‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 124 sur 204 · C'est vrai, ô Bienheureux », répondit-il · texte numérisé non relu

C'est vrai, ô Bienheureux », répondit-il

7. — Le Maître dit : « Ta vie actuelle est un temps de grâce. Si maintenant tu manques d'atteindre Tétat heureux, lu en auras le remords dans des existences futures. Comment se peut-il, frère, que tu te sois montré si irrésolu? Quoi, dans des existences antérieures tu fus plein de résolution. Par ta seule énergie les hommes et les bœufs de cinq cents chariots obtinrent de Teau dans le désert de sable et furent sauvés. Comment se fait-il que maintenant tu renonces à ta tâche? »

8. — Par ce peu de paroles, ce frère fut rendu à sa résolution. Mais les autres supplièrent le Bienheureux en disant : « Seigneur! Dis-nous comment cela arriva.

9. — « Écoutez alors, ô mendiants! » dit le Bienheureux, et ayant ainsi éveillé leur attention, il révéla un événement caché dans le cycle des renaissances.

10. — « Jadis, du temps où Brahmadatta régnait à Kâçî, un Bodhisattva naquit dans une famille de marchands; et quand il fut en âge il alla faire du commerce avec cinq cents chariots.

11 . — « Il arriva un jour sur la limite d'un désert de plusieurs lieues de largeur. Dans ce désert, le sable élait si fin que si on en prenait dans le poing fermé on ne pouvait le garder dans la main. Aussitôt que le soleilétait levé, il devenait aussi chaud qu'un amas de charbon brûlant, de sorte qu'aucun homme ne

pouvait y marcher. C'est pourquoi ceux qui avaient à le traverser prenaient du bois, de l'eau, de l'huile et du riz dans leurs chariots et voyageaient pendant la nuit. Au lever du jour ils établissaient un camp, étendaient une tente au dessus et, prenantleur repas de bonne heure, ils passaient la journée assis à l'ombre. Au coucher du soleil ils soupaientet, lorsque le sol s'était rafraîchi, ils attelaient leurs bœufs et partaient. Le voyage ressemblait à une navigation sur la mer : il fallait prendre un pilote du désert et il menait la caravane à bon port de Tautre côté du désert par sa connaissance des astres.

12. — « Dans cette circonstance notre marchand traversait le déseijt de cette façon. Et quand il eut fait cinquante-neuf lieues, il pensa : « Maintenant, après « encore une nuit de route, nous sortirons du sable », et après le souper il fit atteler les voitures et partit. Le pilote, couché sur des coussins disposés sur la première voiture, regardait les astres et dirigeait la marche du convoi. Mais épuisé par le manque de repos pendant cette longue route, il s'endormit et ne remarqua pas que les bœufs tournaient et reprenaient la route par laquelle la caravane était venue.

13. — « Les bœufs marchèrent toute la nuit. Aux approches de l'aurore, le pilote s'éveilla et, ayant observé les astres, s'écria : « Arrêtez les voitures ! Arrêtez les voitures ! » Le jour parut juste comme on s'arrêtait et comme on rangeait en lignes les chariots. Alors les hommes s'écrièrent : a Quoi, c'est le

« même campement que nous avons quitté hier? Notre « bois et notre eau sont entièrement épuisés! Nous (( sommes perdusl)) Et ayant déteiéles bœufs et étendu la tente au-dessus de leurs têtes, ils se couchèrent tous désespérés dans leurs voitures. Mais le Bodhisaltva s'étant dit : « Si je manque de courage, tous « ces êtres seront perdus, » explora les alentours tandis que le matin était encore frais, et ayant aperçu une touffe de kousa, il pensa : « Cette herbe ne peut « avoir poussé qu'en absorbant un peu de l'eau qui doit « être au dessous ».

14. — « Alors il commanda à ses serviteurs d'apporter une bêche et de creuser en cet endroit. Ils creusèrent à soixante coudées de profondeur. Quand ils furent arrivés à cette profondeur la bêche des travailleurs frappa sur un rocher, et aussitôt qu'elle eut frappé, ils abandonnèrent leur travail désespérés. Mais le Bodhisaltva pensa : « Il doit y avoir de l'eau « sous ce rocher «^ et, descendant dans le puits, il monta sur la pierre, se pencha, appliqua son oreille sur elle et éprouva son son. Ayant entendu le bruit de l'eau qui murmurait en dessous, il sortit et appela son serviteur : « Mon garçon, si tu nous abandonnes « maintenant nous sommes tous perdus. Ne faiblis « pas. Prends ce marteau de fer, descends dans le puits « et frappe fort sur le rocher ».

15. — « Le serviteur obéit, quoique tous demeurassent désespérés, descendit plein de résolution, frappa la pierre, et le rocher se fendant en deux

n'obstrua plus le courant. Alors l'eau s'éleva jusqu'à ce que son niveau atteignît la hauteur d'un palmier dans le puits. Ils burent et se baignèrent ; puis ils cuisirent du riz, en mangèrent et en nourrirent les bœufs, et quand le soleil se coucha, ils mirent un poteau dans le puits et allèrent au lieu marqué. Ils y vendirent leurs marchandises avec un bon bénéfice, s'en rétournèrent chez eux, et quand ils moururent ils transmigrèrent suivant leurs actes. Ensuite leBodhisattva donna des présents et fit d'autres actions vertueuses et il transmigra aussi selon ses actes. »

16. ^ Après que le Maître eut raconté cette histoire, il fit un rapprochement en disant comme conclusion : « Le chef de la caravane était le Bodhisattva, le Bouddha futur; le serviteur, qui à cette époque ne désespéra pas, mais brisa la pierre et procura de l'eau à la multitude, était ce frère sans persévérance; et les autres hommes étaient les disciples du Bouddha ».

Page 1