de l'existence. » Et il gémissait douleureusement.

2. — Siddhârtha s'assit sous le grand jambousier et s'abandonna à ses pensées, pesant la vie et la mort et les maux de la décrépitude. Concentrant son esprit il s'affranchit de toute confusion. Tous les désirs bas s'évanouirent de son cœur et un calme parfait se répandit sur lui.

3. — Dans cet état d'extase il vit de son œil mental tout ce que le monde renferme de misère et de douleur; il vit les peines du plaisir et l'inéluctable certitude de la mort qui pèse sur tous les êlres. Cependant les hommes ne sont pas encore éveillés à la vérité. Et une compassion profonde envahit son cœur.

4. — Tandis qu'il méditait sur le problème du mal, le prince vit, avec l'œil de son esprit, sous le jambousier une grande figure revêtue de majesté, de calme

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et de dignité. « D'oii viens-tu, et qui es-tu? », demanda-t-il.

5. — La vision lui répondit : « Je suis un Çramana^^ Troublé par la pensée de la vieillesse, de la maladie et de la mort, j'ai fui mon foyer pour chercher le chemin du salut. Toutes les choses se hâtent vers la ruine; seule la vérité est éternelle. Tout change et rien de dure; cependant les paroles des Bouddhas sont immuables. J'aspire au bonheur qui n'a pas de déchéance; au trésor qui ne périra jamais; à la vie qui ne connaît ni commencement ni fin. C'est pourquoi j'ai détruit toute pensée mondaine. Je me suis retiré dans un vallon désert pour vivre dans la solitude, et, mendiant ma nourriture, je me consacre à la seule chose qui soit nécessaire ».

6. — Siddhârtha demanda : « Peut-on obtenir la paix dans ce monde agité? Je suis frappé de l'inanilé du plaisir etj*ai pris le dégoût de la volupté. Tout m'oppresse et même l'existence me semble intolérable ».

7. — Lo Çramana répondit : « Là oii existe la chaleur, peut aussi exister le froid. Les créatures sujettes à la peine possèdent la faculté du plaisir. L'origine du mal indique que le bien peut-être développé. Car ces choses sont corrélatives. Ainsi là où il y a beaucoup de souffrance, il y aura beaucoup de bonheur, si seulement vous ouvrez les yeux pour le découvrir. De même qu'un homme qui est tombé dans un tas d'ordures doit chercher le grand étang couvert

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de lotus qui est dans le voisinage, de même cherche le grand lac immortel du Nirvana pour laver la souillure du péché. Si on ne cherche pas le lac, ce n'est pas la faute du lac ; de même aussi lorsqu'il y a une routebéniepour conduire au salut du Nirvana Thomme fortement tenu par le péché, ce n'est pas la faute de la route s'il n'y passe point, mais de l'individu. Et si un homme atteint de maladie, lorsqu'il y a un médecin qui peut le guérir, ne se sert pas de l'assistance du médecin, ce n'est pas la faute du médecin; de même si un homme atteint de la maladie de faire le mal ne cherche pas le guide spirituel de la lumière, ce n'est pas la faute du guide destructeur du péché ».

8. — Le prince écouta les nobles paroles de son visiteur et dit : « Tu es porteur de bonnes nouvelles, car maintenant je sais que mon projet s'accomplira. Mon père me conseille de jouir de la vie et de me vouer aux devoirs mondains susceptibles de rendre illustres moi et ma maison. Il me dit que je suis encore trop jeune et que mon pouls bat trop vite pour mener une vie religieuse ».

9. — L'apparition vénérable secoua la tête et répliqua : « Tu devrais savoir que pour chercher la vraie religion il n'est jamais de temps qui puisse être inopportun. »

i 0. — Un tressaillement de joie passa dans le cœur de Siddhârtha. « Maintenant c'estle moment de chercher une religion , dit-il ; maintenant c'est le moment de trancher tous les liens qui m'empêcheraient d'atteindre à

rilluminalion parfaite; maintenant c'est le moment d'errer dans le désert et, menant une existence de mendiant, de trouver le chemin de la délivrance ».

11. — Le messager céleste écouta avec approbation la résolution de Siddhârtha.

12. — « Maintenant, en effet, dit-il, c'est le temps de chercher la religion. Ya Siddhârtha et accomplis ton projet; car, Bodhisattva^^, tu es le Bouddha-*^ élu; tu es destiné à illuminer le monde.

13. — « Tu es le Tathâgata^^ parfait, car tu accompliras toute justice et tu seras Dharma-râdja^^^ roi de Vérité. Tu es Bhagavat ^*, le Bienheureux, car tu es appelé à devenir le sauveur et le rédempteur du monde.

14. — « Va, accomplis la perfection de la vérité. Lors même que la foudre frapperait ta tête, ne cède jamais aux illusions qui séduisent et écartent les hommes du chemin de la vérité. De même qu'en toutes saisons le soleil poursuit sa carrière et jamais une autre, de même si tu n'ahandonnes pas le droit chemin de la justice, tu deviendras Bouddha.

15. — « Persévère dans ta recherche et tu trouveras ce que tu cherches. Poursuis ton but sans t'en écarter et tu gagneras leprix. Combats énergiquement et tu seras vainqueur. La bénédiction de tous les dieux, de tous les saints, de tout ce qui cherche la lumière est sur toi, et la sagesse céleste guide tes pas. Tu seras le Bouddha, notre Maître et notre Seigneur; tu illumineras le monde et tu sauveras l'humanité de la perdition. »

d6. — Ayant ainsi parlé, la vision s'évanouit et Tâme de Siddhârtha se trouva remplie de paix. Il se dit:

17. — « Je me suis éveillé à la vérité et suis résolue accomplir mon projet. Je romprai tous les liens qui me retiennent au monde, et je quitterai ma maison pour chercher le chemin du salut.

18. — « Les Bouddhas sont des êtres dont les paroles ne peuvent manquer; la vérité est toujours dans leurs discours.

19. — i< Car de même que la chute d'une pierre lancée en Fair, de même que la mort d'un mortel, de même que le lever du soleil à l'aurore, de même que le rugissement du lion quand il quitte sa reposée, de même que la délivrance d*une femme enceinte, de même que toutes ces choses sont sûres et certaines, de même aussi la parole des Bouddhas est sûre et ne peut manquer de se réaliser.

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