LXXI. — Le partage de la félicité
1. — Annabhâra^'^, esclave de Soumana, venait de couper de l'herbe dans le pré, lorsqu'il vit un çramana qui mendiait sa nourriture son bol à la main ; alors, jetant à terre sa botte de fourrage, il courut à la maison et revint rapportant le riz qui lui avait été donné pour sa subsistance.
2. — Le çramana mangea le riz et réjouit Annabhâra par des paroles d'encouragement religieux.
3. — La fille de Soumana qui avait vu la scène par une fenêtre, cria: « Bien ! Annabhâra, bien! c'est très bien I »
4. — Soumana ayant entendu ces mots s'enquit de ce qu'elle voulait dire, et ayant été informé de la dévotion d'Annabhâra et des paroles d'encouragement qu'il avait reçues du çramana, vint vers son esclave et lui offrit de l'argent pour partager la bénédiction récompense de son offrande.
5. — « Mon seigneur, dit Annabhâra, permets-moi d'interroger d'abord ce vénérable religieux. »Et s'approchant du çramana, il dit : « Mon maître me demande de partager avec lui la bénédiction de l'offrande que je vous ai faite de ma ration de riz. Est-il convenable que je partage avec lui ? »
6. — Le çramana répondit par une parabole. Il dit : « Dans un village de cent maisons une seule lumière était allumée. Alors un voisin vint avec sa lampe et l'alluma; et de la même manière la lumière fut communiquée de maison en maison et la clarté grandit dans le village. De même la lumière de la religion peut être répandue sans rien enlever à celui qui la communique. Répands aussi la bénédiction de ton olfrande. Partage-la ».
7. — Annabhâra revint à la maison de son maître et lui dit : « Je t'offre, mon seigneur, une part de la bénédiction de mon offrande. Daigne l'accepter ».
8. — Soumana Taccepta et voulut donner à son esclave une somme d'argent; mais Annabhâra répondit : « Non, mon seigneur; si j'acceptais ton argent il semblerait que je te vends ma part. Une bénédiction ne peut être vendue; je t'en prie, accepte-la comme un don ».
9. — Le maître dit : « Frère Annabhâra, à partir de ce jour tu es libre. Vis avec moi comme un ami et accepte ce présent comme une marque de mon amitié ».
LXXIL — Le Fou insouciant.
i. — II y avait un riche brahmane, très avancé en
âge, qui, sans songer à l'impermanence des choses terrestres et comptant sur une longue vie, s'était construit une grande maison.
2. — Le Bouddha envoya Ananda demander à ce riche brahmane pour quelles raisons il avait construit une maison ayant tant d'appartements et lui prêcher les quatre vérités excellentes et les huit chemins du salut.
3. — Le brahmane montra sa maison à Ananda et lui expliqua la destination de ses nombreuses chambres; mais il n'écouta point l'explication des enseignements du Bouddha.
4. — Ananda dit : « C'est l'usage des fous de dire : « J'ai des enfants et je suis riche ». Celui qui s*exprime ainsi n'est pas même en possession de luimême; comment peut-il prétendre posséder des enfants, des richesses, et des esclaves? Nombreuses sont les préoccupations des mondains; mais ils ne saventrien des vicissitudes que leur réserve l'avenir. »
5. — A peine Ananda était-il parti que le vieil homme fut soudain frappé d'apoplexie et tomba mort. Et le Bouddha- dit pour l'instruction de ceux qui étaient préparés à apprendre : « Un fou, lors même qu'il vit dans la compagnie des sages, ne comprend rien à la vraie' doctrine; ainsi la cuillère ne goûte pas la saveur des mets. Il ne pense qu'à lui seul, et insouciant des avis des bons conseillers il est incapable de se délivrer. »